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Réunion

Le BTP veut se faire entendre de Paris

Le président de la Fédération réunionnaise, Bernard Siriex, a rappelé, lors de son assemblée générale, le besoin d’une meilleure prise en compte des spécificités locales et le rétablissement d’urgence de l’Allocation logement accession (ALA).

L’Eco austral : Dans son discours, le préfet Amaury de Saint-Quentin a parlé de « verre à moitié plein et de verre à moitié vide », insistant sur l’activité soutenue des chantiers de la Nouvelle route du littoral (NRL), de l’aéroport Roland Garros et du Centre hospitalier universitaire (CHU) et parlant simplement de situation « mitigée ». La situation est-elle aussi catastrophique que vous semblez le dire? 
Bernard Siriex
: Le chiffre d’affaires du BTP a été divisé par deux entre 2008 et 2017. Et l’effectif est stabilisé à 17 000, on est loin des sommets de 2007-2008. Je vais employer un langage de vérité : il est peu probable qu’on retrouve le niveau d’activité d’avant. Mais on peut remonter à 20 000 salariés ; il y a plus de 17 000 logements indignes à La Réunion, 27 000 ménages sont en attente d’un logement social.

Est-ce qu’on peut dire que dans le BTP, les TP (travaux publics) vont bien et que le problème, c’est le B (bâtiment) ?
Les TP ne vont pas bien non plus ! Si l’on retire la route des Tamarins et la NRL, qui sont des chantiers exceptionnels, on a perdu entre 50 et 100 millions d’euros de travaux publics courants.

À propos de l’Allocation logement accession (ALA), vous pouvez préciser en quoi cela aide les entreprises de BTP, car a priori cette aide permet à des locataires de logements sociaux de racheter leur logement ?
Beaucoup de Réunionnais sont propriétaires d’un bout de terrain qu’ils ont hérité de leurs parents, mais ils n’ont pas d’argent pour construire. L’ALA est un dispositif de prêt où, avec une part LBU (Ligne budgétaire unique – NDLR), il ne leur reste plus qu’environ 100 euros par mois à rembourser. L’intérêt pour l’État, c’est que l’ALA, il la verse dix ou quinze ans, le temps du prêt, alors que l’allocation logement locative, vu le public concerné, il faudra leur verser à vie. Jacques Chanut : L’ALA est l’exemple typique de décision prise à Paris, par des gens qui ne connaissent pas l’Outre-mer, avec un raisonnement purement comptable. Bercy va économiser 51 millions, mais avec des répercussions catastrophiques ici. L’ALA, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement, c’est 51 millions d’euros de chiffre d’affaires du BTP en moins (avec la perte pour l’État de la TVA et des rentrées fiscales de l’activité). La situation est très différente en Métropole, où l’ALA est peu utilisée. On sera donc aux côtés de la FRBTP pour défendre ce dossier auprès du gouvernement.

Toute la classe politique semble d’accord sur ce dossier ?
Bernard Siriex : Oui, il faut que le politique et l’économique marchent main dans la main pour demander le rétablissement de l’ALA dans les Outre-mer jusqu’en 2020, et la mise en place d’une commission d’étude afin d’élaborer sous deux ans des solutions pérennes. Et il faut agir vite : Bourbon Bois était au tribunal de commerce ce matin (vendredi 6 avril – NDLR) pour demander une mise en sauvegarde, c’est la plus grosse entreprise du secteur (1 000 emplois directs et indirects – NDLR). 
 

LA RÉGION FAIT UN GESTE
Lors de l’assemblée générale de la Fédération réunionnaise du BTP (FRBTP), Didier Robert, président de la Région Réunion, a indiqué que sa collectivité allait faire l’avance du financement pour 523 dossiers d’Allocation logement accession (ALA). Un total entre 15 et 18 millions d’euros qui seront prélevés sur le budget réhabilitation de la Région, sur trois ans. Il espère que le gouvernement revienne entretemps sur sa décision de suppression de l’ALA et qu’il prévoie dans le prochain projet de loi de finances un véhicule financier pour rembourser la Région.