Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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M Chung Kai To
Maurice

Comment prendre soin du marché de la santé

La huitième édition du Forum des Afrique(s), organisée le 29 janvier dernier à l’Aventure du Sucre, s’est mise au chevet d’un secteur émergent en Afrique : celui de la santé. Et son diagnostic est sans appel : il y a beaucoup à faire et Maurice a sa carte à jouer.

Maurice détonne avec le reste du continent africain puisqu’elle a achevé sa transition démographique et que sa population vieillit. Elle accède également à de nouveaux services de santé. Ses voisins africains font face de leur côté à l’émergence de nouvelles maladies « modernes » tout en inventant des réponses aux carences des infrastructures grâce à une population jeune et férue de nouvelles technologies. L’autre constat porte sur les disparités en infrastructures médicales et en ressources humaines dans notre région (sud-ouest de l’océan Indien et Afrique sud-orientale). Pour les besoins d’animation du forum, l’Éco austral a recomposé un classement concernant la région proche à partir des chiffres fournis par IndexMundi en 2017 (voir notre graphique sur le nombre de lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants)
 

M Chung Kai To
Melvyn CHUNG KAI TO,  Managing Director AXYS Stockbroking « La santé est un secteur challenging, que ce soit pour des sociétés mauriciennes voulant s'implanter en Afrique ou des investisseurs étrangers à Maurice. Dans les deux cas, le groupe AXYS peut accompagner ces projets de diverses façons. »

Maurice se classe dans le premier tiers du classement mondial avec 3,7 lits pour 1 000 habitants. La Réunion se situe au même niveau, en retard sur la moyenne française qui est de sept lits pour 1 000 habitants. Cela s’explique en partie par la jeunesse de sa population. Il faut signaler aussi la part importante, à La Réunion, du secteur privé dans la capacité en hospitalisation. Notons que des pays relativement sous-peuplés comme la Namibie, Les Seychelles ou les Maldives, bénéficient mathématiquement d’un taux d’équipement relativement élevé.  Au bas du classement mondial, le Burundi, la Tanzanie, le Mozambique, l’Ouganda et Madagascar représentent autant d’opportunités d’affaires que certains Mauriciens ont déjà explorées. « C-Care est présent en Ouganda où nous avons un hôpital et 23 cliniques (centres primaires de soins), ainsi qu’au Nigéria où nous avons investi dans un important laboratoire d’analyses médicales, souligne Élodie Doger de Spéville, International & Developement Manager dans la branche santé du groupe Ciel. Ici, à Maurice, nous avons des patients qui viennent principalement de Madagascar, des Seychelles et des Comores, environ 500 par an, pour se faire traiter surtout pour des soins liés à la cardiologie. D’autres viennent pour l’oncologie et leur nombre augmente régulièrement. » 
C-care n’offre pas tous les services et types de traitement pour traiter les patients qui ont des cancers, mais son bureau international à Fortis Clinique Darné et à Wellkin Hospital permet de faire le lien avec les patients malgaches pour déterminer leurs besoins, leur capacité de paiement et adapter ainsi l’offre. 

 

E Doger de Speville
Élodie Doger de Speville International & Developement Manager Groupe Ciel « C-Care est déjà présent en Ouganda où nous avons un hôpital et une clinique, ainsi qu’au Nigéria où nous avons investi. »

Des maladies qui « évoluent » en Afrique

« Nous avons aussi des personnes sur place qui nous réfèrent des patients. Nous allons à Madagascar tous les deux ou trois  mois et travaillons avec des assurances et des médecins sur place, pour la cardiologie par exemple. Il y a également trois hôpitaux qui font des investigations et un hôpital qui fait les angiographies. Ça coûte cher parce que ce sont des médecins étrangers qui viennent faire ces examens », ajoute Élodie Doger de Spéville. 
La situation sanitaire s’améliore sur le continent, avec la réduction des décès liés à la pneumonie, au VIH et aux maladies diarrhéiques, même si ces trois pathologies restent les principales causes de décès sur le continent noir. Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 29 août 2019. 
Aujourd’hui, les nouveaux modes de vie et de consommation n’épargnent plus les Africains et les maladies chroniques telles que les maladies cardiaques et le cancer font de plus en plus de victimes. 
 

