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Monde

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : Une révolution technologique aussi disruptive que l’électricité

Jean-Jacques Netter remonte à l’origine de l’intelligence artificielle, beaucoup moins récente qu’on pourrait penser, pour mieux la comprendre et la démythifier. Il se penche aussi sur les dangers qu’elle comporte. Mais elle devrait être l’un des développements les plus importants de l’histoire humaine.

Tout est parti d’un immense malentendu quand, en 1956, lors d’une conférence au Dartmouth College, une université privée de la ville de Hanover (New Hampshire), au nord-est des États-Unis, John McCarthy a convaincu ses collègues d’employer l’expression « intelligence artificielle » pour décrire une discipline qui n’avait rien à voir avec l’intelligence. Tous les fantasmes et les fausses idées dont on nous abreuve aujourd’hui découlent de cette appellation malheureuse. Marvin Minsky fondera ensuite en 1959 le laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology. Il y développera des outils d’analyse des réseaux neuronaux artificiels. Le dernier des pères de l’intelligence artificielle est mort le 24 janvier 2016.

Internet a été repris en main par des multinationales et par les États-Unis qui en ont fait le plus puissant outil de contrôle des populations soumises à une « servitude volontaire ». La grande erreur est de boire encore les paroles des futurologues américains issus de la contre-culture. Ils se sont reconvertis sans vergogne dans les affaires.

Imaginer que l’IA est une mode serait une grave erreur. Les machines apprennent déjà à apprendre. Bientôt elles dépasseront l’intelligence humaine dans de nombreux domaines. Dans la lutte entre l’homme contre la machine, il n’y aura pas de retour en arrière possible. À l’avenir, nous préférerons confier un enfant leucémique à Baidu ou Google avec 89 % de chances de guérison plutôt qu’au professeur lambda avec 49 % de chances de guérison.

L’être humain aura deux choix principaux : l’eugénisme biologique ou la neuro-augmentation électronique. La solution passera surtout par une réinvention de notre système éducatif.

L’IA fait de plus en plus souvent la une des médias. Les mystérieux algorithmes de nos ordinateurs sont champions du monde d’échecs et de go, ils vont conduire nos voitures, traduire automatiquement un texte en n’importe quelle langue, voire imiter nos modes de raisonnement. Hélas, ils ne savent même pas qu’ils sont intelligents. Pour le dire plus clairement, ils ne savent rien. Tout ce que peuvent manifester les ordinateurs dotés des techniques les plus récentes d’IA est une intelligence qui ne comprend rien. Certains de nos mécanismes cognitifs, patiemment mis au point par l’évolution biologique, comme la recherche de la simplification et de la structure des phénomènes, sont encore hors de portée des machines, contraintes d’approcher au plus près de nos modes de raisonnement sans jamais les reproduire vraiment. Le fantasme de la machine qui sait tout a donc de beaux jours devant lui, même si les progrès de l’IA posent avec toujours plus d’acuité la lancinante question de savoir si une véritable intelligence peut être produite par des circuits de silicium.

Une image générée par l’intelligence artificielle.

Ce n’est pas l’algorithme qui est intelligent

Open AI, maison mère de ChatGPT, fondée par Sam Altmann, et Deep Mind, fondé par Mustafa Suleyman, font partie des acteurs majeurs. Deep Mind a été racheté par Google. Il s’agit plus d’ingénierie que de découverte scientifique. Il faudrait selon Yann Le Cun, Chief AI Scientist de Meta, 22 000 ans à un humain en lisant huit heures par jour pour absorber tous les contenus sur lesquels est déjà entraîné ChatGPT.

Nous voyons souvent l’intelligence comme une capacité à penser et à apprendre, mais nous oublions la partie la plus importante de l’intelligence : la capacité de repenser et de désapprendre. Nous devons apprendre à examiner les informations qui nous ont été données et acceptées comme des faits, et à repenser nos anciennes convictions afin d’avoir les informations et les convictions les plus précises possibles. Nous devons désapprendre les fausses informations et utiliser notre capacité à le faire pour avoir une base plus solide.

Lorsque nous nous entourons de personnes qui sont d’accord avec nous et qui pensent comme nous, nous nous rendons un mauvais service et nous nous empêchons de grandir et d’apprendre. Nous devenons trop comme des prédicateurs qui doivent défendre leurs croyances, des procureurs qui doivent prouver que nous avons raison ou des politiciens qui militent pour ce qu’ils veulent réaliser…

Ray Kurzweil a été décrit par certains comme l’ultime machine à penser. Bill Gates l’a désigné comme « le meilleur que je connaisse pour prédire le futur de l’intelligence artificielle ». Pour ses détracteurs, il est l’un des plus grands bonimenteurs de l’époque et un dingue narcissique obsédé de longévité. Cessons de croire à l’impartialité des chiffres et encore moins à celle des modèles mathématiques. Cette foi inébranlable risque de nous conduire dans le mur. Cette leçon vaut autant pour les algorithmes que pour l’intelligence artificielle

Ce n’est pas l’algorithme qui est intelligent, mais tous les scientifiques qui ont travail-lé dessus pendant des années. Sans expertise humaine, les algorithmes ne tiennent pas.

