Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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G Duez
Réunion

GAËL DUEZ, CRÉATEUR DU PODCAST « GREEN I/O » : « Le numérique durable, c’est simple et ça rapporte »

Gaël Duez est un ardent promoteur du numérique durable, créateur du Podcast « Green I/O », animateur de la Fresque du numérique et de la commission Green Tech et Tech for Good de Digital Réunion. Pour lui, l’écosystème réunionnais est particulièrement sensibilisé au sujet, en phase avec la RSE.

L’Éco Austral : Vous animez la commission Green Tech et Tech for Good de Digital Réunion, qu’elle est la différence entre les deux ?
Gaël Duez
: La technologie peut nous aider à traverser les crises environnementales (…) Cette Tech for Good est souvent mise en avant : on va mettre des capteurs et diminuer de 40 % la consommation énergétique par exemple… Mais lorsqu’on analyse les cycles de vie des solutions technologiques, cela trouve ses limites. D’autant qu’il y a des effets rebonds. Par exemple, les serveurs et les routeurs ont été très largement optimisés dans les datacenters. On consomme beaucoup moins d’énergie qu’il y a dix ans. Sauf que le transfert de données, les calculs, les algorithmes, plus généralement l’intelligence artificielle, ont explosé. La consommation globale n’a pas baissé de ce fait. Elle est restée étale… Ce qui n’est déjà pas si mal. On a besoin de la technologie pour nous aider, mais de manière intelligente. C’est la Green Tech. Quand vous voulez faire des calculs sur une nouvelle molécule de lutte contre le cancer, vous avez besoin de calculs et d’intelligence artificielle, la question ne se pose pas sur l’utilisation des outils les plus puissants évidemment. Mais entre un véhicule connecté qui va vous déposer d’un point A à un point B sur une courte distance et un vélo sans aucune électronique il faut se poser la question si le vélo n’est pas mieux.

Comment ces problématiques peuvent-elles être intégrées dans une démarche RSE ?

Nous sommes dans des économies de plus en plus tertiaires. Lorsque vous lancez une démarche RSE et que vous zoomez sur le E, l’environnement, une fois que vous avez traité l’empreinte carbone du déplacement de vos collaborateurs, que vous vous êtes penché sur celle des bâtiments, le troisième poste, presque systématiquement, est le numérique. Or en termes d’éco-conception, nous sommes des enfants gâtés qui considérons qu’un smartphone ça se change tous les deux ans, qu’il n’y a aucun effort à faire sur l’optimisation des images et autres…. Quand vous travaillez sur des pays où la connectivité n’est pas assurée aussi bien, où les gens payent encore à la data, où les smartphones sont des choses plus rares et plus précieuses et où on va les faire durer plus longtemps qu’un ou deux ans, vous apprenez à faire de la vraie éco-conception. C’est-à-dire qui pense des équipements sur un cycle de vie plus long.

Quelle est la place de La Réunion dans l’espace océan indien sur ces problématiques ?

Nous avons des choses à apprendre sur la manière dont on conçoit et traite les sujets de sobriété en Afrique, à Madagascar ou en Inde. Cela doit nous inspirer. J’ai été agréablement surpris, quand j’ai commencé à interagir avec l’écosystème réunionnais, qu’il s’agisse du Cluster Green, de Digital Réunion, de la French Tech Réunion et d’autres, de voir combien ces sujets étaient pris en compte. La conscientisation est là. Les gens ne demandent qu’à se saisir de nouveaux outils pour véritablement réduire l’empreinte environnementale du numérique et en faire un bon usage. Et ça, c’est une des grandes forces du territoire réunionnais. Peut-être que c’est lié au fait qu’il est précurseur sur tout un tas de sujets environnementaux.

On n’image pas qu’un simple smartphone soit potentiellement très polluant. ©Stocklib/Rancz Andrei

Comment faire passer cette prise de conscience du monde du numérique aux autres secteurs ?

En fait, c’est assez vertueux de s’assurer, quand vous êtes une entreprise du BTP, de l’hôtellerie ou un service institutionnel de demander à un service numérique de l’éco-conception. Certes, il y a un léger surcoût mais les bénéfices sont énormes en termes d’image, de satisfaction des employés, de fierté d’appartenir à la structure. Nous sommes pleinement dans la démarche RSE.

