Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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Afrique

Comment faire de l’Afrique notre locomotive

L’Afrique confirme son rythme de croissance élevé avec un taux moyen de 5% pour l’année 2013 et une hausse annoncée pour 2014. Mais de sérieux défis restent à relever pour en profiter pleinement.

D’après les experts de la Banque mondiale, la croissance du continent africain pourrait augmenter de 20% en 2014 pour atteindre 6%. Les facteurs à la base du développement économique du continent africain devraient lui permettre de confirmer ces performances sur le moyen et long termes. En effet, la combinaison de sa démographie, de son urbanisation croissante, d’une réelle volonté politique pour permettre à la démocratie d’y progresser, d’un judiciaire plus indépendant et d’une meilleur gestion des politiques économiques de ses différents États permet d’être raisonnablement optimiste sur la durée. Ce rythme soutenu du développement africain est particulièrement impressionnant lorsqu’on tient compte du fait qu’il est de moins en moins le fait des matières premières dont les cours sont en baisse. C’est bel et bien l’effet d’un marché intérieur qui prend de l’ampleur et de la demande intérieure de plus en plus forte qui permettent à l’Afrique de confirmer ses bonnes performances économiques. De ce fait, les entreprises mondiales s’organisent pour augmenter leur présence sur le continent et répondre aux besoins de ces nouveaux marchés. Les investissements étrangers continuent donc à augmenter et consolident de ce fait cette spirale positive du développement.
Cette présence africaine, qui était hier un luxe, est aujourd’hui une nécessité pour rechercher sur le continent un relais de croissance et faire face au fléchissement des marchés traditionnels. Et cela amène les chefs d’entreprise, de plus en plus nombreux, à inclure une dimension africaine à leur stratégie de développement.

UN BESOIN D’INFORMATIONS ET D’ACCOMPAGNEMENT

Les entrepreneurs sont bien conscients des difficultés qu’ils auront à surmonter pour que cette nouvelle phase de leur expansion soit un succès. Ils demeurent souvent mal informés des réalités de ces nouveaux territoires où ils ambitionnent de s’implanter. Leurs équipes ne sont pas toujours formées pour appréhender et évaluer les risques inhérents à cette nouvelle aventure et ils recherchent un accompagnement professionnel qu’ils peinent souvent à trouver. Le mouvement vers l’Afrique est néanmoins bien lancé et ces difficultés ne sauraient les faire renoncer. L’analyse des bonnes performances de l’Afrique permet un autre constat intéressant : l’Afrique du Sud a perdu un peu de son rôle moteur sur le continent. Cependant, à l’exception donc de l’Afrique du Sud, mais aussi de la RCA et du Swaziland, la croissance africaine devrait rester assez robuste. Un tiers des pays du continent affichent une croissance de 6% ou plus pour 2013. Ces bons résultats et ces perspectives encourageantes ne doivent pas faire oublier que les retombées de cette croissance africaine ne permettent pas encore de réduire la pauvreté sur le continent. Les économies occidentales devront donc se pencher activement sur ce phénomène avec une attention particulière si elles veulent enrayer les flux migratoires et les tragédies qu’ils déclenchent. Nos démocraties savent bien que cette pauvreté est le principal terreau des radicaux islamiques qui s’étendent maintenant sur une ceinture « verte », de la Mauritanie à la Somalie. Les événements récents du Kenya sont venus le démontrer de nouveau. Cette course entre le développement économique et le terrorisme islamique est donc bien d’actualité et les solutions pour éviter le pire passent par le développement économique du continent africain et ses retombées équitables sur ses populations. Les acteurs économiques devront s’accorder sur une nouvelle charte éthique pour y contribuer et mettre toutes les chances de leur coté pour connaître le succès de leur propre développement en Afrique.

LES NOUVELLES EXIGENCES DES GOUVERNANTS AFRICAINS

Après une première phase de développement « à tout va » durant ces dernières années, pendant lesquelles les gouvernants africains n’ont pas été très exigeants à l’égard des investisseurs, on assiste maintenant à une réelle prise de conscience et de nouvelles exigences des États pour un développement durable en Afrique qui permettra aux populations concernées d’en profiter d’avantage. Ce nouveau « momentum » pourrait permettre aux puissances économiques, qui ont assisté plutôt en spectatrices à l’accroissement de la présence chinoise du Maghreb à l’Afrique Australe durant la dernière décennie, de faire valoir une approche plus compatible avec ces nouvelles exigences africaines pour regagner du terrain.

 François de Senneville Ce Mauricien est avocat associé à Paris où il dirige le « desk » Afrique du cabinet parisien Lazareff Le Bars. Il est également cofondateur de Kilele Africa, « premier CEO Forum pour un développement durable et optimisé des affaires en Afrique » qui se déroulera à Maurice du 4 au 6 décembre.