Il y a encore une différence énorme entre l’intelligence que l’on observe chez les humains et le type d’intelligence que ces systèmes sont capables de montrer. Le Master Mathématiques, Visions, Apprentissage (MVA) forme à Saclay des chercheurs que le monde entier s’arrache. Il y a dix ans les éléments les plus brillants en mathématiques s’orientaient vers les mathématiques appliquées à la finance…

C’est une révolution sociale

GPT signifie en anglais « Generative Pre-trained Transformer », soit « Transformeur génératif pré-entraîné ». Il s’agit d’un modèle de langage développé par la société américaine OpenAI, qui sert de « moteur » à l’agent conversationnel ChatGPT. Plusieurs générations de GPT existent.

Est-ce que les machines seront dotées d’une intelligence émotionnelle ? Aujourd’hui elles ne sont capables ni de raisonner ni de planifier. Si c’était le cas, cela ouvrirait la porte à des systèmes d’IA agissant de manière dangereuse pour les humains. Est-ce que les machines seront « morales » et comprendront le bien et le mal ?

La prolifération des algorithmes dans nos vies nous expose à une dépossession de nous-mêmes au profit de grandes firmes. Au départ, il s’agissait de donner à l’ordinateur des facultés qui répliquent l’intelligence humaine. En voulant nous faciliter la vie, l’IA nous prive peu à peu de nos compétences. On a rendu des générations d’enfants hyperactifs, incapables de se concentrer, avec des séquelles sur le plan intellectuel parce qu’on les a abreuvés d’écrans. Les effets de l’intelligence artificielle ne devraient pas être différents des précédentes révolutions technologiques. La vitesse de changement ne sera pas aussi rapide qu’on le pense.

L’IA générative est très performante pour créer quasi instantanément du contenu de qualité, mais elle le fait à partir de données déjà existantes. C’est pour cela qu’elle ne remplace pas le génie humain. Lui seul permettra de continuer à faire des découvertes scientifiques majeures comme la réconciliation de la mécanique quantique, science de l’infiniment petit, avec la théorie de la relativité générale, science de l’infiniment grand…

Un jour ou l’autre, l’homme fabriquera une machine plus intelligente que lui. Les défis éthiques que cela pose sont légion. Comment faire pour que les robots nous sauvent au lieu de nous détruire ?

« Les robots doivent nous sauver au lieu de nous détruire. » ©Stocklib/Danil Peshkov

Comme toute technologie, l’IA peut être dévoyée

Le déploiement de l’intelligence artificielle et la robotisation des emplois créée une grande peur. Les robots remplaceront probablement beaucoup de cols blancs. Cela va bouleverser tout notre modèle économique et social. Nous allons vers une société où la protection sociale suivra les individus au long de leurs parcours chaotiques. La sécurité sociale du futur sera bâtie autour de données collectées en permanence, ce qui permettra une protection sociale bien plus personnalisée.

La manipulation des humains grâce à l’IA par la diffusion de fausses informations est un autre danger. On dispose de contre-mesures qui sont précisément basées sur l’IA. Comme toute technologie, l’IA peut être dévoyée. On peut toujours imaginer qu’une organisation militaire ou un groupe mal intentionné décide d’utiliser l’IA avec des objectifs terroristes. Quand un système est attaqué, des contre-mesures sont prises. Là, l’IA n’est pas le problème mais la solution.

L’IA serait là pour amplifier l’intelligence humaine. C’est quelque chose de foncièrement positif qui permettrait un nouveau siècle des lumières avec une accélération des progrès scientifiques, de la médecine ou de la productivité… Elon Musk plaide pour la greffe d’une puce dans notre cerveau sur le modèle du projet Neuralink. Cela permettra selon lui à l’homme de rester compétitif par rapport à la machine.

Les systèmes IA fermés sont un vrai danger. Aujourd’hui, si l’on veut développer un nouveau médicament ou construire un nouvel avion, il y a toute une série de vérifications et de tests avant d’arriver sur le marché. Il faut au moins qu’on arrive à ce niveau-là. Pour l’instant, il est difficile de se prononcer car la législation n’est pas encore claire. Si l’on regarde la biologie, on s’est donné des règles pour éviter de cloner des êtres humains ou de modifier les gènes de nos enfants. Ce n’est pas la fin du monde, si l’on réglemente des choses qui sont dangereuses.

Le futur de l’IA est pour le moment dystopique

L’IA va être une révolution technologique aussi disruptive que l’a été l’électricité. La Chine va devenir la championne du monde de l’IA. À la fin des fins, la technologie produira plus de biens que de mauvaises choses. Les européens ne sont pas dans le match. Ils peuvent juste parier sur l’une des deux équipes en finale. Seuls quelques visionnaires de Bruxelles pensent que l’Europe a une carte à jouer car la France a des spécialistes des mathématiques et l’Allemagne a une expertise dans les robots.

L’IA va être l’un des développements les plus importants de l’histoire humaine. La prophétie du métissage de l’homme et de la machine est avancée régulièrement par Bill Gates, Elon Musk ou même il y a déjà longtemps par Stephen Hawking. Seuls survivront les humains métissés à des ordinateurs ayant reçu des implants d’intelligence artificielle…

L’IA va remodeler le capitalisme. L’accès aux choses va devenir plus important que leur possession. Les logiciels open source, le partage, les réseaux sociaux sont une forme de socialisme. Nous serons surveillés de façon asymétrique. Il faudra aller vers la « coveillance », surveiller ceux qui nous surveillent. Pour le moment, on voit surtout l’avenir sous la forme dystopique, car il est plus facile d’imaginer un futur catastrophique que de trouver des solutions ….

Jean Jacques Netter

L’auteur : Jean Jacques Netter est diplômé de l’École supérieure de commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du groupe Revenu Français et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de la Bourse et d’Internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.