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« L’événement s’est définitivement installé », se réjouit Vincent Payet, vice-président de la Région.
Réunion

La Réunion Terre d’images et de tournages : Ça marche de mieux en mieux

La 6e édition de l’eductour « La Réunion des cinémas », qui s’est tenue qui s’est tenue du 29 septembre au 6 octobre, montre qu’une nouvelle étape a été franchie. Au point d’envisager l’implantation de studios de tournage. Une satisfaction pour l’agence régionale de développement Nexa.

La Réunion, terre d’images et de tournages est un label et La Réunion des Cinémas est un eductour organisé chaque année par la Région Réunion, Nexa, l’agence régionale de développement, d’investissement et d’innovation, l’Agence Film Réunion (AFR) et Ile de La Réunion Tourisme (IRT). Seize producteurs, venus de France métropolitaine, d’Italie et d’Afrique du sud ont fait le déplacement pour cette 6e édition. Et l’on a pu constater que le cinéma réunionnais était en train de passer à la vitesse supérieure…
« Nous travaillons à parfaire l’offre réunionnaise et nous envisageons l’installation de studios de tournage », annonce d’emblée Gaston Bigey, le directeur général délégué de Nexa. L’initiative est née de la volonté de la Région Réunion d’ouvrir l’île au monde du cinéma en lançant, en 2011, le label La Réunion terre d’images et de tournages, destiné à y attirer des producteurs et développer la filière cinématographique. 
Nexa, l’AFR et leurs partenaires réfléchissent depuis un moment à la montée en gamme de la filière cinéma à La Réunion. À la  suite d’une rencontre avec un producteur à Cannes, lors du festival 2019, les choses se sont précisées. L’un de ces producteurs était d’ailleurs présent lors de l’eductour 2019… « Mais tout dépendra, après étude de la réalité économique, de la possi-bilité de concrétiser l'édification d'un studio de production à La Réunion », précise Gaston  Bigey. Un studio (ou des studios), constituera le maillon de la chaîne qui manque encore dans le paysage audiovisuel de La Réunion, terre d'images et de tournages, afin que tout puisse se faire localement.

 

« L’événement s’est définitivement installé », se réjouit Vincent Payet, vice-président de la Région.
« L’événement s’est définitivement installé », se réjouit Vincent Payet, vice-président de la Région.  ©Droits réservés
 

Cinq tournages prévus entre novembre 2019 et janvier 2020

Outre la montée en gamme, qui s’effectue inexorablement, la multiplication des tournages sur le sol réunionnais est aussi une réalité devenue incontournable. À partir de novembre, la société gérant les droits des interprètes, vient tourner une Collection entière à La Réunion. L’Adami  (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), l’équivalent de la Sacem pour l’audiovisuel, accompagne les jeunes talents et finance leurs projets. Faire partie de la Collection Adami, c’est l’assurance d’une notoriété sur l’ensemble des festivals en France, notamment à Cannes.
Cinq tournages auront lieu entre novembre 2019 et janvier 2020 à La Réunion. Les films seront réalisés par les nouveaux talents du cinéma français : Swann Arlaud, Damien Bonnard et Alexis Manenti (en duo), Camélia Jordana, Céline Sallette et Doria Tillier. Deux mois durant lesquels la filière locale sera ainsi sollicitée et La Réunion, qui servira de toile de fond, sera mise en lumière. L’Adami choisira cinq acteurs réunionnais qu’elle accompagnera dans leur carrière.
Cette belle opportunité est le fruit de plusieurs années d’efforts consentis par l’AFR et ses partenaires. Avec cette montée en puissance, c’est tout un éco-système qui va en profiter, sur les plans technique, matériel et humain. Et l’eductour est un autre moment clé dans l’année pour un partage, des échanges et pour établir des partenariats. « L’événement s’est définitivement installé », se réjouit Vincent Payet, vice-président de la Région.
Les producteurs invités à l’eductour 2019 sont venus pour découvrir le potentiel des sites naturels de La Réunion comme lieux de tournage, se familiariser avec les dispositifs d’aides régionales et faire la connaissance des professionnels et créateurs locaux. Cette année, le groupe était composé uniquement de producteurs, dont quelques grosses pointures de la production française et internationale. Ce choix démontre, s’il le fallait, la volonté des organisateurs d’ancrer La Réunion sur la mappemonde des plus prestigieux lieux de tournage. 

