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Maurice

Jyoti Jeetun CEO de Compagnie de Mont Choisy Limitée : « Ma passion, l’aménagement de Mont Choisy »

Jyoti Jeetun aime à dire qu’elle n’est jamais allée à l’Université. Pourtant, si une enfance difficile l’en a empêchée, elle a pu se former sur le tas, passant du secteur public au privé et vice versa, au point de bénéficier de connaissances lui permettant d’enseigner… à l’Université ! Portrait d’une femme leader aux influences internationales.

Son histoire personnelle est un peu à l’image de son pays, l’île Maurice : une capacité à s’adapter et à relever de nouveaux challenges marqués par la réussite. « Après le lycée, en 1982, j’ai pris un emploi auprès du gouvernement, au sein du service d’enregistrement des sociétés, tout en faisant des études à distance avec l’ICSA (Institute of Chartered Secretaries and Administrators). » Une formation qui permet à des professionnels de haut niveau de se qualifier en droit des sociétés, finance, gouvernance, secrétariat et gestion. Très appréciés des employeurs, ils conseillent dans la conduite des affaires, du conseil juridique aux conflits d’intérêts en passant par le conseil en comptabilité, jusqu’à l’élaboration de la stratégie et de la planification d’entreprise. Un choix visionnaire à l’époque et qui s’est avéré payant : « Dès 1992, j’ai alterné les expériences professionnelles enrichissantes. Journaliste, j’ai eu la chance de lancer le Top 100 des entreprises mauriciennes pour Business Magazine, puis de m’occuper de la rubrique financière du groupe La Sentinelle. Parallèlement, j’ai pu faire un stage au Financial Times à Londres… » Le journalisme économique étant une bonne école (la meileure ?) pour appréhender le monde des affaires, ses ressorts et ses pirouettes, Jyoti Jeetun a alors dans ses bagages tous les atouts pour relever de grands défis professionnels. Nous sommes en 1994 et le pays est en pleine transition économique et sociale. Il faut trouver des solutions intelligentes pour passer d’une économie de plantation, séculaire et hiérarchisée, à une économie libérale et moderne, tout en évitant la casse sociale. 
Le gouvernement la sollicite alors pour mettre en place le Sugar Investment Trust (SIT). « Une aventure extraordinaire qui consistait à transformer le modèle sucrier en impliquant les petits planteurs dans l’actionnariat du SIT. Un sujet hautement sensible et qui représentait la première vraie démocratisation de l’économie mauricienne. J’y ai travaillé pendant plus d’une décennie en tant que directrice puis CEO (Chief Executive Officer) en réussissant ma mission, je pense, puisque ce sont aujourd’hui 55 000 petits planteurs qui sont devenus actionnaires du SIT à hauteur de 20 %. Une structure en pleine évolution encore puisque, en plus des terrains qui ont constitué les actifs initiaux, le trust pu racheter encore 7 000 arpents (environ 2 955 hectares) et s’est diversifié également dans l’immobilier. » 
Nous sommes en 2005 et l’alternance politique a ses raisons qui n’ont pas toujours à voir avec la logique économique. Un moment sur lequel Jyoti Jeetun restera discrète mais que l’on sent douloureux : « J’ai dû quitter le pays en 2006 avec mon mari et nos deux enfants pour rejoindre Londres. Une aventure douloureuse au début mais qui s’est rapidement transformée en autant de belles histoires pour nous quatre. Mon mari a enseigné dans un lycée, nos enfants ont réussi leurs études, quant à moi j’ai commencé une nouvelle vie au sein de BNP Paribas. J’ai mis du temps à trouver ce job car mon CV effrayait un peu les employeurs et, pour l’anecdote, j’ai dû le reformuler à la baisse pour être plus crédible… » 

 

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On distingue, entre le golf et la bande littorale, une forêt qui sera un poumon vert entre Triolet et Grand-Baie.  ©Droits réservés

Des moments difficiles 

Son expérience professionnelle bilingue lui permet alors de gravir les échelons dans la banque française de Londres où elle est responsable de cinq sociétés d’investissement cotées à la bourse londonienne. Des casquettes qui font des envieux du côté de la Barclays, qui l’embauche à la veille de la grande crise financière de 2008 : « Là j’ai connu des moments vraiment difficiles car nous travaillions tous en open space et on pouvait quitter un soir des collègues et ne plus les revoir le lendemain… » Une expérience qui se poursuit à la banque américaine Merrill Lynch, rachetée la même année par Bank of America, cela jusqu’en 2010. Il est temps pour elle de quitter les banques et le stress généré par les crises, rachats et fluctuations mondiales. 
Elle se tourne vers Bruxelles où elle rejoint la direction du Centre de développement des entreprises, une émanation de l’Union européenne : « Une nouvelle expérience encore plus enrichissante où j’ai été obligée de comprendre rapidement toutes les influences multiculturelles européennes, tout en m’adaptant à la bureaucratie et aux politiques internationales. Je n’ai tenu que deux années, de 2010 à 2012, car ma famille était restée à Londres, et je prenais tous les week-ends le train de Bruxelles pour les rejoindre… » 
Jyoti Jeetun choisit alors de prendre une année sabbatique. Mais c’est une épreuve difficile pour une personnalité dotée d’un tel dynamisme ! La plupart de nos lecteurs chefs d’entreprises le savent, on ne s’arrête jamais quand la passion d’entreprendre est là ! Elle est alors sollicitée pour animer des cours de MBA (Master of Business Administration) en tant que conférencière dans plusieurs grandes écoles de commerce comme Warwick Business School, Birmingham Business School, Oxford Brookes Business School et Essex Business School : « Je devais donner des exemples de cas pratiques de la vie en entreprise à environ 200 étudiants. J’ai pu transmettre mon expérience, et ça a beaucoup intéressé les étudiants… » La même année, elle assure également des missions de consultance internationale pour différents projets de développement. 
L’année 2016 marque pour elle et son époux le retour au pays, les enfants restant en Angleterre. Repérée par des chasseurs de tête, elle intègre rapidement la Compagnie de Mont Choisy Limitée en tant que CEO. Là, entre plages et espaces urbains de Grand-Baie et Triolet, il s’agit de construire une smart city. Une consécration professionnelle pour Jyoti Jeetun qui peut ainsi mettre l’ensemble de ses expériences au profit de son pays. 

Vision stratégique 

« Il ne s’agit pas de faire des résidences avec une touche green, mais de construire un lien à la fois urbain et social. En bref, ma mission est d’engager une vision stratégique sur les 25 prochaines années, durée estimée de l’aménagement de cette smart city. » Après le golf inauguré en 2017 et qui est devenu une référence dans le milieu sportif, la smart city de Mont Choisy sera bientôt le poumon vert, le passage obligé entre Grand-Baie, Trou-aux-Biches et Triolet, le tout sur 729 arpents (environ 307 hectares). 
« Nous avons déjà livré 210 unités (dont 203 vendues) et nous allons aménager cette année la forêt : c’est à dire respecter la nature en installant des sentiers piétons et des bandes cyclables sur environ quatre kilomètres. » À terme, ce sont 12 000 logements qui devraient abriter une population composée à la fois d’étrangers et de Mauriciens dans une atmosphère où l’art de vivre sera au rendez-vous. Une mixité sociale dans un coin de paradis et entre deux pôles urbains.