Souvent, c’est aussi tout simplement bon pour le business. Un site web éco-conçu, c’est un site bien souvent très léger, pensé pour aller à l’essentiel, à ce que souhaite un utilisateur, et qui ne mette pas trois heures à se charger. Sans parler du référencement naturel Google qui privilégie la rapidité.

Les plus petites entreprises, la majorité à La Réunion, ont souvent d’autres priorités, entre autres de rentabilité…

Justement ! L’avantage avec le numérique responsable, c’est qu’une partie des actions sont parfaitement alignées avec des enjeux business, des enjeux métier ou d’efficacité, y compris financière. Un des grands leviers d’action de tout chef d’entreprise, c’est de faire en sorte que son matériel dure le plus longtemps possible. Et c’est aligné avec l’environnement lorsqu’il prend vraiment conscience des ordres de grandeur de ce qu’il faut extraire en quantité de minerai pour fabriquer un petit ordinateur portable de 2 kilos : plus de 600 kilos de minerais et des milliers de m3 d’eau utilisés, et irrémédiablement pollués. En plus, vous amortissez votre investissement sur plus longtemps, c’est bon pour votre trésorerie. Après, il faut avoir un très grand pragmatisme dans le déploiement. Il y a de belles choses à faire toutes simples. Par exemple, dans certains secteurs, il y a de gros échanges de données, cela peut donc être intéressant de ne pas transférer les fichiers en pièces jointes mais plutôt avec un lien. C’est simple et très efficace. N’importe quelle PME a des actions à accomplir. Le tout est d’en prendre conscience.

La voix Green I/O : Gaël Duez s’est installé à La Réunion il y a trois ans. Économiste de formation, il a commencé sa carrière dans l’informatique de gestion bancaire et la monétique. Après plusieurs années en Nouvelle Calédonie, il rejoint le groupe Se Loger en plein développement. Il va se partager entre l’Allemagne, la Belgique, Israël et l’Espagne. « C’était un job très international, très cross culturel avec beaucoup de fusions-acquisitions, de rachats de start-up. Des challenges très intéressants, assez loin parfois de l’humain. Quand on a plusieurs centaines de personnes éclatées un peu partout, même si on essaye de maintenir le lien, ce n’est pas toujours évident », souligne-t-il. Il va d’ailleurs rencontrer sa compagne à Paris alors qu’elle-même est installée à La Réunion. Il va se partager entre notre île et le siège pendant quelque temps avant que la covid ne passe par là : «  Tout le monde est passé en remote. Ce qui était exotique est devenu normal. J’ai accompagné l’entreprise jusqu’à un changement complet de direction qui était prévu de longue date. »
La quarantaine, l’arrivée d’un premier enfant, Gaël Duez fait sa transition écologique. Très engagé à titre personnel, il s’interroge et bascule rapidement sur les enjeux environnementaux du numérique : « Plus je creusais le sujet, plus je me disais ‘mon pauvre gars si tu avais su cela quand tu avais autant de personnes et autant de budget à ta disposition, t’aurai fait les choses différemment’. » L’engagement auprès de l’association La fresque du numérique suivra logiquement. Et en février 2022, il lance le podcast Green I/O. « De très bonnes choses existaient en France dans ce domaine, mais c’était très franco-français. Mon expertise de connecter les gens à l’international m’a conduit au choix du podcast : des gens à travers le monde partagent leur expérience de manière très pragmatique. Je suis un généraliste qui va pointer vers telle ou telle ressource. » Lancé en février 2022, mensuel, ce podcast bénévole a bien décollé : « Il y a des centaines d’écoutes à chaque épisode, je pense qu’on arrivera gentiment à quelques milliers d’écoutes en 2023. » Le choix de ce média n’est pas neutre : « La bande passante consommée par le podcast, surtout sur des applications bien optimisées comme Spotify ou Deezer n’a rien à voir avec Youtube. On a une empreinte écologique qui n’a rien à voir alors qu’on passe peu ou prou le même message. Ensuite, ce podcast s’adresse aussi beaucoup à des gens dont la langue anglaise n’est pas forcément la langue maternelle et ce format aide à être plus concentré qu’une vidéo. C’est aussi le choix de la cohérence pédagogique puisque chaque podcast est très travaillé. Je le prépare énormément et il y a une page sur chacun des podcasts où je liste toutes les références. Je tiens beaucoup à ce travail de qualité. » Une exigence qui porte ses fruits. Pour répondre à la demande Green I/O est désormais bimensuel.