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République démocratique du Congo

Voyage au coeur du volcan le plus actif d'Afrique

1 fév 2014 | PAR Laurence d’Hondt
Le lac de lave atteint un diamètre de 220 mètres. - LAURENCE D'HONDT

Le Nyiragongo, en République démocratique du Congo, est réputé très dangereux. Mais on peut faire son ascension sous la surveillance des gardes armés du parc national.
Récit...

Se lancer dans l'ascension d'un volcan dont la lave a détruit en 2002 un tiers de la ville de Goma, blottie sur son flanc, demande d'abord une certaine gymnastique de l'esprit.
Il s'agit en effet de ne pas se laisser aller à de sombres spéculations et d'avoir confiance dans les prédictions toujours incertaines des vulcanologues... Le vulcanologue Charles Balagizi qui accompagne notre groupe ce matin se veut rassurant. « Une éruption peut avoir lieu dans une semaine ou dans trois ans. Nous suivons constamment la hauteur du lac de lave et le niveau de température qui est pris tout au long de la pente du volcan. Pour aujourd'hui, je pense qu'il n'y aura pas de problème ». Alors, en route.

Le sentier qui conduit au sommet du volcan démarre à 1 920 mètres. À cette latitude, la végétation est luxuriante et il fait 25 degrés environ. Pendant une heure ou deux, nous avons le sentiment de cheminer au cœur de la forêt tropicale, quand nous butons soudainement sur un parterre de pierres de lave, constituée des coulées successives - celle de 1977, celle de 1994 et enfin, la dernière en date, celle de 2002.
C'est alors que nous entamons véritablement l'ascension du volcan, en cheminant d'abord avec une certaine langueur le long d'un cratère latéral éteint, le Shaheru qui se situe au pied du cratère principal. Progressivement, le dénivelé s'accentue, qui oblige à faire de chaque pas une montée laborieuse vers un sommet qu'on ne voit plus. Lorsqu'on sort de cet interminable passage, on arrive au pied du cratère, à plus de 3 000 mètres. La vue du sommet aide à présent nos pas sur les dernières pentes escarpées, emplies de crevasses d'où s'échappe déjà le soufre.

Le plus grand lac de lave du monde

À ce stade, il n'est plus possible d'ignorer que, de l'autre côté de la paroi, se cache le cratère et son immense lac de lave, le plus grand au monde avec un diamètre de 220 mètres.

La montée aura pris six heures. Ce n'est pas excessif, mais les anciennes coulées de lave, les failles et les cratères ont fait de l'ascension une découverte géologique continue. On est à 3 470 mètres d'altitude. Les tentes sont installées à deux mètres du gouffre et enveloppées de vapeurs de soufre entremêlées de nuages de pluies... À présent, on ne peut résister à l'appel du gouffre en feu qui fait un vacarme de mer au fond du cratère.
On jette un regard et comme Haroun Tazieff en 1948, on demeure fasciné, les yeux perdus dans ce phénomène terrestre qui révèle le sombre inconnu qui réside sous nos pas : des explosions de gaz font jaillir des gerbes de lave, tandis que des veines sanglantes semblent strier le lac comme une peinture abstraite et mouvante. Une remontée quotidienne de 20 000 tonnes de bulles de gaz forme un panache qui s'échappe du sommet. Il est déjà 18 heures et ces soir qui tombe révèle la lave dans sa splendeur rougeoyante.
La nuit qui nous attend sous tente achèvera de donner à l'aventure son caractère extravagant.

« Le volcan, c'est notre destin »

L'odeur du soufre et le vent fouettent l'imagination de ceux qui sont allongés sous le précaire habitacle d'une tente. Mais lorsque l'aube pointe à l'Est et déchire le soufre d'une lumière bleutée, c'est à nouveau la surprise époustouflante. Cette fois, c'est surtout la vue sur la chaîne des volcans qui se révèle. À quelques brassées d'air, on voit un autre volcan, le Nyamulagira, puis l'ensemble de petits cratères qui comme des bouches éruptives parsèment la région jusqu'au lac Kivu. Au pied du volcan, la ville de Goma et ses toits de tôle ondulée sont manifestement à portée des coulées de lave, considérées comme les plus rapides au monde. Mais Charles, le vulcanologue, sourit paisiblement, comme rasséréné par ce spectacle des profondeurs.
À l'instar des habitants de la région, il a appris non seulement à l'accepter, mais à aimer ce gouffre diabolique. « Le volcan, c'est notre destin. La vie des habitants de Goma en dépend. Il peut la détruire, mais il nous donne la vie, en nous accordant les terres les plus fertiles au monde ».  

  • Vue sur le cratère Shaheru lors de l'ascension. - LAURENCE D'HONDT

    Vue sur le cratère Shaheru lors de l'ascension. - LAURENCE D'HONDT

  • Au bord du gouffre, avec l'odeur du souffre et le vent qui fouette les visages. - LAURENCE D'HONDT

    Au bord du gouffre, avec l'odeur du souffre et le vent qui fouette les visages. - LAURENCE D'HONDT

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