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Maurice

Vishnu Lutchmeenaraidoo fait le pari d’une forte croissance

26 mar 2015 | PAR Jean-Michel Durand | N°296
Comme il est de tradition, le ministre des Finances et du Développement économique, est venu accompagné de son épouse (qui est d’origine corse) pour présenter le Budget de l’État. Son objectif est de faire décoller le taux de croissance. - Davidsen Arnachellum
Dans le Budget de l’État, qu’il a présenté au Parlement le 23 mars, le ministre des Finances et du Développement économique a fixé la barre à 5,7 % de taux de croissance dès maintenant. Pour cela, il compte sur un nouvel essor de l’entrepreneuriat – notamment des PME - et sur de grands chantiers.

Événement politico-médiatique et surtout économique incontournable, la présentation du Budget 2015-2016 était une nouvelle fois très attendue. Encore auréolé de sa victoire aux dernières élections et bénéficiant du « feel good factor » (état de grâce), le nouveau gouvernement, par la voix de son Grand argentier, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a voulu poser les grands thèmes de sa mandature.
Dès le début de son discours, le ministre des Finances et du Développement économique a constaté, en français dans le texte, que « notre économie est dans une phase d’essoufflement ». Il faut donc mettre en route de nouveaux moteurs de croissance.

Profiter du potentiel de développement des PME

Les petites et moyennes entreprises (PME) de Maurice assurent aujourd’hui 41 % du PIB (Produit intérieur brut) du pays. C’est bien mais encore en deçà de ce qu’elles pèsent dans d’autres pays comme Singapour (49 %) ou la Grande-Bretagne (51 %). Une faiblesse d’autant plus significative que Maurice compte proportionnellement bien plus de PME : 98 pour 1 000 habitants, contre 34 à Singapour et 27 en Grande-Bretagne. Les PME mauriciennes sont donc des petites structures qui doivent pouvoir se développer.
Le poids des PME dans l’économie mauricienne demeure très insuffisant, comme le montre cette comparaison avec la Grande-Bretagne et Singapour. Leur développement devrait doper la croissance. - PwC Maurice

Le poids des PME dans l’économie mauricienne demeure très insuffisant, comme le montre cette comparaison avec la Grande-Bretagne et Singapour. Leur développement devrait doper la croissance. - PwC Maurice

Pour cela, le Grand argentier a annoncé la création d'une banque qui leur sera dédiée. Une enveloppe de 10 milliards de roupies (plus de 263 millions d'euros) sera mise à sa disposition durant ces cinq prochaines années, avec un capital social de 200 millions de roupies (5,26 millions d'euros) et une ligne de crédit de 2 milliards de roupies (52,6 millions d'euros) de la part de l'État. Sera également créé un guichet unique qui permettra aux chefs d'entreprise d'entamer toutes leurs démarches administratives. Ils pourront aussi bénéficier de sept nouveaux parcs aménagés pour les PME.
À noter que ces mesures avaient déjà été énoncées par Xavier-Luc Duval lorsqu’il occupait le poste de ministre des Finances et du Développement économique.

Vers de grands changements dans l’immobilier

Vishnu Lutchmeenaraidoo a également évoqué la question des Integrated Resort Scheme (IRS) et Real Estate Scheme (RES). Créés il y a une dizaine d’années, ces dispositifs permettent aux étrangers d'acquérir un bien immobilier à Maurice. Le ministre des Finances s'est voulu critique envers ces mécanismes, n'hésitant pas évoquer « le risque sérieux de ces enclaves pour le tissu même de la société ». Il prévoit « une refonte de ces dispositifs avec pour objectif de concevoir un régime unique ». Ces critiques devraient inquiéter les investisseurs, d'autant que ce n'est que le mois prochain que seront dévoilées les mesures préconisées par le nouveau gouvernement pour ce secteur. Selon le Board of Investment (BOI), l'agence de promotion des investissements, ces dispositifs ont permis d'injecter, de 2009 à 2011, plus de 500 millions d'euros dans les IRS et 50 millions d'euros dans les RES... Mais il est vrai que depuis quelques années, les prix des IRS et des RES ont tendance à se rejoindre et que le marché a montré ses limites face à une rude concurrence internationale.
Alors que la TVA assure déjà 32% des revenus de l'État, Vishnu Lutchmeenaraidoo n'a pas voulu frapper davantage les consommateurs. Ce qui lui fait parler de son Budget comme d’un « Non-Tax Budget ». - PwC Maurice

