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Réunion

Virginie Boireau a fait d’Alter Ego une véritable « entreprise collaborative »

1 mar 2020 | PAR Alain Foulon | N°348
« On ne peut pas seulement faire du développement, il faut s’impliquer dans le territoire. » Photos : Guillaume Foulon
Cette Réunionnaise fête en 2020 les 10 ans de son entreprise, devenue l’un des principaux acteurs dans le travail temporaire et le recrutement tout en développant l’insertion. Un succès qui repose sur un management original et un engagement en faveur du territoire

« Si vous voulez que les gens vous donnent beaucoup, il faut leur donner beaucoup », souligne Virginie Boireau qui pourrait être qualifiée de « Social CEO », un nouveau type de dirigeant. À l’écoute de son environnement social et aspirant à rendre heureux ses collaborateurs. Il faudrait d’ailleurs parler de collaboratrices puisque Alter Ego a l’originalité d’être 100 % féminine, même si ce n’était pas voulu. Vingt-quatre femmes sont à la barre de cette « entreprise collaborative »,on pourrait dire « entreprise libérée », mais la dirigeante n’aime pas trop ce terme. Il est fréquent que les salariées se retrouvent un week-end pour décompresser et maintenir les liens entre les quatre agences « Il y a beaucoup de stress dans ce métier où l’on travaille toujours dans l’urgence », souligne Virginie Boireau qui prône le bien-être et l’autonomie de ses salariées. « Je voulais que cette entreprise puisse tourner sans moi. » De quoi se permettre en 2018 un tour du monde en famille pendant quatre mois. Et la rendre fière de sa dream team. Des « salariées au top et engagées collectivement ». Il n’y a pas de primes ni de commissions individuelles chez Alter Ego. Seulement collectives. 

PROGRESSION

Après avoir suivi ses études secondaires à La Réunion où elle passe également deux années à l’Université, obtenant un DEUG en sciences économiques, Virginie Boireau poursuit à Montpellier où elle passe sa Maîtrise avant de mettre le cap sur l’Angleterre. Un job chez Benetton, à Londres, pour perfectionner son anglais. Ensuite, elle intègre Manpower (spécialiste du travail temporaire) à Montpellier avec un poste commercial. Pendant ses vacances à La Réunion, elle a aussi fréquenté Adecco (Ecco à l’époque). « J’ai toujours dit que je voulais travailler dans ce secteur car ça bouge beaucoup et il y a de nombreux contacts. » En 1998, Manpower lui confie le soin de s’implanter à La Réunion où trois agences seront ouvertes sous cette enseigne. Virginie n’a que 27 ans. En raison de choix stratégiques, Manpower se désengagera de l’île trois ans plus tard. La jeune dirigeante en profite pour rejoindre son futur époux en Métropole où il poursuit ses études de médecine avec spécialisation en chirurgie. Ils s’offrent un premier tour du monde. Puis, en 2003, c’est le retour à La Réunion pour Virginie qui occupe un poste de directrice adjointe d’Axion, toujours dans ce secteur du travail temporaire et du recrutement. Jusqu’à ce mois de décembre 2009 où elle décide de voler de ses propres ailes. Chose faite en janvier 2010 avec la création d’Alter Ego à Saint-Leu, alors qu’elle est enceinte de son troisième enfant. Une agence avec une seule salariée. Mais de quoi réaliser quand même 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires dès la première année. Avec des ouvertures au Port, à Saint-Denis et à Saint-Pierre, Alter Ego quadrille le territoire et le chiffre d’affaires s’envole, de même que le nombre de salariées qui atteint 24 aujourd’hui. Les activités de recrutement et d’insertion se développent également et s’ajoutent à l’intérim. Le réseau de quatre agences a réalisé 15,5 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2016, 16 millions en 2017, 17 millions en 2018 et 19,7 millions en 2019. Dequoi fournir du travail à plus de 500 intérimaires en équivalent temps plein. Pour des missions qui durent en moyenne quatre semaines, mais peuvent aller jusqu’à 18 mois dans certains cas. Alter Ego figure aujourd’hui parmi les trois premières agences d’emploi de l’île qui en compte 17. Dans ce secteur, il faut d’ailleurs faire du volume car les marges se révèlent étroites dans le travail temporaire. Le recrutement est plus rémunérateur, mais le volume d’activité n’est pas le même.

 

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« Je voulais que cette entreprise puisse tourner sans moi. »



INNOVATION

Virginie Boireau a su bâtir l’entreprise dont elle rêvait. Son management se veut très participatif, avec une organisation transversale, sans véritable hiérarchie. Elle délègue « à 100 % » avec, comme objectif, de permettre aux salariées de s’épanouir tout en adhérant à certaines valeurs fortes. Pas de primes ni commissions individuelles chez Alter Ego. Elles sont collectives. Un management qui se révèle payant puisque l’enseigne réunionnaise fait jeu égal avec de grandes enseignes internationales. L’innovation est aussi technologique avec le développement d’une application, pour juin 2020, qui permettra de faire le lien entre les besoins en intérim et les ressources qu’Alter Ego peut fournir. Une première pour La Réunion et, même en France, ce type d’application dédiée à un réseau d’agences est plutôt rare. Au programme également, pour 2020 ou 2021 : une agence spécialisée dans le médical, seul secteur d’activité que ne couvre pas Alter Ego.

DYNAMISME À L’EXTÉRIEUR

Virginie Boireau vise l’ouverture d’une agence à Bordeaux pour le deuxième semestre 2020. Cela se fera à travers le lancement d’une franchise, ce qui n’est pas une mince affaire. En attendant, Alter Ego intervient à Mayotte sans y être implanté, pour répondre notamment à la demande du BTP, secteur dans lequel l’enseigne est particulièrement bien ancrée.

ENGAGEMENT CITOYEN 

Virginie Boireau préside la commission école-entreprise du MEDEF. Elle est membre fondatrice de la branche réunionnaise de l’association Entreprendre pour Apprendre (EPA) qui suscite la création de mini entreprises qui vivent le temps d’une année scolaire. Elle est d’ailleurs marraine d’une classe de troisième du collège des Aigrettes. Elle est aussi membre fondatrice de Fond’Ker, la fondation des entreprises réunionnaises, travaillant au sein de l’atelier qui se consacre à la lutte contre la pauvreté. Au sein d’Alter Ego, une charte d’engagement sur le recrutement de salariés handicapés a été mise en place avec un référent par agence. Virginie Boireau envisage aussi de créer une agence dédiée aux personnes éloignées de l’emploi. En attendant, ses commerciales et chargées de recrutement s’impliquent déjà bénévolement dans des actions d’insertion auprès de leurs clients, en particulier dans le BTP. Cela représente 40 000 heures d’insertion annuelles, fournies sans aucune subvention. Autre engagement, celui en faveur de l’égalité homme-femme, au sein de l’association Chance Égale. À signaler un bel engagement collectif des salariées d’Alter Ego en faveur de l’association Aïna Enfance et Avenir qui, à Madagascar, forte de 90 salariés, gère un orphelinat et un village-école (de la maternelle au bac). Elle éduque aussi les jeunes mères pour qu’elles acquièrent un métier. Au programme en 2020, un voyage de salariées d’Alter Ego pour coacher et accompagner le personnel de l’association.

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