Katy Hoarau vise la présidence du Medef pour jouer collectif
L’information avait fuité déjà depuis un certain temps. Mais c’est officiel depuis ce 29 avril 2025. Katy Hoarau, ancienne présidente du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables et désormais présidente du Comité Outre-mer au sein du Conseil national, est candidate à la présidence du Medef.
Après l’annonce du départ de Didier Fauchard, président du Medef Réunion depuis 2016, qui d’ailleurs n’a pas encore démissionné, on croyait que c’était joué pour Yannick Berezaie, dirigeant d’Isodom, puisque ce dernier avait été « adoubé » par le président sortant. À titre personnel néanmoins car le conseil d’administration ne semble pas s’être prononcé. C’était d’autant mieux engagé pour Yannick Berezaie que l’éventuelle candidature de Philippe-Alexandre Rebboah, dirigeant de Leal Réunion et président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR), avait été écartée. Volontairement ou pas de la part du Medef, on ne le sait pas. Mais toujours est-il qu’en avançant au 19 juin l’assemblée générale de l’organisation patronale, Philippe-Alexandre Rebboah n’était plus éligible car ne pouvant plus justifier de cinq ans d’ancienneté.
« Je ne dénigre personne »
Mais voilà qu’une Réunionnaise, Katy Hoarau, qui semble bénéficier d’une belle popularité au sein du monde économique, annonce sa candidature. C’est un peu du poil à gratter pour Didier Fauchard et Yannick Berezaie. Mais pour autant, Katy Hoarau ne souhaite attaquer personne. « Je ne dénigre pas le travail qui a été accompli, je ne dénigre pas l’équipe sortante, je veux jouer collectif et reconstituer La Réunion économique qui serait la voix du secteur privé dans son ensemble, et la porter à Paris, souligne la candidate. La situation actuelle est trop grave pour qu’on soit divisés. Nous en sommes au cinquième trimestre consécutif de baisse globale du chiffre d’affaires des entreprises, au troisième trimestre consécutif de perte d’emplois. En 2024, nous avons enregistré 900 défaillances d’entreprises et ça s’intensifie en 2025. » Si elle n’attaque absolument pas Didier Fauchard, elle reconnaît cependant quelques points de divergence dont un principal, le manque de jeu collectif. En clair, on peut comprendre que si elle est élue, les relations avec la CPME, l’autre grande force patronale, devraient nettement s’améliorer.
Se faire entendre à Paris
Mais que dira cette voix collective, du côté de Paris en particulier puisque la France demeure très jacobine ? C’est là que Katy Hoarau entend mettre à profit sa connaissance des dossiers ultramarins et son expérience au sein du Comité Outre-mer du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables. « Je sais que je peux être une force de propositions », déclare sans fausse modestie l’experte-comptable. Le président du Conseil national de l’Ordre, Damien Charrier, lui a d’ailleurs apporté son soutien et il faut signaler que lui-même a été président d’un Medef. De quoi donner des arguments à Katy Hoarau face à ceux qui prétendent qu’elle n’aura pas assez de temps à consacrer au Medef Réunion. « Il faut savoir déléguer, travailler en équipe, dit-elle. Je sais qu’un président est parfois très seul, mais il y a des tas de choses qu’on peut faire de manière collective. »
Duel à fleurets mouchetés
Dans l’immédiat, elle semble avoir soulevé un réel enthousiasme et plusieurs administrateurs du Medef, et non des moindres, lui ont apporté leur soutien. On peut citer par exemple Régis Moreau, Katherine Chatel, Radj Koytcha et Franziska Goderbauer, les deux premiers étaient présents à sa conférence de presse. Sur LinkedIn, on peut lire de nombreux posts qui l’encouragent comme celui de Jérôme Isautier, dirigeant du groupe éponyme.
Faute d’une nouvelle candidature au 3 juin à minuit, ce sera un duel entre Yannick Berezaie et Katy Hoarau le 19 juin. Un duel à fleurets mouchetés pour Katy Hoarau qui formule juste le vœu que le comité éthique du Medef s’assure du bon processus électoral. D’autant qu’il s’agit d’un vote électronique organisé à l’occasion de l’assemblée générale.