Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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Réunion

CHARLOTTE GOVIN, DIRECTRICE RÉGIONALE CMA CGM : « Notre stratégie, c’est celle de l’agilité »

Directrice du cluster océan Indien du groupe CMA CGM, Charlotte Govin explique l’importance de cette zone pour le numéro trois mondial du transport maritime. Un géant qui intervient désormais à plusieurs niveaux de la chaîne logistique, et même dans le fret aérien. Mais un géant qui sait se montrer agile pour s’adapter à nos petits marchés.

L’Éco austral : Après la flambée des prix du fret il y a trois ans, on assiste désormais à une chute spectaculaire. Certains s’inquiètent du fait que pour compenser cette baisse, les compagnies maritimes puissent miser sur des méga porte-conteneurs trop gros pour entrer à Port Réunion. Les conteneurs pour La Réunion devraient alors être transbordés dans un autre port. Est-ce envisageable ?

Charlotte Govin : Le Groupe CMA CGM est présent à La Réunion depuis 20 ans. En tant qu’entreprise française et partenaire historique des Outre-Mer, il s’engage pour assurer l’approvisionnement de La Réunion et soutenir ses clients exportateurs réunionnais avec des solutions de bout en bout de la chaîne logistique.

Aujourd’hui, fort des 28 collaborateurs de notre agence, nous déployons six services maritimes pour assurer une connectivité optimale de La Réunion tant à l’import qu’à l’export. Les trois services hebdomadaires MIDAS 2, MOZEX et NEWMO offrent des connexions à l’Afrique du Sud, au Mozambique, à l’Inde, aux pays du Golfe, à l’Australie, à l’Asie et à l’Europe du Nord. Enfin, les services de transbordement IOFEED 1, 2 et 5 desservent l’océan Indien en rotation tous les 8 à 21 jours.

En outre, la capacité des navires déployés, largement définie par la demande, reste relativement stable dans la région depuis ces dix dernières années. CMA CGM continuera donc de desservir en direct La Réunion, Maurice, Mayotte et les Seychelles tout en permettant le transbordement pour Madagascar et les Comores, territoires en pleine mutation qui font l’objet d’une attention particulière de la part du Groupe, avec notamment des projets d’extension portuaire et de dragage à Madagascar.

Comment évolue votre activité de transbordement à La Réunion, choisie comme « hub régional » ? Et pourquoi êtes-vous personnellement basée à Maurice ?

Le Groupe a en effet implanté en 2016 à La Réunion son hub de transbordement pour l’océan Indien. Cette décision s’explique à la fois par les liens historiques qu’entretient le Groupe CMA CGM avec La Réunion, et par le rôle stratégique dont dispose l’île dans sa zone régionale, comme en témoigne aujourd’hui la position de Port Réunion en tant que quatrième port français en trafic de conteneurs.

La direction du cluster océan Indien de CMA CGM est établie à Maurice, à Port Louis, également stratégiquement située dans l’océan Indien, et bien reliée aux grandes routes maritimes vers l’Europe, l’Afrique, l’Australie et l’Asie.

Si La Réunion constitue dès lors le principal hub de transbordement de CMA CGM, Maurice est également régulièrement sollicitée. En effet, notre service maritime d’Europe dessert en direct La Réunion et Maurice. En provenance d’Asie, nous transbordons ainsi à la fois via Maurice et via La Réunion pour desservir Madagascar.

Nous avons des équipes très compétentes en propre à Maurice, La Réunion, Madagascar, Mayotte et aussi en représentation aux Seychelles et aux Comores. À La Réunion, notre responsable Emmanuelle Hoareau et ses équipes contribuent grandement au développement régional.

Où en est-on du rachat de Bolloré Logistics pour 5 milliards d’euros et quelles seront ses conséquences pour l’océan Indien ?

Le Groupe CMA CGM a signé le 11 juillet dernier avec le Groupe Bolloré l’acquisition de son activité logistique, l’opération restant soumise à l’obtention d’autorisations au titre du contrôle des concentrations et des investissements étrangers dans les juridictions concernées. Cette acquisition, si elle se concrétise, renforcera considérablement l’activité logistique du Groupe CMA CGM en plaçant sa filiale CEVA Logistics parmi les cinq premières entreprises mondiales du secteur du transport et de la logistique. Il s’agit pour le Groupe CMA CGM d’une nouvelle étape significative dans le développement d’une offre complète de solutions visant à soutenir les chaînes d’approvisionnement de ses clients et assurer, pour leur compte, le transport et la logistique de leurs marchandises de bout en bout.