Graphique

Ces « évolutions » sont bien appréhendées par le gouvernement mauricien via l’Economic Development Board (EDB). Pour le docteur Drishty Ramdenee, Head Bio-Economy de l’EDB, « l’Afrique représente des opportunités, mais elles ne sont pas claires en termes quantitatifs, notamment en ce qui concerne le nombre de patients qui peuvent venir pour des cas spécifiques et ainsi inciter les entreprises à investir ». 
Cependant, il y a des tendances qui se dessinent notamment au niveau de certaines maladies telles que le cancer ou les maladies cardiovasculaires. « Les études montrent que la majorité des interventions qui sont recherchées par des étrangers sont dans le domaine de la cardiologie et de plus en plus dans le domaine de l’oncologie, ajoute le docteur Drishty Ramdenee. Le secteur privé mauricien et étranger qui veut s’implémenter à Maurice l’a bien perçu. Au niveau de l’EDB nous sommes confiants qu’une offre intéressante peut être fournie ici. La prévalence croissante de certaines maladies à Maurice et en Afrique nous positionne bien grâce à des prix d’intervention raisonnables. » Les autres pistes de développement soulevées par nos invités portent sur les services de santé ultra-spécialisés comme la gériatrie, la pédiatrie, la neurologie… 
Autant de besoins spécifiques qui sont en croissance. Certains hôpitaux et promoteurs étrangers seraient actuellement déjà en phase d’élaborer leur business plan. « Des entreprises ont montré leur intérêt, mais il est difficile de rentabiliser un hôpital vu l’étroitesse du marché mauricien, précise le docteur Ramdenee. D’où l’intérêt d’avoir des données au niveau africain pour comprendre comment capter cette clientèle, c’est cela qui nous manque. En tous cas, pour la plupart des hôpitaux qui veulent se spécialiser dans le cancer, leur business plan vise 70 % de patients étrangers. » 

 

Ivan Thomas
Ivan Thomas, Principal Manager Health Swan General Ltd « L’assurance santé n’était pas d’actualité dans les années 1990, mais, avec la croissance, elle commence à émerger sur le continent. »

Esthétique et silver économie 

La piste du tourisme médical a déjà son pionnier en la personne du Français Gérard Guidi qui a lancé il y a vingt ans une clinique de greffe de cheveux. Une activité qu’il a élargie ensuite à la chirurgie esthétique. Cet ancien nominé au IBL Tecoma Award, prix de l’Entrepreneur de l’année, l’a d’ailleurs emporté dans le classement Innovation. « Nous avons 80 % de clients étrangers, explique-t-il. Surtout de la région proche : La Réunion, Mayotte et Madagascar. En 2018, nous avons eu des clients de 31 pays […] différents, mais essentiellement, ce sont des touristes qui profitent d’être ici pour faire une intervention. D’autres viennent exprès car nous sommes devenus un centre de référence et nous formons désormais des Espagnols et des Russes à nos techniques. » Preuve que le Centre esthétique de Gérard Guidi a bonne réputation dans le milieu : en septembre, il organise la formation d’une quarantaine de brillants chirurgiens aux techniques de la greffe de cheveux, cela pour le marché africain. Dans ce domaine, Maurice est reconnue sur tout le marché africain, selon Gérard Guidi : « Par exemple, le fils du président égyptien a préféré venir se faire opérer à Maurice plutôt que dans un pays voisin. La clinique est un centre d’excellence africain ». En matière de marketing, Gérard Guidi se montre très dynamique et ne se déplace jamais sans son directeur de communication, professionnel de l’image. 
 

Dr Ramdenee
Docteur Drishty Ramdenee Head Bio-Economy à l’Economic Development Board (EDB) « Au niveau de l’EDB, nous sommes confiants qu’une offre intéressante peut être fournie ici. »

« Nous allons cinq à six fois par an à La Réunion et à Madagascar. À chaque fois, on ne voit jamais moins de 100 patients. Les rencontres se font dans les hôtels et sont le plus souvent le fruit du bouche à oreille. Ce sont nos patients qui font notre communication. Nous éditons également des livres et des catalogues de nos prestations. » Un autre secteur qui émerge est celui de la silver économie (services de santé aux personnes âgées), comme l’explique le représentant de l’EDB : « Ce qui se dessine, c’est qu’en 2019, il y a eu beaucoup de manifestations d’intérêts pour les services de nursing et residential care homes et sept nouvelles structures devraient entrer en opération en 2020. Cela uniquement pour les residential care homes, mais le potentiel sera beaucoup plus important si l’offre de soins de santé spécialisés se développe. Les offres médicales et les projets de ce type vont de pair, les deux secteurs sont appelés à se développer en même temps. » 

