Le Medef Réunion veut voir plus loin que 2026
Katy Hoarau, présidente du Medef Réunion depuis six mois, a présenté ses vœux pour 2026 en évoquant surtout ses objectifs de moyen et long terme : une loi-programme pour l’Outre-mer et la « réduction de la vulnérabilité » de l’économie réunionnaise.
Depuis son arrivée à la tête du Medef en juin 2025, Katy Hoarau ne veut pas se limiter à « gérer les urgences et faire de l’intendance ». Lors de la présentation de ses vœux, ce jeudi 22 janvier aux côtés de son vice-président Philippe Labro, elle n’a que brièvement évoqué les dossiers « chauds » du moment. Après les batailles sur les projets de loi de finance et de financement de la sécurité sociale 2026, l’étude d’impact que souhaite réaliser sur le volet social de la Lodéom concentrera évidemment l’attention de son mouvement, tout comme la mise en œuvre de la taxe carbone aux frontières ou l’évolution du soutien public à l’apprentissage.
« Il nous faut aussi penser au moyen et long terme », insiste-t-elle en rappelant son souhait, partagé par les autres organisations patronales de l’île, d’une loi-programme qui donnera de la visibilité aux entreprises d’Outre-mer. « Nous devons parler d’une même voix, demander les mêmes choses à Paris sinon c’est Paris qui décidera ce qui est bon pour nous ». Paris, mais aussi à Bruxelles : les négociations ont commencé au sujet de la réorientation des politiques régionales et agricoles de l’Union européenne, qui risque de se faire au détriment des Régions Ultra Périphériques à partir de 2028 si ces dernières ne parviennent pas à défendre leurs intérêts.
Ouverture régionale
Katy Hoarau veut surtout participer à la construction d’une « économie réunionnaise robuste ». « Il ne s’agit pas seulement de résister aux chocs, mais de réduire notre vulnérabilité, d’anticiper pour ne pas subir ». Pour cela, le Medef Réunion a remis en action son think tank, dans l’animation reste confiée à l’universitaire Philippe Jean-Pierre.
Le renforcement des liens avec le bassin régional est aujourd’hui une priorité pour le Medef Réunion. Sa présidente a fait sa part de travail ces derniers temps en allant à la rencontre des entreprises malgaches ou en participant, avec le Medef international, à la visite d’Emmanuel Macron à Maurice en novembre dernier. Elle a également prévu d’aller prochainement promouvoir l’attractivité économique de La Réunion auprès d’investisseurs potentiels métropolitains.
Dans le même temps, l’organisation patronale ne reste pas indifférente aux prises de participations mauriciennes, notamment celles du groupe IBL, dans l’économie réunionnaise. Le sujet est d’autant plus sensible qu’une vague de licenciements se profile aux Brasseries de Bourbon, qui vont perdre le marché de l’embouteillage de Coca-Cola et de ses marques au profit d’Edena, propriété d’IBL. Katy Hoarau prône « la réciprocité, la complémentarité et la coopération » dans les relations entre les deux îles-sœurs. « J’aimerais que les entreprises réunionnaises puisse aller s’implanter à l’île Maurice de la même manière », commente-t-elle.
« Corriger nos insuffisances »
A ses côté, Philippe Labro a pu apporter son éclairage connaisseur des réalités du développement international dans la zone. Son groupe, Tereos Océan Indien (anciennement Groupe Quartier Français) a investi depuis 2001 dans deux sucreries, en Tanzanie et au Kenya, associé à des conglomérats mauriciens. « Nous sommes peu compétitifs pour exporter nos produits en raison de nos coûts de production, analyse-t-il. En revanche, nous avons des compétences et nous pouvons aller investir pour profiter de la croissance de certains pays, avec le soutien des postes d’expansion économiques français ».
Des entreprises réunionnaises peuvent marcher sur les pas de Tereos Océan Indien, seules ou en groupe, estime son dirigeant, qui déplore toutefois « l’incapacité des entreprises réunionnaises à se regrouper quand il s’agit de racheter des fleurons locaux » qui se retrouvent en vente . « A Maurice, ils savent le faire, poursuit-il. Des familles ont été capables de se rapprocher, alors qu’elles étaient concurrentes. On ne peut pas continuer à se plaindre de nos insuffisances, il faut les corriger ».