Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

Découvrez tous nos articles en illimité. Je m’abonne

Logo Eco Austral
n

Eco Austral - Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

Alain Foulon
Monde

Dans l’immeuble de la RSE, il y a du « greenwashing » à tous les étages !

La responsabilité sociétale des entreprises ou encore responsabilité sociale et environnementale (RSE) découle d’un postulat selon lequel le réchauffement climatique aurait des causes humaines. C’est la thèse que beaucoup admettent aujourd’hui à force de matraquage médiatique même si, dans le camp de l’antithèse, il y a des scientifiques et investigateurs très sérieux. Les livres ne manquent pas sur le sujet. On peut citer celui d’Alban d’Arguin, paru en juin 2022, Réchauffement climatique – Enquête sur une manipulation mondiale, ou encore celui de l’ingénieur polytechnicien Christian Gerondeau, La religion écologiste – Climat, CO2, hydrogène : la réalité et la fiction, paru en mai 2021.

La pollution numérique

Ces remarques préliminaires vont sans doute énerver certains lecteurs, surtout dans un numéro consacré principalement à la RSE. Je dirai simplement que peu importe le postulat de départ du moment qu’il nous fait prendre conscience de certains excès du développement, du besoin de mettre plus d’humain dans l’économie et de protéger une planète qui ne nous appartient pas. Dans quel état allons-nous laisser cette planète à nos enfants ? Telle est la bonne question. Pour autant, nous ne devons pas céder à la peur ni à la dictature écologiste, et surtout éviter de nous faire manipuler par certaines ONG, véritables multinationales opulentes, qui défendent des intérêts dissimulés.

Prenons l’exemple de l’aérien ! Devenu la « bête noire » des écolos et plus largement d’une bonne part de la génération Z, celle qui est née après 1995. Dans ce numéro de notre magazine, une jeune femme de la génération Z explique que certains de ses amis ne prennent plus l’avion. Ah bon ! Mais s’ils sont en ligne plusieurs heures par jour sur leur smartphone, ils devraient savoir que leur empreinte carbone n’est pas anodine.

Selon les données publiées en France par le très sérieux Service des données et études statistiques (SDES) pour l’année 2019 (avant la crise donc), la production de chaleur et d’électricité représentait la principale source des émissions de gaz à effet de serre (GES), à hauteur de 39 %, suivie des transports (24 %) et de l’industrie (19 %). Mais dans les GES émis par les transports, l’aérien ne pèse « que » 11 % (source : International Transport Forum – ITF). Au bout du compte, la part de l’aérien dans les GES est estimée entre 3 % et 4,5 %. À comparer avec celle de l’Internet, estimée à 5 %. Mais la « pollution numérique » est encore méconnue aujourd’hui, on préfère diaboliser l’aérien qui, d’ailleurs, se met progressivement aux carburants « propres ».

Le capitalisme en vert

Imaginons un croisé de l’écologisme qui ne prend pas l’avion et ne peut donc pas se rendre dans nos îles de l’océan Indien, sauf en bateau à voile et sans être connecté (ou le moins possible) à Internet ! Il travaille justement comme consultant dans un cabinet spécialisé dans l’accompagnement des entreprises dans la RSE. Ayant besoin de s’entretenir avec ses prospects et clients, il va enchaîner les visioconférences. Au final, il est bien possible que son bilan carbone soit supérieur à ce qu’il aurait été en prenant l’avion.

Il y a aussi ceux qui ne veulent plus lire un journal papier, ni même faire imprimer des cartes de visite, pour « sauver les forêts ». Ils devraient savoir qu’il faut couper des arbres pour que les forêts se développent et, quand elles sont exploitées selon certaines normes, avec des labels dont tiennent compte les papetiers et imprimeurs, il n’y a pas de quoi se prendre la tête. Le problème, c’est la déforestation sauvage qui sévit dans certains pays comme Madagascar. Et c’est là que les entreprises ont un rôle à jouer, en pleine cohérence avec la RSE, en orientant les populations vers d’autres modes de cuisson que le charbon de bois.

On peut dire que le capitalisme occidental s’est emparé de la RSE, devenue un vrai business. Il a même inventé le crédit carbone et mis en place un marché du carbone où l’on peut s’échanger des droits à polluer. Il n’y a pas de limite dans l’ingéniosité du capitalisme et sa capacité à rebondir ! Le marché de la RSE est très porteur puisque de plus en plus de réglementations contraignent les entreprises à s’y mettre. En France, c’est une marche forcée vers la « sobriété énergétique ». Toujours plus royaliste que le roi ! Mais le monde n’est pas forcément au diapason. Par exemple, les États-Unis, l’Inde, le Luxembourg, Cuba et la Turquie n’ont pas ratifié en 2010 la norme ISO 26000 qui, en Europe, est la référence en matière de RSE. Ce qui n’empêche pas les Américains de promouvoir leur label B-Corp qui est aussi un mouvement international qui fédère plus de 5 000 entreprises dans 74 pays, dont plus de 200 en France. Un beau carnet d’adresses pour de l’intelligence économique ! La RSE, c’est aussi de la géopolitique ! Mais les tentatives d’en faire une arme au service du mondialisme se heurtent aux disparités entre les pays développés et ceux qui sont en voie de développement. Au passage, on peut dire que la décision de l’Union européenne d’interdire les voitures thermiques en 2035 ressemble à de la pure folie. L’Allemagne, dont le secteur automobile pèse lourd, commence d’ailleurs à rechigner, se rendant compte qu’un emploi créé dans l’automobile électrique entraîne la perte de deux emplois dans la thermique.

En conclusion, souhaitons que la RSE demeure un choix volontaire des entreprises et non pas seulement une contrainte, voire une dictature écologiste à subir. Avant tout un désir de solidarité humaine, un nouveau sens donné au travail et une meilleure performance.