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Océan Indien

Xavier-Luc Duval, président des îles Vanille : « Ce label nous permet de démultiplier notre force de frappe »

« Les Îles Vanille, c’est beaucoup plus que des séjours combinés. » - Davidsen Arnachellum
Le Premier ministre adjoint, ministre du Tourisme et des Communications extérieures de Maurice préside actuellement l’association qui regroupe les îles de Maurice, de La Réunion, de Madagascar, de Mayotte, des Comores, des Seychelles et des Maldives. Il ne s’agit pas seulement de vendre des séjours combinés, mais de donner plus d’impact à certains événements et de garantir un niveau commun de qualité. Explications…

L'Éco austral : Vous avez pris le 10 juin dernier la présidence des Îles Vanille, cette organisation régionale qui prône les séjours combinés et un label commun. Mais chaque destination n’est-elle pas tentée de tirer la couverture à elle ?

Xavier-Luc Duval : Je pense que résumer les Îles Vanille aux séjours combinés est assez réducteur, d’autant qu’ils reposent sur l’offre en matière de dessertes aériennes et sur son coût, loin d’être encore satisfaisants. Cela explique d’ailleurs que le succès des séjours combinés demeure encore limité même si l’on constate une nette progression avec + 15% en 2014. Cela représente quand même 186 000 touristes. Il faut parler aussi des croisières, un segment très prometteur du marché, pour lequel nos territoires insulaires disposent d’atouts remarquables. Quand il accoste dans un port, un bateau de croisière génère de nombreuses activités connexes. Mais pour que cela fonctionne, il faut que les infrastructures soient adaptées et porter nos efforts sur le marketing et l'accueil. 

Le point central de la stratégie des Îles Vanille est la promotion de l’océan Indien sur place et dans le monde. Nous avons décidé que chaque île organisera un événement majeur, qui sera renforcé par la participation des autres territoires. Par exemple, pour le Carnaval des Seychelles, Maurice était présente. Pour le tournoi de golf AfrAsia Bank Mauritius Tour de 2016, les autres îles feront le voyage. Cela donnera encore plus d’ampleur à l’événement. Le label des Îles Vanille nous permet de démultiplier notre force de frappe et c’est beaucoup plus que des séjours combinés.  

Comment se passe la promotion à l’extérieur de l’océan Indien ?

Il est clair que sur un salon comme l’IFTM (International French Travel Market) Top Resa, le label îles Vanille peut apporter plus d’impact que ceux de La Réunion, de Maurice et de Madagascar seules. Pour la première fois, lors de cette édition 2015, nous allons d’ailleurs organiser un salon culinaire de la gastronomie régionale qui sera présent dans chaque stand des îles. 

Vous n’avez pas été jusqu’à opter pour un seul stand commun sous le label « Îles Vanille » ?

Pas encore, mais on peut l’imaginer dans le futur. Cela permettrait de réaliser des économies d’échelle. En attendant, les îles de l’océan Indien sont bien sûr regroupées au même endroit du salon.

Ces différentes destinations sont malgré tout concurrentes. Quel est l’intérêt pour un hôtelier de voir ses clients partager leur temps de séjour dans l’océan Indien avec une autre destination ?

Maurice, les Seychelles et les Maldives sont plutôt concurrentes en effet. Nos produits se ressemblent et nous avons les mêmes cibles. Cela dit, l’objectif n’est pas de partager nos clientèles existantes, mais plutôt d’en attirer de nouvelles qui ne viendraient pas forcément pour une seule île. Il faut jouer aussi sur les complémentarités qui existent avec La Réunion et Madagascar, par exemple. La concurrence ne va d’ailleurs pas disparaître, mais elle n’empêche pas de coopérer jusqu’à un certain point et, surtout, elle nous encourage à nous améliorer.  

Concrètement, comment peut se mettre en œuvre cette amélioration ?

Le label Îles Vanille, cela représente aussi une coopération technique et nous voulons harmoniser la classification des prestations hôtelières et touristiques. C'est très important car le client recherche avant tout un produit de qualité. Il faut travailler nos produits avant même d’en assurer le marketing et cela concerne aussi l’accès aérien. La Réunion a déjà mis en place ce type de classification et Maurice l'a approuvée. L'idée est d'avoir un système en commun que chacune des îles puisse adopter. Notre vision doit être partagée avec nos partenaires des autres îles même si les Maldives n'étaient pas présentes lors du lancement du projet. 

