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Yoshiharu Kato : « Le Japon coopérera étroitement avec Maurice pour assurer l’ordre maritime »

1 fév 2018 | PAR Jean-Michel Durand | N°326
« C'est vrai que le volume des activités économiques entre nos deux États n'est pas assez important, probablement en raison du manque d'informations. » Davidsen Arnachellum
Six mois après sa prise de fonctions dans l’île, le premier ambassadeur résident du Japon à Maurice rappelle que sa feuille de route est plus que jamais axée sur l’amélioration de la connectivité entre l'Asie et l'Afrique, via leurs océans. Parmi ses priorités, le renforcement de l'État de droit en mer.

L'Eco austral : Pourquoi le Japon a-t-il choisi d'ouvrir une ambassade à Port-Louis ?
Yoshiharu Kato
: Le Japon a établi des relations diplomatiques avec Maurice dès son indépendance en 1968. Avant l'ouverture de cette représentation diplomatique, en janvier 2017, l'île était sous la juridiction de celle de Madagascar. Mon pays a toujours eu conscience de l'importance de Maurice. C'est un pays démocratique stable qui a bénéficié d'un environnement commercial favorable ces dernières années.
Lors de la TICAD VI (Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l'Afrique, nom des sommets Japon-Afrique, N.D.L.R.) qui a eu lieu en août 2016 au Kenya, notre Premier ministre Shinzō Abe a annoncé une « stratégie de libre-échange et d'ouverture des océans Indien et Pacifique ».
Il s'agit de promouvoir la stabilité et la prospérité en améliorant la connectivité entre l'Asie et l'Afrique, via ces océans. L’économie bleue (économie océanique) est aussi l'une des priorités de Maurice. Or, les océans sont menacés par la piraterie, la pêche illégale, le terrorisme et les catastrophes naturelles. Je suis convaincu que le Japon travaillera et coopérera étroitement avec Maurice pour assurer l'ordre maritime et renforcer l'État de Droit en mer. Enfin, des entreprises nipponnes ont découvert le potentiel de votre pays et les visites d'hommes d'affaires sont en hausse. Bref, nos États peuvent nouer de bonnes relations d’affaires.

Justement, les relations économiques entre Maurice et le Japon sont plutôt faibles. Quels sont les produits qui peuvent contribuer à les stimuler ?
C'est vrai que le volume des activités économiques entre nos deux États n'est pas assez important (en 2015, le Japon a vendu pour 103 millions de dollars de biens à Maurice qui ne lui a acheté que 11 millions de dollars de produits, N.D.L.R.), probablement en raison du manque d'informations. Mais depuis l'ouverture de notre ambassade, nous avons reçu de nombreuses visites de parlementaires et des milieux économiques. Et grâce à la coopération entre le bureau de JETRO (Japan External Trade Organization, agence japonaise chargée de la promotion du commerce extérieur, N.D.L.R.) à Johannesburg et Enterprise Mauritius, des entreprises mauriciennes participent au salon Foodex (premier salon professionnel pour l'alimentation et les boissons de l'Asie, N.D.L.R.) depuis plusieurs années.
Pour les produits pouvant être exportés vers le Japon, tout ce que je peux dire c'est que les Japonais ne font aucun compromis concernant la haute qualité des produits importés, indépendamment de leur « nationalité ». Ils sont très attentifs non seulement à la qualité mais aussi à la facilité d'utilisation et au design. Les consommateurs japonais sont sans doute les plus exigeants au monde ! Et nos entreprises ont appris et bénéficié de cette exigence. D'où leur bonne réputation. Aussi j'espère que les entrepreneurs mauriciens sauront s’y conformer. Pour cela, il serait utile qu'ils obtiennent des conseils d'experts japonais en échange d'activités économiques.
 

