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Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

rhum bérive
Réunion

Isautier lance la distillation d’un rhum agricole haut de gamme à Bérive


Dans quelques semaines, les amateurs réunionnais de spiritueux pourront découvrir le premier rhum issu de la distillerie agricole Bérive, créée par le groupe Psautier au cœur du domaine historique familial, au Tampon.

Annoncé de longue date, le projet a fini par aboutir. Les premières bouteilles du rhum agricole distillé sur le domaine Isautier de Bérive ont été présentée ce jeudi 17 septembre par le groupe familial le plus ancien de La Réunion (181 ans). Délaissé depuis de longues années, l’ancien centre névralgique des activités agricoles d’Isautier a repris vie, au prix d’un investissement de 4,3 millions d’euros, soutenu par l’Europe, la Région et l’Etat via la défiscalisation.

Une mini-distillerie a été aménagée dans les bâtiments rénovés de l’ancien corps de ferme. Ses deux alambics hybrides en cuivre, équipés de colonnes, permettent de piloter très finement les distillations du jus de canne fermenté. Le premier rhum agricole estampillé Bérive est une nouvelle création de Marie Ferrand, maître de chai de la maison Isautier. 56 degrés, à consommer évidemment avec modération mais aussi gourmandise : on ne se lasse pas de le humer avant de laisser exploser ses saveurs en bouche.


Levures indigènes

Cette édition inaugurale a été fabriquée avec du jus de la variété de canne R577, sélectionnée par le centre d’essais de La Bretagne (aujourd’hui eRcane) il y a une quarantaine d’années. 8,5 hectares, sur les 240 que compte la branche agricole du groupe, ont été convertis en Agriculture Biologique pour alimenter la distillerie Bérive, mais la véritable nouveauté réside dans les levures utilisées pour transformer la saccharose en alcool.

Soucieux de produire un « rhum propriétaire », Isautier a cherché à identifier dans la végétation du terroir de Bérive des levures susceptibles de faire le travail. Avec le concours du laboratoire de chimie de l’IUT de Saint-Pierre, plus de 2 500 colonies de levures ont été prélevées pendant deux ans. 65 souches ont finalement été conservées pour leurs qualités fermentaires ou aromatiques. Le premier rhum Bérive a ainsi été fabriqué avec une levure prélevée sur un bananier et une autre sur un pied de sapote noir.


Ouverture au public en 2027

Les consommateurs réunionnais le découvriront avant les fêtes de fin d’année, chez leur caviste favori (prix de vente conseillé : 60 euros). Seulement 1 000 flacons, dont la forme évoque celle d’une bouteille Isautier du XIXème siècle, ont été remplis, la moitié étant promis à l’exportation vers la métropole. Ce millier de bouteilles ne représente que 12% de la première vague de distillation. Le reste a été mis en fûts pour un vieillissement dont on dégustera les premiers résultats dans quelques années.

L’année prochaine, la distillerie Bérive, deuxième offre « spiritouristique » du groupe après la Saga du Rhum de Frédeline, sera ouverte au public. Les visiteurs seront conviés à un parcours allant du moulin broyeur de cannes au chai de dégustation, en passant par les alambics, et le laboratoire où sont conservées et étudiées les précieuses levures. Ils pourront aussi découvrir la majesté du site, à 600 mètres d’altitude, à la jonction des communes du Tampon et de Saint-Pierre. De là, les champs de cannes Isautier descendent jusqu’à la mer, au niveau de Terre-Sainte et de son hôpital.

Au bout d’une double rangée de palmiers, une vieille case ressemble à une belle endormie, rongée par les carias mais promise à une nouvelle vie. Une fois restaurée, elle sera l’emblème patrimonial de l’hôtel que le groupe présidé par Jérôme Isautier et désormais dirigé par son neveu Cyril s’apprête à construire. Les deux permis de construire – implantation sur deux communes limitrophes oblige – sont signés, les plans de l’établissement de 46 chambres dessinés. Dirigée par Antoine Isautier, la branche Patrimoine et Promotion fait avancer un projet dont le chantier devrait démarrer l’an prochain, pour une inauguration en 2028 ou 2029.

  • Bernard Grollier

    Diplômé en sciences politiques et en journalisme, en activité à La Réunion
    depuis 1987. Journaliste indépendant et polyvalent, auteur des textes de livres
    consacrés à La Réunion et aux îles de l’océan Indien. Bon connaisseur du tissu
    économique réunionnais, centres d’intérêt variés.

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