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Océan Indien

ASRAF DULULL : « L’économie du troc a toute sa place aujourd’hui »

Face à la menace du coronavirus, Asraf Dulull, ancien ministre et grand observateur de l’économie régionale, donne son avis et propose des orientations. À lire entre les lignes…

Expert en finance, Asraf Dulull opère dans la plus grande discrétion dans ses locaux de Global Strategic Consultancy, dans la vieille ville de Port Louis. Pour lui, « on sait aujourd'hui que ce virus va changer la donne économique mondiale. Beaucoup d'économies dépendent de la Chine, tant en importations qu'en exportations, et pour moi, le meilleur remède face à cette crise est de jouer groupé. C'est à dire qu'il faut élaborer des blocs régionaux qui vont au-delà des intérêts économiques de chacun. Échanger, directement, quitte à faire du troc, est pour moi la meilleure solution, la plus directe, si l'on veut éviter les pénuries ». 
L'idée de cet observateur, in fine, est d'éviter d'arrêter les productions industrielles, ce qui serait catastrophique. « Si les usines s'arrêtent, le chômage sera exponentiel et les dommages collatéraux seront dévastateurs. En bref, si la chaîne de production est bloquée, ce sera le début d'un cercle vicieux aux effets catastrophiques. » 

« L'OMC doit revoir sa position sur les pays émergents » 

Note d'espoir pour nos petites économies insulaires : notre appartenance à des blocs économiques régionaux (largement sous-exploitée, soit dit au passage) représente des atouts. « Ici, on a la chance d'appartenir au NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique – NDLR), au COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe – NDLR), à la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe – NDLR)… Il faut rapidement envoyer des missions dans ces pays pour booster nos échanges, quitte à réinstaurer le système du troc. La crise peut durer des années et le commerce mondial risque de s'écrouler, il faut s'organiser dès maintenant en trouvant une fiscalité adaptée pour développer les échanges entre pays voisins. Les paramètres doivent être révisés. » 
Pourtant, le troc fait penser à un retour en arrière à l'heure de la globalisation des échanges et les opérateurs ne sont peut-être pas prêts à relever ce challenge dans le contexte actuel. Une remarque que ne partage pas Asraf Dullul. « Il s'agit justement de modernité puisque ça se pratique déjà. Regardez ce qui se passe aujourd'hui dans l’informatique, les entreprises et les gens échangent des données contre des services. Hier, c'était avec l'Irak que les États- Unis ont échangé pétrole contre nourriture et d'autres exemples ne manquent pas…. Avec le déconfinement, beaucoup de pays vont se retrouver sans liquidités, mais ils auront toujours leurs propres richesses, qu'elles soient matérielles ou immatérielles. Pourquoi ne pas échanger notre savoir-faire dans la canne ou le thé contre des bovidés ou du riz malgache par exemple ? Il faut que nous mettions à profit nos atouts et nos accords commerciaux dans cet esprit-là. Qu'une vraie volonté politique permette de relever le niveau des échanges entre nos îles. Mais comme vous le savez, il faudra alors se doter d'une vraie compagnie maritime dédiée. » 
La compagnie maritime régionale, un serpent de mer qui revient sans cesse dans les remarques des observateurs économiques de notre région et qui représente une bonne transition avec la prochaine question : quelles alternatives aujourd'hui à la mondialisation effrénée des échanges et à notre dépendance aux grandes puissances ?
« Le virus a montré nos faiblesses et notre dépendance avec l'extérieur. Sans tomber dans un excès de protectionnisme, il faut que nos dirigeants considèrent la production locale comme une priorité, nous avons une bonne image et pouvons attirer des investisseurs dans le secteur industriel. Mais pour qu'il y ait une vraie relance de nos industries, il faudrait déjà que l'OMC révise sa position par rapport aux pays émergents ou en voie de développement. »