À ce propos, on pourrait se demander ce que viennent faire les Maldives au sein des Îles Vanille ?

Cet archipel fait partie de l’océan Indien et c’est un acteur important du tourisme, en particulier sur le marché chinois. Les produits proposés par les Maldives sont de qualité et l’on peut profiter de leur expérience dans la gestion des îles et la protection de l’environnement. 

Pour en revenir au dossier de l’aérien, que pensez-vous de la création d’une « Alliance Vanille », sous l’égide de la COI (Commission de l’océan Indien), regroupant Air Madagascar, Air Austral, Air Mauritius et Air Seychelles ? Et faudrait-il aller plus loin, comme le souhaite le secrétaire général de la COI, Jean-Claude de L’Estrac, avec la création d’une compagnie régionale ?  

La connectivité aérienne, la fréquence des vols et le coût des billets d'avion sont des éléments fondamentaux. On ne peut donc que saluer la création de cette alliance qui représente un événement historique et devrait permettre une meilleure coopération. Comme Jean-Claude de L’Estrac, je crois en la création d’une compagnie régionale. Elle se fera car il existe un réel potentiel. Il ne faut pas oublier qu’au-delà de notre région, il y a l’Afrique. Il ne faut pas négliger le potentiel touristique de ce continent et cette future compagnie devra en profiter. 

L'alternative n'est-elle pas de faire venir d'autres compagnies africaines dans notre région, en plus de Kenya Airways et de South African Airways ?  

Nous sommes ouverts à l'arrivée de nouveaux acteurs, en particulier africains. À preuve, nous avons déjà offert à des compagnies asiatiques la cinquième liberté (*), leur permettant de prendre des passagers à l'aéroport de Maurice pour aller partout en Afrique, sauf à Johannesburg. En attendant l'arrivée de compagnies aériennes africaines, cela nous permettra de recevoir des passagers africains dans notre région...
« Nous avons décidé que chaque île organisera un événement majeur, qui sera renforcé par la participation des autres territoires. » - Davidsen Arnachellum


 

En ce qui concerne l’hôtellerie mauricienne, l’offre se révèle supérieure à la demande. Mais l’on assiste encore à des ouvertures d’hôtels. Peut-on mieux réguler cette offre ?

Nous avons décidé un moratoire sur l'ouverture d'hôtels pendant deux ans. Ce moratoire vise à permettre aux hôteliers de s'améliorer, de réinvestir et de mieux former leur personnel. Cela n'empêche pas la construction d'établissements, mais sans ouverture immédiate. Notre nouvelle stratégie vise à faire de Maurice une destination toutes saisons, c’est-à-dire sans basse saison. Pour cela, les hôteliers et tous les autres opérateurs touristiques ont adapté leurs offres tarifaires avec des prix saisonniers. L'idée est de combiner les offres sur nos marchés traditionnels avec celles de nos marchés émergents indiens, moyen-orientaux, chinois et  africains. Pendant l'hiver austral, ces nouveaux touristes doivent combler le déficit des Européens... Et les premiers résultats sont plutôt positifs car les arrivées, en juin 2015, ont progressé de 8,3% par rapport à la même période en 2014. 

Justement, un important acteur hôtelier affirmait que « les Chinois ont sauvé l'hôtellerie mauricienne ». L’avenir du tourisme dans l’océan Indien repose-t-il sur cette clientèle qui prendrait le relais ou compenserait la baisse des clients traditionnels en provenance d’Europe ?  

À Maurice, la part des touristes européens reste forte. Mais comme toutes les autres destinations mondiales, l'océan Indien ne peut se passer de la clientèle asiatique, en particulier chinoise. Le tourisme est fortement lié au développement économique. Et les destinations touristiques en pointe aujourd’hui sont celles qui réussissent à attirer les clients des marchés émergents.

(*) Cinquième liberté : droit accordé par un État à un autre État de débarquer et d'embarquer, dans le territoire du premier État, du trafic en provenance ou à destination d'un État tiers. 
 

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