Plus d'une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, dont le Premier ministre japonais Shinzō Abe, avaient participé, les 27 et 28 août 2016 à Nairobi, au Kenya, à la VIe Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD). C’était le premier sommet Japon-Afrique organisé hors du territoire nippon.
Plus d'une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, dont le Premier ministre japonais Shinzō Abe, avaient participé, les 27 et 28 août 2016 à Nairobi, au Kenya, à la VIe Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD). C’était le premier sommet Japon-Afrique organisé hors du territoire nippon.  TICAD VI Nairobi
 



La TICAD VI modifie la politique économique japonaise vis-à-vis de l'Afrique, en particulier avec une ouverture au secteur privé. Quel est votre commentaire ?
Le taux de croissance moyen en Afrique a augmenté de 5 % de 2000 à 2015. Ce continent a un énorme potentiel avec ses ressources naturelles (pétrole, gaz et métaux rares, par exemple) et l'augmentation de sa population. Cet immense potentiel offre de bonnes opportunités commerciales aux entreprises japonaises.
Lors de la TICAD VI, le Premier ministre Abe a annoncé que mon pays « investirait pour l'avenir de l'Afrique » 30 milliards de dollars de 2016 à 2018. Ce montant est combiné avec l’investissement du secteur privé. C'est d'ailleurs l'une des spécificités de ce sommet Japon-Afrique. Une importante mission d'affaires, comprenant le président de la Fédération des entreprises du Japon et les dirigeants de nombreuses organisations, a accompagné notre chef du gouvernement. Et 73 protocoles d'accord ont été signés entre le secteur privé nippon et les États et entreprises africains.
Shinzō Abe a aussi annoncé le lancement du Forum économique public-privé Japon-Afrique pour promouvoir le commerce et les investissements. Il s'agit de poursuivre la dynamique de la TICAD VI. Ma feuille de route comprend l'amélioration de l'environnement d'investissement et le soutien des entreprises japonaises à Maurice.

D'autres forums, France-Afrique, Afrique-Chine, Afrique-Inde et même Afrique-Turquie, pour n'en nommer que quelques-uns, existent. Cette diversification des parties prenantes n'est-elle pas susceptible de provoquer une perte d'effort et d'énergie?
De nombreux États coopèrent étroitement avec les pays africains. L'Afrique a de nombreux défis à résoudre comme les troubles politiques, les disparités économiques et la pauvreté. Et d'autres problèmes ont émergé ces dernières années, tels que la vulnérabilité des systèmes de santé et la montée des extrémismes. Ces questions ont des conséquences transnationales. Il est donc naturel que de nombreuses « puissances » s'impliquent pour aider l'Afrique. Ces parties prenantes partagent et coopèrent sur cette assistance. De son côté, le Japon a renforcé à travers la TICAD VI ainsi que lors de rencontres bilatérales sa collaboration avec les pays donateurs, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Inde. Par exemple, lors de ce sommet Afrique-Japon au Kenya une réunion bilatérale a eu lieu avec le ministre français des Affaires étrangères. Et un communiqué de presse conjoint sur la coopération Japon-France en Afrique a été publié. Tokyo et Paris ont aussi co-organisé le « Partenariat franco-japonais pour l'Afrique », un événement parallèle officiel à la TICAD VI.
Il y a deux mois, j'ai assisté à un séminaire sur la réduction de la pauvreté en Afrique qui était co-organisé par la Chine et des pays africains. Un expert chinois a partagé l'expérience de son pays sur cette question, analyse que j'ai jugée très utile. Je pense que le Japon se joindra à ce type de séminaires organisés par d'autres pays pour partager ses expériences et points de vue sur les programmes de coopération au développement.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR
Né le 1er juin 1955, le premier ambassadeur résident du Japon à Maurice, Yoshiharu Kato, est marié et a trois filles. Diplômé de la Faculté d'économie de l'université de Shiga, il rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1980 en tant que diplomate. Lors de sa carrière, Yoshiharu Kato a été affecté en Indonésie, aux États-Unis et en Malaisie dans les départements politique, de la coopération économique et de la culture. Au siège tokyoïte des Affaires étrangères, il a travaillé au département Asie et Coopération. II a été directeur adjoint du secrétariat de la Coopération économique Asie-Pacifique.
Avant d'être nommé ambassadeur à Maurice, en août 2017, Yoshiharu Kato était consul général du Japon à Surabaya, en Indonésie.



 

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