 

I Padayachy
Isabelle Padayachy, Manager Health Operations à Swan General Ltd « Dans l’avenir, nous allons développer des soins préventifs à travers des systèmes informatiques. »

La m-santé s’exporte et s’importe 

Le Français Éric Gregori, directeur de SOS Bonne Santé Maurice, qui propose de la location et vente de matériel médical aux particuliers, surfe également sur la vague montante de la silver economie. « Nous accompagnons les patients à la sortie de l’hôpital ou quand ils sont en fin de vie grâce à du matériel et des équipements sur mesure. Notre offre évolue sans cesse. » Nouvelle preuve que Maurice attire les professionnels de la santé, SOS Bonne santé fait partie de SOS Oxygène qui exploite 64 agences en France et se trouve présent à Mayotte et à La Réunion. Le groupe a prévu d’installer son  QG africain à Maurice en 2020.
Sur fond de pénurie de personnel et d’infrastructures médicales, ce n’est pas un hasard si l’Afrique concentre le plus de projets de m-santé (mobile santé) au monde. Voilà une dizaine d’années que le potentiel de la m-santé croît à mesure que se développe le marché de la téléphonie mobile. En effet, environ 70 % de la population africaine possède un téléphone portable. Un foisonnement éclectique, ciblant patients comme professionnels et se positionnant aussi bien sur la prévention, le diagnostic que sur la formation voire la micro-assurance (depuis janvier, Safaricom propose par exemple une assurance santé aux Kényans dépourvus de couverture maladie). Didier Buon, CEO de Sanlam Assurances à Maurice, bénéficie d’une longue expérience professionnelle sur tout le continent africain en tant que directeur santé du groupe pendant 16 ans (onze ans en Côte d’Ivoire et cinq ans au Maroc). 
 

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Éric Gregori, Directeur SOS Bonne Santé Maurice « Nous accompagnons les patients à la sortie de l’hôpital ou quand ils sont en fin de vie grâce à du matériel et des équipements sur mesure. »

« J’ai pu tester et développer des produits innovants dès le début des années 2000, voir les problématiques et y répondre. Par exemple, nous avons développé en Côte d’Ivoire des cartes de santé avec empreintes digitales du client. Ce système a ensuite été généralisé à d’autres pays africains. Autre exemple de généralisation des nouvelles technologies, aujourd’hui, dans le groupe, nous sommes arrivés à zéro papier utilisé dans les transactions, feuilles de soins et déclarations. Tout est désormais digitalisé. » Navin Huree, chef de projet chez States Informatics Ltd (SIL), une entreprise à  capitaux publics, a également développé une carte de santé made in Mauritius, à Rodrigues précisément. « Les 42 000 Rodriguais sont désormais numérisés en termes de santé et chacun a reçu une carte avec un identifiant de type barcode. » Ce système innovant va permettre de dématérialiser les procédures, développer de nouvelles prestations et surtout compiler des statistiques solides. Mais Navin Huree est resté discret sur une éventuelle extension de ces cartes à Maurice. Discrétion également sur l’importante banque de données cumulées ces 30 dernières années par la SIL. Difficile de parler d’offre innovante à Maurice sans citer François Mark, fondateur et CEO d’Afriedx, une entreprise spécialisée dans les technologies d’immersion (réalité virtuelle) à des fins pédagogiques dans le cadre de l’éducation formelle. « Nous sommes en train de mettre en place notre plateforme éducative en Afrique pour former des personnes dans plusieurs domaines car il y a un gros problème d’accès à l’éducation. Nous disposons d’une plateforme en ligne et d’un appareil qui permet de transporter les cours sans connexion internet. Cela a commencé dans des zones en Afrique du Sud où il n’y avait pas Internet et cela s’est vite développé car nous sommes bien accueillis alors qu’ici, à Maurice, j’ai du mal à développer mes prestations. En tous cas, nos applications vont évoluer avec l’arrivée de la 5G et nous travaillons sur des applications de télémédecine… » 

 

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Bertrand Casteres, Group CEO de MUA « Nous sommes implantés en Afrique de l’Est, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda. Au Kenya, MUA vient d’acquérir Saham Assurance. »

