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Réunion

La stratégie internationale de la Région se précise

Ne pas limiter à l’économie les initiatives d’ouverture à l’international, définir une stratégie commune sur l’offre réellement exportable : deux ans après l’alternance politique, une nouvelle stratégie régionale prend corps.

La visite d’Huguette Bello à Madagascar, en juin dernier, où il fut question de coopération décentralisée, mais aussi de francophonie, d’histoire commune et de culture, illustre le nouveau positionnement de la Région : ne pas limiter l’action internationale de la collectivité au domaine économique, comme lors des deux précédentes mandatures. « Huguette Bello veut créer de nouveaux liens avec les pays de la zone, notamment en faisant preuve d’empathie vis-à-vis des populations qui ont souffert de la colonisation, indique Frédéric Bénard, membre du cabinet de la présidente du Conseil régional. Elle se rendra au Mozambique, où existe par ailleurs de vraies perspectives de co-développement portuaire, et en Afrique du Sud. Son engagement passé dans la lutte contre l’Apartheid lui donne une légitimité pour demander aux Sud-Africains de participer au programme de coopération régionale Interreg, ce qu’ils ont refusé jusque-là ».

Créer un rapport de confiance

Dans le domaine culturel et sportif, le rôle de porteur du flambeau de la coopération revient à Patricia Profil, qui a accompagné la délégation réunionnaise aux derniers Jeux des Îles. Les échanges institutionnels et diplomatiques sont plutôt confiés à Wilfrid Bertile : l’ancien secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI) y est particulièrement rodé. Pascal Plante, conseiller régional, mais aussi élu à la CCI Réunion, est pour sa part la tête de file de l’accompagnement des entreprises à l’international. « En étant présents à la fois sur les terrains diplomatique, sportif et culturel, on crée un rapport de confiance avec nos partenaires, qui peut faciliter la concrétisation d’opportunités économiques », estime ce dernier. Mis en place en septembre 2022 sous son impulsion, le Conseil stratégique pour l’internationalisation des entreprises (Cosie) témoigne d’une autre ambition : faire travailler ensemble les différents acteurs de l’internationalisation, notamment ceux qui ont été regroupés à la Maison de l’Export, au sein de la Technopole de Saint-Denis. « À quoi bon les regrouper sur un même site s’ils ne se parlent pas, s’interroge Pascal Plante. L’export, c’est difficile. Si l’éco-système n’est pas lisible, toutes les conditions sont créées pour que ça ne marche pas. » L’élu appelle de ses vœux une « Maison de l’Export 2.0 » pour « sortir de la logique de pays cibles et privilégier le couple offre-marché ». « Une étude est prévue sur l’offre réunionnaise exportable qui, une fois identifiée, permettra de partir à la recherche des marchés correspondants, ajoute Frédéric Bénard. La consultation est lancée, un premier rendu est attendu début 2024. »

Un modèle : Bretagne commerce international

Sur cette base, le Cosie définira un calendrier des actions internationales à mener ; ces dernières seront précédées d’une action diplomatique préparatoire. Des délégations d’entreprises pourront être constituées pour présenter l’éventail de l’offre exportable, ou bien des grappes d’entreprises partiront à la conquête de marchés identifiés.

Soucieuse de « construire une organisation qui va dépasser le cadre de la mandature », la Région va faire évoluer son service export, aujourd’hui intégré à la Direction de l’attractivité, en une Direction à part entière dotée d’une agence de mission « capable d’apporter un vrai service opérationnel aux entreprises, à l’image, par exemple, de Bretagne commerce international ». Cette association de plus de 1 000 entreprises bretonnes mène des actions à l’international, de concert avec le Conseil régional et la CCI Bretagne.

Le but n’est pas d’ajouter une couche au millefeuilles réunionnais, mais de redistribuer les rôles. Pour cela, « il faut que tout le monde joue le jeu », souligne Pascal Plante, qui sait que cela ne se décrète pas. Pour faire aboutir son projet, la Région devra convaincre chacun des acteurs qu’il n’a rien à y perdre.