Le nombre d’emplois a doublé

Les participants ont pu apprécier toute l’étendue de la beauté réunionnaise à l’état brut. Les visites, étalées sur une semaine, depuis la soirée d’ouverture au Zinzin, à Grand Bois, le 29 septembre, jusqu’à la matinée du 6 octobre à Salazie, ont pu s’enchaîner à un bon rythme, parfois en hélicoptère au-dessus des cirques… Le volcan, la Plaine des Cafres, puis Grande Anse, le marché de Saint-Paul, un temple tamoul. Les producteurs et réalisateurs ont aussi pu découvrir la diversité culturelle et goûter à la qualité des structures d’accueil, savourer l’authenticité réunionnaise, intégrer la famille réunionnaise, célébrer avec elle le « vivre ensemble », savourer la gentillesse. Bref, cette édition 2019 a été un événement roots (de retour aux racines)…  En clair, il s’agit de créer des liens entre invités et acteurs locaux, mais aussi de mettre l’accent sur la culture de cette Réunion authentique, en séjournant dans un gîte, en rendant visite au groupe musical Pat’ Jaunes ou en assistant à un mini concert d’un autre groupe emblématique, Ziskakan. « Au début, en 2009-2010, il avait fallu faire un choix, celui d’investir », insiste Edy Payet, responsable de l’AFR, qui reconnaît la volonté politique qui perdure derrière le dispositif La Réunion terre d’images et de tournages. À cette époque, ce fut un choix risqué. Ainsi, 400 000 euros avaient été injectés par la Région dans  la série Cut, devenue aujourd’hui la réfé-rence dans les séries tournées à La Réunion. L’investissement a porté ses fruits puisqu’il a boosté la filière, avec d’autres projets qui ont suivi et font que, dans un territoire pourtant touché par le chômage, le nombre d’emplois dans la filière a doublé. « Aujourd’hui, nous avons des techniciens formés, des films primés et des tournages », se réjouit le directeur de l’AFR.

 

Seize producteurs, venus de France métropolitaine, d’Italie et d’Afrique du Sud ont fait le déplacement pour la 6e édition de La Réunion, terre d’images et de tournages.
Seize producteurs, venus de France métropolitaine, d’Italie et d’Afrique du Sud ont fait le déplacement pour la 6e édition de La Réunion,
terre d’images et de tournages.   ©Droits réservés
 

Un véritable levier économique

Depuis 2013, plusieurs projets de films se sont concrétisés à l’issue de ces opérations. En 2014, Allées Coco a été produit par Julie Lafore qui avait participé au premier eductour. En 2015, le producteur sud-africain Jeremy Nathan a produit deux films, celui du jeune réalisateur réunionnais DK Pit, Max Paradise, et Sweet Black Water, avec la société locale Lithops Films, première co-production entre La Réunion et l’Afrique du Sud. En 2016, la réalisatrice Eloïse Lang a tourné le long métrage Larguées, avec Miou Miou, sorti sur les écrans en 2018.
En 2017, le producteur Cyrille Perez et Béatrice Nivois, directrice de l’unité documentaire de France O, ont décidé, lors de l’eductour, de tourner à Cilaos l’un des neuf documentaires de la série Nous, paysans d’outremer. La même année, la Sud-Africaine Sara Blecher a co-produit le documentaire Carton rouge avec la société réunionnaise En Quête Prod.
Forte de toutes ces initiatives récurrentes, la filière devient un véritable levier au sein de l’économie réunionnaise. Le chiffre d’affaires du cinéma à La Réunion en 2017 était de 39,6 millions d’euros. Le nombre de salariés a doublé depuis 2015, passant de 508 en 2015 à 959, dont 795 intermittents et 104 personnes employés à la production. Concernant les entreprises, il y en avait 142 en 2010, elles sont 210 aujourd’hui.
La Réunion a désormais une visibilité à l’international, le savoir-faire des professionnels locaux de l’audiovisuel est reconnu. L’eductour suscite un grand intérêt auprès des professionnels du monde du cinéma et des participants des années précédentes reviennent pour des repérages ou pour développer des projets. 
L’opération est surtout un moment privilégié pour mettre en lien les producteurs et la filière locale lors de rencontres B to B. Cette année, ces rencontres ont eu lieu à l’hôtel Lux, dans un cadre idyllique, en présence des 16 producteurs et de 28 comédiens, réalisateurs et producteurs locaux. Ces derniers ont pu échanger avec leurs confrères nationaux et internationaux, présenter leurs projets et proposer des partenariats. Ils en ressortent, le plus souvent, enrichis de ces rencontres ou, mieux encore, avec une proposition à la clé.