Trop de médecins et pas assez de spécialistes 

Soulignons que le Mauricien François Mark a remporté, en 2018, la palme aux Edutech Southern Africa Awards, le plus grand rendez-vous des startups africaines. 
À Maurice, 2 856 médecins étaient enregistrés au 31 août 2017, dont 2 030 généralistes et 826 spécialistes (cf. Medical Council). Mais environ 200 médecins se trouveraient actuellement au chômage. D’après le Medical  Health Officers Association (MHOA), Maurice se dirige vers une saturation de praticiens car, actuellement, 90 % des médecins en service ont entre 26 et 40 ans. Dans dix ans, ils seront toujours en poste et 2 000 nouveaux médecins termineront leurs études. Où ces médecins seront-ils casés ? 
La saturation des médecins peut être évitée si les généralistes choisissent de se spécialiser dans des domaines où le manque est bien réel comme la neurochirurgie et la gériatrie. De la sur-spécialisation comme le préconisent l’EDB et le groupe Ciel par la voix d’Élodie Doger de Spéville : « Nous constatons une montée des exigences et une demande pour la sur-spécialisation, mais il y a un problème. Nous sommes 1,3 million d’habitants à Maurice, ce n’est pas assez pour justifier des investissements qui sont très importants. Par exemple, le cancer avec des cas en augmentation (environ 1 900 nouveaux cas par an) dont 25 % seulement qui vont dans le privé, si vous recoupez le nombre de protocoles nécessaires, de molécules, de types de machines de radiothérapie à importer, l’investissement est trop important. Aussi, je pense que le tourisme médical est un bon moyen de permettre d’investir dans cette sur-spécialisation et de le rentabiliser. » 
 

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Gérard Guidi, Fondateur du Centre esthétique de l'océan Indien « Des professionnels ont investi et travaillé ici mais ont été embêtés en permanence, pourtant ils amenaient de nouveaux patients. »

Pour le docteur Drishty Ramdenee : « Nous sommes conscients qu’il y a d’autres pistes où Maurice peut se positionner, notamment grâce à son grand nombre de médecins qui fait que nous sommes comparables à certains pays européens. L’offre de service dans le public ou le privé est de très haut niveau et la législation se trouve aux normes internationales. On peut aller beaucoup plus loin, sur des niches, mais cela demande une bonne connaissance du marché. Cela demande du peaufinage, mais aussi les régulations. Les demandes de transplantation, c’est une demande croissante. Surtout pour l’Afrique de l’Est. Il y a du travail à faire pour la promotion de Maurice sur le continent  Dans le domaine des cellules souches aussi, il y a une demande et Maurice pourrait se développer sur ce segment de niche. » Le représentant de l’EDB cite le cas d’un entrepreneur qui a fait la demande d’une Sandbox license (*) pour explorer de nouvelles applications dans le domaine des cellules souches mais qui n’aurait pas encore abouti pour des raisons commerciales. « Il y a des complexités administratives et légales, mais la volonté est là, nous sommes confiants. » Pour le groupe CIEL, un des plus gros challenges pour développer des spécialités est de former des infirmiers. 
« Nous avons un partenariat avec l’école polytechnique de Maurice pour recevoir des étudiants. Il y une diminution du nombre d’infirmiers pour le nombre de lits, nous constatons également un manque d’infirmiers spécialisés, par exemple dans le diabète, la chirurgie ou l’encologie. Nous devons trouver des infirmiers en Inde ou ailleurs avec des difficultés de permis et des problématiques liées à l’expatriation », explique Élodie Doger de Spéville. À Maurice, beaucoup de médecins ont été bien formés en Europe et au Canada et reviennent avec de bonnes compétences, mais la représentante du groupe CIEL estime qu’« il faudrait avoir aussi ce niveau de formation pour les infirmiers ». 

 

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Navin Huree, Chef de projet chez State Informatics Ltd (SIL) « Les 42 000 Rodriguais sont désormais numérisés en termes de santé et chacun a reçu une carte avec un identifiant de type barcode. »

