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Europe

La tragédie électronique : la chaîne de télévision Arte jette un pavé dans la mare

C’est au cœur du trafic des déchets électroniques que nous conduit la réalisatrice allemande de ce documentaire, Cosima Dannoritzer. Elle montre comment les trois quarts de ces déchets européens échappent au recyclage et finissent dans des décharges en toute illégalité.

La convention de Bâle, ratifiée par tous les pays du monde à l'exception des États-Unis et d'Haïti, interdit depuis 1989 l'exportation des déchets électroniques. En Europe, le prix de chaque appareil neuf inclut même une éco-participation qui couvre le coût de son recyclage. Pourtant, seuls 25% des déchets électroniques de l'Union européenne sont effectivement recyclés. Une partie du reste est exportée illégalement et finit souvent dans des décharges clandestines en Afrique (Ghana, Nigeria…), en Asie ou en Amérique du Sud. Les « e-déchets » contiennent en effet des matériaux précieux (or, cuivre, etc.) qui attisent la convoitise des petits trafiquants et de la criminalité organisée. En Chine, ceux qui démontent les vieux ordinateurs récupèrent parfois aussi les puces électroniques pour les revendre. Certaines, réutilisées sans qu'on sache qu'elles sont usagées, et peuvent mettre en péril le pilotage d'un TGV, d'un avion…
À travers une enquête dense, menée tambour battant, Cosima Dannoritzer démonte l'écheveau complexe de complicités et de négligences qui font sortir les trois quarts des 50 millions de tonnes de déchets électroniques produits chaque année des circuits officiels. En 2012, l'Europe a décidé de renforcer les contrôles pour endiguer ce flot. Mais en quelques reportages édifiants, on voit qu'elle n'est pas au bout de ses peines. Il faut une demi-journée à un officier des douanes de Hambourg, consciencieux de surcroît, pour contrôler le contenu d'un conteneur, sachant qu'il en voit passer dix mille chaque jour… La réalisatrice traque aussi, en milieu hostile, parfois à l'aide d'une caméra cachée, la revente et le stockage des déchets électroniques en Europe et en Asie. Des infographies, des exemples concrets, étayés par de nombreux témoignages – militants, représentants des forces de l’ordre (gendarmerie, Interpol, douanes), acteurs de la filière du recyclage – permettent de découvrir les multiples failles du système.

LES CHIFFRES QUI FONT PEUR

  • – Les pays industrialisés produisent entre 20 et 50 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques chaque année.
  • – En 2013, à l'échelle de la planète, environ 50 millions de téléviseurs à écran plat, 300 millions d’ordinateurs et 2 milliards de téléphones portables et Smartphones ont été vendus.
  • – Les principales destinations des exportations illégales de déchets électriques et électroniques sont : l’Afrique, la Chine, l’Europe de l’Est, l’Inde et les Philippines. Mais l’Amérique du Sud devient une destination de choix. Depuis 2010, le nombre de conteneurs de ces déchets arrivant au port de Tema, le principal port du Ghana, est passé de 300 par mois à 450 à 600 aujourd’hui.
  • – L’Organisation mondiale des douanes estime que 10% du trafic par conteneurs dans le monde concerne des biens dangereux ou illégaux, incluant les déchets électriques et électroniques.
  • – L’Union Européenne estime que les deux tiers des déchets électriques et électroniques européens n’arrivent pas jusqu’aux usines de recyclage agréées.
  • – Entre 20 à 50 conteneurs de ces déchets quittent chaque jour les États-Unis.
  • – Jusqu’à 100 conteneurs de déchets électriques et électroniques quittent l’Allemagne pour le Ghana chaque semaine.
  • – La Grande-Bretagne produit environ 1,4 million de tonnes de déchets électriques et électroniques par an. On estime que 10% sont exportés, soit à peu près 100 000 tonnes. 63 000 conteneurs arrivent au port de Hong Kong chaque jour. Jusqu’à 100 d’entre eux contiendraient des déchets électriques et électroniques.
  • – Les déchets électriques et électroniques contiennent, parmi d’autres choses, de l’argent, de l’or, du cuivre, du plomb et une large palette de terres rares (et chères).

POUR MIEUX COMPRENDRE

 

  • – À partir de 50 000 téléphones portables, 1kg d’or et 10 kg d’argent peuvent être extraits, d’une valeur avoisinant les 40 000 euros. Mais seulement 1% des téléphones mobiles sont actuellement recyclés en Europe.
  • – L’Europe dépense actuellement 130 milliards d’euros par an pour importer des métaux dits stratégiques, alors qu’une partie de cette demande pourrait être couverte par le recyclage des déchets électriques et électroniques.
  • – La nouvelle directive européenne concernant les déchets électriques et électroniques a été adoptée en janvier 2012. Les États membres avaient jusqu’en février 2014 pour transposer cette directive dans leurs lois nationales.
  • – Quand un consommateur européen achète un appareil électrique ou électronique, le prix d’achat comprend une éco-participation pour recycler les objets en fin de vie. Selon les pays, cette taxe va par exemple de 10 à 20 euros pour un réfrigérateur.