Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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Réunion

Construction : le retour du bon sens climatique

La Réunion tourne progressivement la page des bâtiments en béton fermés et climatisés. Le bon sens et la réglementation imposent de penser autrement le bâti tropical.

L’histoire de La Réunion retiendra une curieuse période de quelques décennies, commencée quand le béton s’est imposé comme le matériau miracle de la construction, alors que la climatisation commençait à se démocratiser. Sous le tropique du Capricorne, on s’est mis à bâtir en oubliant progressivement les particularités du climat local. Il fallait construire à toute vitesse des logements sociaux pour sortir la population des bidon-villes, l’inconfort des nouveaux appartements « en l’air » valait toujours mieux que les cases en tôles insalubres. Et tant mieux pour ceux qui pouvaient se payer la climatisation, dans les logements moins sociaux. Dans les bureaux des administrations et des entreprises aisées, la clim est devenue la norme.

Au fil du temps, et de l’augmentation du coût de l’énergie, les professionnels de la construction comme les pouvoirs publics ont commencé à mettre en doute la pertinence de ces choix. Des guides de bonnes pratiques, des référentiels (Prebat, Perene…) ont fourni des points de repères pour une meilleure prise en compte de la variable climatique dans la conception des bâtiments. À partir de 2010, la Réglementation thermique, acoustique et aération spécifique aux départements d’Outre-mer (RTAA DOM) a imposé des règles de construction plus durables dans la construction de logements neufs.

L’innovation encore et toujours

« La RTAA DOM pourrait évoluer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, ce qui permettrait davantage de flexibilité dans la conception », estime Laure Demarchaux, responsable du pôle Qualité environnementale du bâtiment chez Intégrale Ingénierie. « La commande publique a intégré cette dimension à la fois dans le bâtiment tertiaire et le résidentiel. L’absence de réglementation pour les bâtiments tertiaires neufs laisse au bon vouloir du maître d’ouvrage privé l’intégration de solutions bioclimatiques », constate Maxime Boulinguez. Ingénieur de recherche à LEU Réunion, il travaille actuellement à une thèse sur le rafraîchissement mixte des bâtiments. « Pour des raisons d’emplacement ou de fonction, certaines constructions ne pourront être passives à 100 %, explique-t-il. Dans ce cas, plutôt qu’une climatisation surdimensionnée, il faudrait combiner plusieurs modes complémentaires de rafraîchissement, notamment l’utilisation simultanée de la climatisation et des brasseurs d’air afin de réduire les consommations en garantissant le confort. Mais nous ne disposons pas encore des outils de dimensionnement et de pilotage de deux ensembles. Quelques laboratoires y travaillent à travers le monde, dont le laboratoire Piment de l’Université de La Réunion, où j’effectue ma thèse ».

Une expertise à exporter

Ventilation naturelle, renoncement au tout béton pour intégrer le bois, utilisation de matériaux de réemploi, végétalisation, meilleure gestion de l’eau, sensibilisation aux éco-gestes : ces ingrédients sont aujourd’hui largement utilisés dans les recettes de la construction locale, à des degrés variables.

La période de la construction « anti-climatique » s’achève doucement et La Réunion recèle aujourd’hui un vivier de compétences en matière de construction durable en milieu chaud et humide, qui pourraient s’exprimer sous d’autres tropiques. Et même au-delà, à mesure que le réchauffement climatique devient perceptible dans les régions tempérées.

« Nous avons été sollicités pour la réhabilitation de vieux quartiers à Marseille, pour des études de conception de nouveaux quartiers au Sénégal et au Vietnam, rapporte ainsi l’architecte Antoine Perrau. La croissance démographique à venir se fera en majorité dans la zone intertropicale, 60 % des logements sont à construire en Afrique. Il faut apporter du confort à ces populations, le savoir-faire acquis ici peut s’appliquer bien au-delà des frontières de l’île. »