Des perspectives pour les assureurs 

« On nous reproche des délais trop longs, mais ils ne sont pas forcément dus à l’Occupation Permit, l’EDB l’octroie facilement sous condition qu’il soit reconnu par le Medical Council », souligne le docteur Ramdenee. Un avis que ne partage pas Gérard Guidi : « Des professionnels ont investi et ont travaillé ici mais ont été embêtés en permanence, pourtant ils amenaient de nouveaux patients. Par exemple, le conseil de l’Ordre des dentistes était contre l’implantation d’un confrère étranger. Il n’a pas pu travailler plus d’un an ici et notre centre de chirurgie en a subi les conséquences. » Dans la région, Didier Buon cite les exemples malheureux de missions humanitaires mal accueillies : « À Mayotte ou Madagascar, des médecins généralistes qui venaient sur une base humanitaire n’étaient pas acceptés par les autres généralistes. » 
Plusieurs assureurs mauriciens de premier plan se sont déjà implantés en Afrique. Selon Bertrand Casteres, Group CEO de MUA (Mauritius Union Assurance), le continent représente un bon relais de croissance. « Nous sommes implantés en Afrique de l’Est, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda. Au Kenya, MUA vient d’acquérir Saham  Assurance. » Une présence qui remonte à 2014 lorsque MUA a racheté la majorité du groupe Phoenix Transafrica Holdings Ltd, faisant ainsi son entrée sur un marché de 141 millions d’habitants. « Notre présence en Afrique de l’Est avec sa large population nous permet une économie d’échelle favorable. » De fait, en 2014 au moment où le marché mauricien saturait pour MUA, il progressait de 15 % en Afrique de l’Est. Aujourd’hui, l’activité africaine de MUA représente 23 % de son chiffre d’affaires et 14 % de ses profits. « Pour le moment, nous ne proposons pas d’assurance santé en Afrique de l’Est. Mais Saham Assurance fait de l’assurance santé et nous sommes sollicités dans les autres territoires pour ce service. Nous étudions comment exporter les technologies et le savoir-faire. » 
Autre assureur mauricien à s’exporter, Swan vise aussi le marché de l’assurance santé. « Nous avons déjà un portefeuille aux Seychelles. Au Rwanda, nous avons des parts de marché dans l’assurance automobile, mais nous comptons développer l’assurance santé, expose Ivan Thomas, Principal Manager de Health SWAN General Ltd. L’assurance santé n’était pas d’actualité dans les années 1990, mais, avec la croissance, elle commence à émerger sur le continent. » Pour sa collègue Isabelle Padayachy : « Dans l’avenir, nous allons développer des soins préventifs à travers des systèmes informatiques. Surtout à Maurice où le diabète touche beaucoup de monde ». 
 

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Didier Buon, CEO de Sanlam Assurances à Maurice « Nous avons développé en Côte d'Ivoire des cartes de santé avec empreintes digitales du client. Ce système a ensuite été généralisé à d'autres pays africains. »

S’il y a des assureurs mauriciens en Afrique, on compte aussi des assureurs africains à Maurice. Comme le géant sud-africain Sanlam Assurances dont nous avons parlé plus haut. Ou encore le groupe Aga Khan qui, s’il n’est pas à proprement parlé africain, est très présent en Afrique de l’Est. Pamela Bussier, CEO de Jubilee Assurances Mauritius (groupe Aga Khan) met en exergue le système d’intégration horizontale organisé en Afrique par son groupe. « Nous sommes le premier assureur santé au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Burundi grâce à un système performant. Nous avons séparé les entités médicales, générale et vie, tout en associant des services complémentaires. Par exemple, au Kenya, nous possédons des hôpitaux et des pharmacies ainsi que leurs fournisseurs, ça nous permet de faire d’immenses économies d’échelles et de proposer des prix compétitifs. Malheureusement, à Maurice, ce système n’est pas possible car il n’y a pas assez de volume. » 

(*) La Sandbox License (littéralement « licence du bac à sable ») est en vigueur à Maurice depuis 2018. Il s’agit de mettre en place un cadre régulateur provisoire afin de tester la viabilité de certains projets innovants, avant de les régulariser sur le plan législatif. 

Densité médicale en Afrique : Maurice en tête 

Maurice occupe la première place du classement des pays africains pour le nombre de médecins par habitant (3/1 000, devant la Libye et l’Algérie avec 2/1 000) selon l’observatoire de l ‘Organisation mondiale de la santé (OMS). De nombreux médecins et spécialistes exerçant à Maurice sont diplômés de grandes universités européennes, mais l’accès au permis d’exercer y est très réglementé. Le niveau des dépenses liées à la santé est relativement élevé avec près de 1 000 dollars par an et par habitant. On compte six hôpitaux publics, mais aussi de nombreux dispensaires dans les quartiers, et une vingtaine de cliniques privées. De quoi figurer dans le premier tiers du classement mondial des lits d’hôpitaux avec 3,7 lits pour 1 000 habitants.