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Yokohama : une Smart City exemplaire

Profitant de la politique de décentralisation, qui vise à corriger la proéminence de la capitale tokyoïte, de nombreuses entreprises et agences publiques ont installé leur siège ou leurs bureaux dans les nouveaux quartiers de Yokohama. Photo : Jean-Michel Durand
La ville portuaire de Yokohama, qui a accueilli en août dernier la septième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Tokyo International Conference on African Development ou TICAD) est un modèle de l’expertise nipponne concernant les Smart Cities. La clé de sa réussite ? Une politique publique forte appuyée par une concertation entre privé, public et habitants.

La ville portuaire de Yokohama a longtemps pâti de son image de cité-dortoir. Il est vrai que la deuxième ville nipponne (3,7 millions d’habitants) s’appuie sur son port stratégique où s’accole une tentaculaire zone industrielle. Pourtant, en moins de dix ans, cette cité ouvrière a connu une spectaculaire métamorphose qui fait d’elle un exemple pour les villes du XXIe siècle. À preuve, elle a reçu, en 2014, le Prix World City Prize Lee Kuan Yew lors du World Cities Summit, à Singapour, une récompense qui salue les contributions « à la création de communautés urbaines vivables, dynamiques et durables ». 
Pourtant, dans les années 1960, la ville était devenue un véritable désastre urbain et écologique, conséquence de la marche forcée vers le développement économique décidée par les autorités, avec embouteillages monstres, forte pollution, augmentation sans fin de déchets. 
Face à cette problématique, la municipalité lance en 1981 un ambitieux plan d’aménagement urbain, le projet Minato Mirai 21 (MM21), en français le « Futur Port du XXIe siècle ». L’objectif est de rendre Yokohama aussi attractive que Tokyo pour ses emplois, son cadre de vie et la diversité de ses activités. Grande originalité : ce plan s’appuie sur une vaste concertation impliquant non seulement les acteurs publics locaux et nationaux, mais aussi et surtout les habitants, les associations, les propriétaires fonciers et les industriels. Alors que l’on connaissait déjà les fameux PPP (Partenariat public-privé), Yokohama a ajouté un autre P pour population. Très impliqués dans les processus de discussion et de concertation, les habitants ont été partie prenante des choix de leur cité. 
Résultats ? La ville est réaménagée de fond en comble. Un front de mer est bâti et le centreville est transformé avec des immeubles de bureaux modernes, des parcs et des espaces de loisirs. La municipalité crée de nouvelles routes et des lignes de chemin de fer et améliore la collecte, la gestion et le traitement des eaux et des déchets. 

 

Conseil municipal
De gauche à droite : Yugi Koshikiya, vice-président de GUUN Co, Shinji Fujieda, le CEO de l’entreprise, et Hirofumi Sato du conseil municipal de Yokohama.  Photo : Jean-Michel Durand

L’économie circulaire peut rapporter gros 

En 2003, la ville met en place le plan G30, dont l'objectif est de réduire de 30 % pour 2010 la production de déchets dans l'agglomération. L'objectif est atteint dès 2005, cinq ans avant la date fixée, ce qui a permis à la ville de fermer deux usines d'incinération de déchets ! Certaines entreprises ont même devancé ces décisions politiques en se lançant dans la collecte et surtout la valorisation des déchets : c’est la fameuse économie circulaire. C’est le cas de l’entreprise Guun. 
Fondée par Shinji Fujieda en 2001, avec un capital de 85 millions de yens (696 000 euros), l’entreprise est située dans la banlieue de Yokohama. Elle est spécialisée dans la transformation des déchets plastiques et de bois. Elle reçoit, en moyenne et par an, 70 000 tonnes de bois et 20 000 tonnes de plastique. 
Les déchets en bois sont vendus aux entreprises de papeterie ou transformés en combustible pour les centrales de production énergétique de la région. Quant aux déchets plastiques, l’usine les broient pour les transformer en flocons qui sont principalement utilisés par des cimenteries. L’usine, qui compte 60 employés, contribue donc à réduire la quantité de déchets solides qu’on retrouve dans les décharges. Et au plan économique, cette entreprise est doublement rentable. Ses fournisseurs, qui collectent et acheminent leurs ordures, paient aussi pour leur traitement ! Le chiffre d’affaires de Guun était, en 2018, d’un peu plus de deux milliards de yens soit 16,4 millions d’euros ! 
« Cette unité de production développe une technologie et un modèle dont nos villes africaines ont grandement besoin pour vaincre l'insalubrité », estime Joël Samson Bossou, journaliste béninois du quotidien Le Matinal. D’ailleurs, Guun a été saluée par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), l’agence spécialisée de l'ONU dans l'aide au développement industriel, car ces granulés sont « plus respectueux de l'environnement, peu encombrants et plus abordables par rapport à d'autres types de combustibles fossiles. » 

 

Usine
L’usine broie les déchets plastiques pour les transformer en flocons qui sont principalement utilisés par des cimenteries.  Photo : Jean-Michel Durand

Réseau électrique intelligent 

En effet, les combustibles en flocons ont un pouvoir calorifique de 6 500 à 8 000 kcal/kg et une teneur en cendres de 10 %. Preuve que le modèle de Guun est exportable, la société est depuis 2015 aux Philippines où elle gère une usine plus élaborée et adaptée aux réalités locales. Si, au Japon, l’entreprise ne collecte que des déchets industriels, aux Philippines, elle traite également les déchets ménagers. « Cette expérience nous permet d’avoir une certaine expertise pour nous implanter hors du Japon, et pourquoi pas en Afrique ? », confie le directeur général de l’usine. 
Mais Yokohama est réellement devenue « intelligente » après l’installation de capteurs et une collecte constante de données sur tous ses points stratégiques : transports, énergie et déchets. La ville a aussi mis en place un réseau électrique intelligent, un smart grid, qui a baissé la consommation énergétique de 20 % ! Elle a aussi introduit plus d’énergie renouvelable (éolienne, hydroélectrique et biomasse) dans le réseau électrique en installant des panneaux solaires qui produisent au total 37 mégawatts (MW). Pour arriver à ce résultat, les nouveaux quartiers ont été pensés dès leur construction pour optimiser l’énergie. 
En l'espace de trente ans, la deuxième ville du Japon a réussi non seulement à se trouver une identité et un dynamisme propres, mais également à proposer un modèle pour d’autres villes dans le monde.

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