 

Une conférence sur les mécanismes de financement a permis aux producteurs d’y voir plus clair sur les opportunités de tournage à La Réunion.
Une conférence sur les mécanismes de financement a permis aux producteurs d’y voir plus clair sur les opportunités de tournage à La Réunion.   ©Droits réservés
 

Une portée internationale

« Une occasion de s’enrichir, c’est toujours une bonne chose, surtout qu’à La Réunion, on reste quand même isolé », témoigne Bérangère Condomines. Cette productrice, basée à La Réunion, s’est illustrée avec le court-métrage Tangente qui raconte l’histoire d’une mère de famille qui participe à la course mythique La Diagonale des fous. Elle a pu bénéficier de sa participation à l’eductour 2017, puisqu’une rencontre a abouti à la concrétisation d’un projet. Carton rouge, qu’elle produit et qui raconte l’histoire de trois basketteuses comoriennes, sortira en 2020.
Mais la rencontre est aussi enrichissante pour les producteurs… « C’est l’expérience la plus intéressante que j’ai eue jusqu’à présent », affirme avec enthousiasme le producteur sud-africain Siphiwe Hlabangane. « Il y a des histoires extraordinaires à raconter, tellement de potentiel dans toutes ces idées », ajoute-t-il, après toutes ses rencontres au Lux. Pour lui, malgré la barrière de la langue, les histoires réunionnaises ont une portée internationale, universelle. Sans oublier que l’aspect financier de l’offre réunionnaise, avec les mécanismes d’aides et de crédits, se révèle très attractif, notamment pour un producteur sud-africain pour lequel les coûts sont devenus parfois très élevés, notamment en termes de salaires avec des techniciens habitués à travailler sur des productions hollywoodiennes…
Tous ces projets sont éligibles au financement proposé par la Région à travers les dispositifs d’aides régionales du secteur audiovisuel. Parallèlement, tout un dispositif d’aide à la création audio-visuelle a été mis en place. De 3,8 millions d’euros en 2008, le montant des aides a atteint 45,6 millions d’euros en 2018 et La Réunion est la deuxième région de France dans ce hit-parade ! De plus, un système de bonification des aides à la production a été mis en place par la Région, de façon à encourager des projets à forte connotation culturelle.
La filière cinéma, à La Réunion, a définitivement passé un cap. Il lui reste maintenant à maintenir sa vitesse de croisière et, surtout, à relever les défis inhérents au cinéma, avec notamment une redistribution de la donne en matière de financements, provoquée par l’entrée en jeu des plateformes VoD. 


 

Aides : un dispositif bien rodé
Le dispositif d’aides à la création audiovisuelle mis en place par la Région Réunion s’adresse à des projets d’écriture, de développement ou de production, ainsi qu’aux maquettes et aux projets multimédia. Elles concernent les long-métrages de fiction et les courts métrages, les films d’animation, les séries de fiction, les documentaires de création, courts ou longs, ainsi que la production de CD/DVD, bornes interactives de sites internet et d’installations scéniques interactives. Le montant de l’aide est très variable. Ainsi, l’aide à l’écriture pour les œuvres de fiction, films d’animation et documentaires se monte à 3 000 euros. L’aide au court métrage pour des films d’une durée inférieure à 60 mn est fixée à 50 % des dépenses locales hors taxes avec un plafond de 30 000 euros. Le pourcentage varie de 35 % des dépenses locales hors taxes et peut aller jusqu’à 45 % et 50 % pour les courts métrages, dans le cas des projets destinés aux marchés nationaux et internationaux.