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Madagascar

Blockchain et agriculture, déjà une réalité

Technologie révolutionnaire de dernière génération, la blockchain est surtout connue pour les transactions transparentes. Elle est pourtant applicable à d’autres domaines. Appliquée à l’agriculture, elle sert de traceur numérique depuis la plantation jusqu’à l’assiette.

La traçabilité est un enjeu de premier plan pour le secteur de l’agriculture, notamment pour les acteurs de la filière qui s’orientent vers l’exportation. D’où l’engouement croissant du secteur pour la blockchain (technologie de chaîne de blocs). Cette base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création peut en effet rendre de grands services. 
Loin de se limiter à la finance, elle peut être appliquée à toute transaction en plusieurs étapes nécessitant traçabilité et visibilité. Au niveau de la chaîne logistique, par exemple, elle peut permettre de gérer et signer des contrats, mais aussi vérifier la provenance des produits. Appliquée à l’agriculture, elle peut servir d’outil numérique de traçabilité tout au long de la chaîne de valeur alimentaire et permettre ainsi d’éviter toute fraude. 

Moins de paperasse 

En d’autres termes, la blockchain agricole peut générer et épargner des milliards de dollars. Selon Juniper Research, l’un des principaux cabinets britanniques d’analystes dans le secteur des technologies mobiles et numériques, elle permettra d’économiser annuellement environ 31 milliards de dollars en matière de fraudes alimentaires dans le monde d’ici 2024. Pourquoi ? Parce que la marge de manoeuvre des falsificateurs de tout poil va s’en trouver considérablement réduite ! 
La technologie pourrait également réduire les coûts de transports transfrontaliers. Ces derniers assurant près de 90 % des échanges commerciaux dans le monde, la numérisation par blocs réduirait les intervenants, les délais et la paperasse au bénéfice de l’automatisation. D’après les estimations de l’International Business Machines Corporation (IBM), la digitalisation totale permettrait au fret maritime d’économiser 38 milliards de dollars par an. Les petits producteurs s’en trouveraient aussi nettement avantagés, car ils pourraient promouvoir des produits aux qualités prouvées et à prix justes, en accédant directement aux marchés d’exportation. Et à l’instar du système du « bitcoin », les transactions se feraient directement de producteur à acheteur, une fois que ce dernier aurait scanné le code QR (code à réponse rapide) du produit. 
« Cela incitera les petits producteurs à s’organiser… De toute façon, d’ici 20 ans, ce sera partout une exigence », estime Gaëtan Etancelin, ancien président du Syndicat malgache de l’agriculture biologique (Symabio). Il serait ainsi temps de considérer la technologie de chaîne de blocs comme le nouvel outil de référence pour tous.

L’enseigne Carrefour se prépare à intégrer la blockchain à tous ses produits. Ses pays fournisseurs, dont Madagascar, auront de 18 à 36 mois pour se mettre en conformité.  ©Droits réservés
 

La technologie se vulgarise

Présent à Madagascar, le groupe multinational de négoce Louis-Dreyfus a été parmi les premiers à effectuer une transaction de matières premières agricoles via la blockchain. En Afrique, la technologie commence aussi à être vulgarisée, comme en Ouganda où l’entreprise Carico Café Connoisseur a installé un code QR à scanner sur ses paquets de café permettant la traçabilité des grains, de la plantation au magasin. La marque estime que cette visibilité améliorée sur le produit a permis d’augmenter de 10 % les revenus de ses producteurs. 
Selon Gaëtan Etancelin, Carrefour, l’enseigne française d’hypermarchés, intègrera sous peu la technologie blockchain à tous ses produits, et ses pays fournisseurs, dont Madagascar, auront de 18 à 36 mois pour se mettre en conformité. La blockchain permettra de stocker les informations relatives aux produits : leur provenance, leur lieu d’élevage ou mode de production, mais garantira aussi aux consommateurs une transparence complète sur le circuit suivi par les produits.
Depuis cinq ans, la Grande Île a commencé, elle aussi, à expérimenter la technologie dans la filière vanille. Aujourd’hui, l’entreprise sociale Sahanala et l’exportateur Biovanilla sont les premiers à l’adopter dans la production de vanille certifiée biologique. On n’arrête pas le progrès.