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Le gros du parc de 247 magasins est constitué de 32 supermarchés et de 13 hypermarchés. Cette acquisition est une belle opération pour GBH même si le contexte a changé avec la crise de la covid-19.
Océan Indien

Les 247 magasins de Vindémia dans l’escarcelle de Groupe Bernard Hayot

Comme « L’Éco austral » l’avait annoncé dès le mois de décembre 2019, l’Autorité de la concurrence n’a pas mis son véto au rachat de Vindémia par Groupe Bernard Hayot (GBH), se contentant d’imposer certaines conditions. Cette opération de grande envergure, se chiffrant à 219 millions d’euros, concerne pas moins de 247 magasins dans l’océan Indien.

Si le rachat de Vindémia, filiale du groupe Casino, ne posait pas problème à Madagascar et à Maurice, il était soumis à l’aval de l’Autorité de la concurrence de la France pour les marchés de La Réunion et de Mayotte. C’est surtout à La Réunion que cette acquisition, la plus grosse jamais réalisée Outre-mer, a fait couler beaucoup d’encre et de salive. La riposte des acteurs locaux, s’inquiétant du poids de Groupe Bernard Hayot (GBH), franchisé Carrefour, mais aussi Mr.Bricolage et Décathlon dans la grande distribution non alimentaire, n’a pas convaincu l’Autorité de la concurrence. Il est vrai qu’elle pouvait paraître comme la réaction d’un « cartel » qui n’ouvrait pas le marché à un nouvel acteur. De plus, la contre-offre proposée par les principaux concurrents de Carrefour ne visait que La Réunion alors que le groupe Casino voulait vendre Vindémia dans son ensemble, comprenant non seulement La Réunion, mais aussi Mayotte, Madagascar et Maurice. L’intervention de Didier Robert, président de la Région Réunion, auprès du ministre de l’Économie ressemble à un coup d’épée dans l’eau. Le ministre ne s’est pas opposé à la décision de l’Autorité de la concurrence, rendue le 26 mai. Il faut dire que depuis 2009 que l’Autorité intervient sur les cessions, on ne recense qu’un cas où elle a été désavouée. 

Une opération d’envergure considérable 

Habilement, pour éviter d’être en position dominante, GBH s’était déjà engagé à revendre quatre des sept hypermarchés Jumbo de Vindémia à La Réunion à un nouvel acteur, Make Distribution (qui s’appuiera sur Intermarché). Cela n’a pas suffi à l’Autorité de la concurrence qui a demandé la revente de trois autres magasins. Ainsi, la grande surface Agora, à Saint-André, spécialisée dans les produits culturels et qui n’était pas encore passée sous enseigne FNAC, sera cédée à Make Distribution, et deux supermarchés Score, à Saint-Pierre, seront cédés au groupe Thien-Ah-Koon (TAK). L’Autorité de la concurrence a estimé que ces repreneurs étaient des acteurs crédibles. Elle a aussi imposé à GBH certains engagements comme celui de se fournir auprès de la production locale dans une fourchette de 25 % à 35 % des achats totaux réalisés par ses grandes surfaces alimentaires. Rappelons que l’Autorité de la concurrence avait, dès novembre 2019 – avant même la notification de l’opération – interrogé sur place les opérateurs concernés, l’ensemble des parties prenantes (enseignes concurrentes, fournisseurs, associations de consommateurs…) ainsi que les partenaires institutionnels : Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR), Préfecture, Région, parlementaires… Ce qui explique sans doute que le ministre de l’Économie n’ait pas jugé bon de contester son « feu vert ». Cette fusion-acquisition est une opération d’envergure considérable en termes de chiffre d’affaires et de nombre de magasins concernés. En effet, il s’agit de l’absorption par le premier groupe de notre classement du Top 500 de l’océan Indien (1,1 milliard d’euros de CA en 2019) du troisième groupe (853 millions d’euros de CA en 2018) ! Le montant de cette acquisition s’élève à 219 millions d’euros, ce qui peut paraître peu au regard du chiffre d’affaires et du fait qu’un stock important est inclus dans ce prix, mais la rentabilité de Vindémia à La Réunion, son premier marché, s’est effritée au fil des années. À Maurice, elle n’est pas non plus époustouflante (2 millions d’euros de résultat net en 2018 pour un CA de 68,5 millions d’euros). Les deux marchés les plus porteurs semblent être ceux de Madagascar et de Mayotte. Mais nul doute que GBH devrait doper les activités avec son enseigne Carrefour en se montrant plus agressif. 

Carrefour à Madagascar, Maurice et Mayotte 

La conséquence de la cession signifie l’arrivée de l’enseigne Carrefour (1e distributeur français, 9e mondial) à Maurice, à Madagascar et à Mayotte où elle devrait remplacer notamment les enseignes Jumbo et Score de Vindémia qui exploite également des enseignes de proximité comme Vival à La Réunion (110 boutiques notamment dans des stations-service) et à Maurice (2), Supermaki à Madagascar (48) et Douka Bé à Mayotte (28), sans oublier, à La Réunion, des magasins de gros sous l’enseigne Supercash (5) et l’enseigne FNAC (6) pour les produits culturels. Au total, c’est un parc de 247 magasins sur l’ensemble des marchés de l’océan Indien, dont 32 supermarchés et 13 hypermarchés.