Alors que la TVA assure déjà 32% des revenus de l'État, Vishnu Lutchmeenaraidoo n'a pas voulu frapper davantage les consommateurs. Ce qui lui fait parler de son Budget comme d’un « Non-Tax Budget ». - PwC Maurice

Relance de la construction, soutien à l’innovation et fibre optique

Pour relancer le secteur de la construction, qui est sous pression depuis 2011, l'État va lancer 13 méga projets à travers l'île. Et 8 d'entre eux seront conçus pour devenir des « Smart Cities ». Ces « villes intelligentes » prendront en compte le respect de l'environnement, la connectivité Internet et la gestion énergétique. Certaines sont déjà en commercialisation ou même en cours de réalisation... En outre, cinq Technopoles seront bâties. Ces projets nécessiteront 120 milliards de roupies (un peu plus de trois milliards d'euros) provenant du secteur privé et d'investissements directs étrangers (IDE).
Pour soutenir et développer le secteur des Technologies de l'information et de la communication (TIC), un troisième câble sous-marin international sera installé et le réseau de fibre optique sera mis en place dans tout le pays d'ici trois ans. Un programme de reconversion vers le secteur des TIC à destination des jeunes chômeurs, en particulier les diplômés, sera mis en place. À cela s'ajoute un nouveau centre polytechnique qui sera construit sur le campus universitaire de Réduit. Et pour générer plus de valeur ajoutée à la destination Maurice, 125 millions de roupies (3,2 millions d'euros) seront versés à un Fonds national pour l'innovation.
Alors que le taux de croissance économique était de 3,5% en 2014 (un taux qui ferait rêver de nombreux pays européens), Vishnu Lutchmeenaraidoo vise les 5,7% en 2016.

Alors que le taux de croissance économique était de 3,5 % en 2014 (un taux qui ferait rêver de nombreux pays européens), Vishnu Lutchmeenaraidoo vise les 5,7 % en 2016. - PWC Maurice

Assurer la réputation de Maurice

Pour doper l’investissement, le ministre a donné une importance particulière aux services financiers. Ainsi, il a mis en place un système spécial d'incitation du secteur financier (Financial Services Incentive scheme) qui a pour mission d'attirer les gestionnaires actifs et les fonds internationaux à Maurice. Ce nouvel organisme ne devant pas faire doublon avec le BOI. Parallèlement a été réactivée l'Agence de promotion des services financiers visant en particulier des marchés en Afrique. A également été décidé l'exemption de l'impôt à la source pour les détenteurs d'obligations de sociétés non-résidentes.  
Et alors que la série de scandales a sans doute causé la perte de l'ancien régime, le nouveau gouvernement veut se donner les moyens de protéger la réputation de l'île (en plus de la création d'un maroquin ministériel dédié à la bonne gouvernance). La réforme du Central Procurement Board et l’émancipation du Fast Track Committee institué en 2013 joueront en ce sens.

Des efforts pour la promotion touristique

Alors que la barre historique du million de touristes vient d'être franchie en 2014 et que la diversification vers les marchés asiatiques commence à porter ses fruits (+ 86 % des arrivées provenant de Chine en 2014), le ministre des Finances a voulu donner un coup de pouce à ce secteur. Il augmente le budget de la MTPA (Mauritius Tourism Promotion Authority) de 390 à 560 millions de roupies (de 10 à 14 millions d'euros). Port-Louis va également poursuivre sa politique d'ouverture à l'accès aérien, comme par exemple avec les compagnies aériennes Austrian Airlines et Lufthansa, et de prospection vers les marchés d'Europe orientale et d'Asie centrale.