Votre groupe se déploie également dans la manutention portuaire, y compris à La Réunion. Peut-on finalement parler d’une stratégie d’intégration verticale ?

À La Réunion, le Groupe CMA CGM détient à travers sa filiale CMA Terminals 95 % de SAMR (Société d’acconage et de manutention Réunion). En tant qu’acteur portuaire mondial, le Groupe développe son activité dans les terminaux afin de renforcer l’efficacité de ses lignes de transport maritime et garantir la qualité de service pour ses clients.

Troisième acteur mondial du transport maritime, CMA CGM a enregistré un résultat net de 23,5 milliards d’euros en 2022. ©Droits réservés

Les insuffisances des dessertes régionales entre les îles de l’océan Indien sont flagrantes. Quel rôle peut et veut jouer votre groupe pour y remédier ?

Le Groupe CMA CGM fait preuve d’agilité pour s’adapter aux caractéristiques de l’océan Indien et proposer plusieurs options de transbordements, que ce soit à La Réunion ou à Maurice. L’océan Indien est régulièrement exposé à des contraintes météorologiques (cyclones, forte houle, etc.), et ponctuellement à de la congestion portuaire. Cela nécessite une grande souplesse au niveau des opérations et de la desserte portuaire afin de répondre au mieux aux attentes de nos clients.

Dans quelle mesure CMA CGM va s’impliquer dans l’évacuation des déchets dangereux de La Réunion ?

Le Groupe est engagé pour la protection de l’environnement et de la biodiversité, et multiplie les actions en ce sens dans le monde, dans l’océan Indien et à La Réunion.

À l’occasion du One Ocean Summit 2022, organisé à Brest par le président de la République française, Emmanuel Macron, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, Rodolphe Saadé, président-directeur général du Groupe CMA CGM, a annoncé l’arrêt du transport de déchets plastiques par les navires du Groupe à compter du 1er juin 2022. Afin de tenir compte du contexte particulier de La Réunion et en tant que partenaire historique des acteurs locaux, CMA CGM étudie des solutions pour permettre à certains types de déchets, ne pouvant être traités sur place, d’être exportés à titre exceptionnel de La Réunion vers des sites de traitement certifiés dans l’Hexagone ou dans l’Union européenne, en garantissant une traçabilité et une transparence complète.

Votre groupe opère désormais dans le fret aérien avec CMA CGM Air Cargo. Est-ce que cela concerne ou va concerner l’océan Indien ?

En effet, le Groupe a lancé en 2021 sa nouvelle division CMA CGM Air Cargo et, depuis, a mis en place un partenariat stratégique de long terme avec Air France KLM Martinair Cargo afin de fournir à nos clients des services de fret aérien de haute qualité dans le monde entier.

CMA CGM Air Cargo ne propose actuellement pas de liaison régulière vers l’océan Indien, mais, toujours dans une logique d’agilité, nous pouvons proposer à nos clients des solutions aériennes ponctuelles vers l’océan Indien. Par ailleurs, notre partenariat avec Air France nous permet de faire bénéficier à nos clients des capacités en soutes des vols de la compagnie vers l’océan Indien.

En décembre 2022, CMA CGM Air Cargo a assuré un vol dédié entre l’île de la Réunion et l’Hexagone. L’Airbus A330 F de la flotte de CMA CGM Air Cargo est parti de l’aéroport Roland Garros en direction de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle avec à son bord 60 tonnes de fruits exotiques, permettant aux producteurs réunionnais d’exporter leurs marchandises pour les fêtes de fin d’année.

Charlotte Govin : ancien officier de la Marine nationale : Directrice du cluster océan Indien du Groupe CMA CGM, Charlotte Govin a un parcours assez atypique. En effet, elle a commencé par être officier chef de quart navigant dans la Marine nationale française. Embarquée sur le bâtiment de transport léger « Batral » La Grandière, basé à La Réunion, elle a pu rayonner dans l’océan Indien. Mais c’est à Hong-Kong qu’elle rejoindra le groupe CMA CGM en 2014, dans le cadre d’un Volontariat international en entreprise « VIE », dispositif français qui s’adresse aux jeunes diplômés. Son parcours a commencé par un poste de chargée de développement commercial pour l’activité reefer « conteneurs réfrigérés » pour l’Asie. Elle a ensuite été basée à Abidjan, en Côte d’Ivoire, occupant le poste de directrice régionale reefer pour l’Afrique de l’Ouest. Avant de prendre la direction du cluster océan Indien, elle a dirigé l’antenne de CMA CGM pour la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, et le Vanuatu.