L’Afrique toujours dans les priorités

Alors que la stratégie africaine semble se poursuivre, on regrettera que, dans l’ouverture du ciel, ne soit pas mentionnée Turkish Airlines (meilleure compagnie aérienne européenne durant cinq années consécutives), qui se pose dans 39 villes sur le continent africain, ou même l'une des plus anciennes compagnies africaines, Ethiopian Airlines, qui opère vers huit destinations africaines... Malgré tout, l'Afrique reste un élément majeur de la politique économique régionale du gouvernement. Ainsi, le Mauritius Africa Fund, fonds doté de 500 millions de roupies (13 millions d'euros), a été maintenu. Sa vocation est de soutenir des entreprises dans leur stratégie africaine en entrant à hauteur de 10 % (maximum) dans leur capital. Le gouvernement mauricien s’intéresse plus particulièrement aux Zones économiques spéciales (ZES) au Ghana, à Madagascar et au Sénégal qui ont déjà exprimé leur intention de travailler avec Maurice.
 

Pur produit de l’université française

Vishnu Lutchmeenaraidoo, très à l’aise en français, est titulaire d’un MBA de l'université d'Aix-Marseille, diplômé de l'École supérieure de commerce de Marseille et docteur Honoris Causa de l'université Paris Dauphine.

 

Des ambitions pour le port mais rien de chiffré

Vishnu Lutchmeenaraidoo a annoncé vouloir faire de Port-Louis le Hub de la région. L’objectif étant « d'accueillir des milliers » de navires de commerce et de croisière et surtout d'appuyer l'économie océanique. Mais le ministre est resté allusif sur le montant des investissements, se contentant de déclarer que « le développement du port fera l’objet d’investissements massifs ces cinq prochaines années ». Un dossier qu’il faudra suivre en regardant du côté de Xavier-Luc Duval qui, en tant que Deputy Prime Minister chargé du Tourisme et des Communications extérieures, a la main sur le maritime et l’aérien. Il devra sans doute concocter un plan de développement à même de réaliser les ambitions mauriciennes.


 

Faire face à la pénurie de ressources humaines qualifiées

Le gouvernement a travaillé dans deux directions. D’abord, sur le plan local, il veut créer une Chambre des métiers, idée ancienne qui n’a jamais été mise en œuvre. Cet outil devrait s’attacher à une meilleure qualification des salariés, y compris dans le commerce, avec l’instauration d’une « carte de compétences ». Sur le plan international, l’idée de Vishnu Lutchmeenaraidoo est d’inciter des Mauriciens qualifiés, et disposant d’au moins dix ans d’expérience à l’étranger, à revenir dans leur pays d'origine. Ceux qui feront ce choix bénéficieront d’une exonération d’impôt sur le revenu pendant dix ans, d’une exemption des droits de douane sur leur véhicule (plafonnée à deux millions de roupies, soit 52 000 euros) et sur leurs biens personnels. Tous les Mauriciens et leurs enfants (même non mauriciens) pourront bénéficier de cette mesure.



 

L’Afrique demeure complexe

Pas facile d’appréhender un continent qui présente de fortes disparités. Et il ne faut surtout pas se contenter des seuls indices économiques. Si le gouvernement mauricien s’intéresse au Ghana, à Madagascar et au Sénégal, la situation politique de deux de ces pays demeure complexe. À Madagascar, l’absence de majorité solide ne facilite pas le travail du gouvernement qui reste fragile et, au Sénégal, la récente condamnation à la prison de Karim Wade, fils de l'ancien président de la République, fait craindre des troubles.
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Vishnu Lutchmeenaraidoo fait le pari d’une forte croissance

Événement politico-médiatique et surtout économique incontournable, la présentation du Budget 2015-2016 était une nouvelle fois très attendue. Encore auréolé de sa victoire aux dernières élections et bénéficiant du « feel good factor » (état de grâce), le nouveau gouvernement, par la voix de son Grand argentier, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a voulu poser les grands thèmes de sa manda...