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Réunion

Le nouveau visage du sud de La Réunion à l’horizon 2035

Si le Schéma d’aménagement régional (SAR) est le document de tête pour planifier l’avenir de La Réunion, au cran juste en dessous on trouve les Schémas de cohérence territoriale (Scot). Il y en a quatre, un par microrégion, et celui du Grand Sud vient d’être approuvé le 18 février 2020 par le Syndical mixte d’études et de programmation (Smep). Il dessine les contours de ce que sera cette partie de l’île à l’horizon 2035.

La surface totale du Grand Sud est de 94 314 hectares, soit 37,5 % de la superficie totale de La Réunion. C’est essentiellement un espace agricole : le Grand Sud rassemble 45 % de la surface agricole de l’île (17 199 hectares sur 38 597). La canne à sucre domine, comme partout dans l’île, mais le Grand Sud se caractérise par la plus grande surface dédiée à l’élevage (laitier et viande), essentiellement concentrée dans les hauts. Le Grand Sud est aussi la seule microrégion où l’on trouve des vignes (8 hectares à Cilaos). Le Syndical mixte d’études et de programmation (Smep) n’est pas connu du grand public, mais c’est une instance incontournable puisqu’elle rassemble les six communes de la Civis (Saint- Pierre, Saint-Louis, Étang-Salé, Petite-Île, Cilaos, Avirons) et les quatre communes de la Casud (Entre-Deux, Tampon, Saint-Joseph, Saint-Philippe). Le Smep
est présidé par Patrick Lebreton, maire de Saint-Joseph. Selon une étude de l’agence d’urbanisme régionale, l’Agorah, parmi les cinq regroupements de communes de l’île, les trois plus dynamiques au point de vue démographique sont la Cirest, la Casud et la Civis, avec une
population qui a augmenté de 11 % entre 2006 et 2016, contre seulement 7 % pour la Communauté intercommunales du nord (Cinor) et le Territoire de la côte ouest (TCO).

En 2045, 40 % des Réunionnais seront sudistes

Les dix communes sudistes représentent un bassin de vie regroupant actuellement 300 000 habitants, soit 35 % de la population totale de l’île. Et d’après les projections démographiques de l’Insee, lorsque la population totale de l’île atteindra le million d’habitants, en 2045, le grand Sud en accueillera 40 %, soit 400 000. L’attractivité du Grand Sud va donc se renforcer au cours des années à venir, en attirant non seulement des habitants des trois autres microrégions, mais également, selon une autre étude de l’Insee, les Réunionnais de Métropole qui rentrent dans leur île. Le Scot Grand Sud a pris note de ces 100 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2045 mais a travaillé sur un objectif un peu plus rapproché : 60 000 habitants supplémentaires d’ici 2035. Il y a le quantitatif et le qualitatif : le leitmotiv est le respect d’un écrin naturel magnifique, composé d’un cirque (Cilaos), de rivières et de ravines, de forêts, d’un volcan et de terroirs. Une partie du Grand Sud est située dans le périmètre du parc national, avec donc déjà un niveau élevé de protection. Pour l’espace aménageable restant, ce n’est pas l’étalement de la « tâche urbaine », mais la densification de l’habitat qui est privilégiée. Le Scot Grand Sud impose une protection renforcée des espaces naturels et des terres agricoles. Les espaces naturels sont en effet indispensables au développement d’un tourisme cohérent avec l’identité créole, et les espaces agricoles sont nécessaires au développement économique, qui repose beaucoup à La Réunion sur les activités agroalimentaires, avec des synergies locales déjà en place dans le Grand Sud entre, par exemple, l’élevage, la laiterie, l’abattoir et des ateliers de transformation. Concrètement, le Grand Sud a perdu chaque année 140 hectares de terres agricoles sur la décennie 1998-2008 et l’urbanisation est ensuite passée à 110 hectares en moyenne par an sur la décennie 2008-2018. Le Scot veut confirmer cette tendance à la baisse, en privilégiant la densification.

Il faut construire 44 600 logements d’ici 2035

L’Insee a réalisé une étude sur le nombre de logements à construire pour répondre aux besoins des ménages sur la période 2013-2035, en tenant compte de l’accroissement naturel de la population, du vieillissement, mais également de l’évolution des modes de vie (décohabitation, augmentation du nombre de femmes vivant seules avec enfants, baisse de fécondité, personnes âgées). En fait, il n’y a que le télétravail, qui s’est renforcé avec l’épidémie, que le Scot n’a pas prévu ! Le nombre de personnes par ménage ne cesse de baisser à La Réunion. Il était autrefois de 3, il est passé à 2,70 personnes en 2013 et il sera de 2,34 en 2035. Il faut donc construire plus de logements et des logements plus petits. Et plus les logements sont petits, plus ils coûtent cher au mètre carré.
 

Le Grand Sud en chiffres

L’Insee a estimé qu’il fallait construire dans l’ensemble de l’île 168 900 logements neufs entre 2013 et 2035 (scénario médian). Le Scot en a extrapolé le nombre de 44 600 à construire entre 2019 et 2035 dans le Grand Sud, dont la répartition par commune est détaillée sur notre carte. Quarante pour cent de ces logements seront sociaux, puisque c’est le taux actuel de personnes vivant sous le seuil de pauvreté à La Réunion, et au moins 50 % des nouveaux logements seront localisés sur le tissu urbain existant, pour éviter le mitage des terres agricoles. Certains documents de travail indiquaient « au moins 70 % des nouveaux logements seront localisés dans le tissu urbain existant ». Les ambitions ont donc été revues à la baisse en cours de route. Le Scot prévoit une densité d’habitat différenciée : 50 nouveaux logements à l’hectare sur Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Louis et Le Tampon, 30 à l’hectare dans les communes plus petites et 20 dans les bourgs, qui doivent conserver leur cachet rural. Une autre carte, plus précise, affine la construction des nouveaux logements par lieudit, et indique même de façon précise, en hectares, l’extension urbaine acceptée, par exemple Grand-Anse +0 ha, Tévelave +10 ha, Langevin-Vincendo +20 ha, etc. jusqu’à Saint-Pierre +80 ha. En tous cas, le marché immobilier réunionnais sera incontestablement dans les années qui viennent tiré vers le haut grâce au Grand Sud. Le Scot a pris en compte les ressources en eau, les réseaux existants (eau, EDF, etc.) les contraintes d’assainissement de l’habitat collectif, les transports collectifs, les services (écoles, espaces publics, commerces, etc.) sans oublier l’imperméabilisation des sols, qui doit rester la plus faible possible. Le relief prononcé de l’île favorise en effet naturellement le ruissellement de l’eau de pluie vers l’océan. Il convient de bétonner l’île le moins possible pour que l’eau qui tombe du ciel ne ruisselle pas mais s’infiltre dans le sol et rejoigne la nappe phréatique. L’imperméabilisation des sols met en péril la ressource en eau potable, mais favorise également les coulées de boue, voire les glissements de terrain. Ce fléau est également complice lors des fortes pluies du lessivage des terres agricoles, qui entraîne les produits phytosanitaires dans l’océan et perturbe le biotope marin.

 

Des transports en commun… communs ?

Chaque matin, sur cinq personnes qui partent travailler, trois ont un emploi dans leur commune de résidence, une travaille dans une commune de son intercommunalité (Civis, Casud, Cinor, TCO ou Cirest) et une se rend dans une autre intercommunalité. Ils sont ainsi 53 941 Réunionnais à travailler dans une autre intercommunalité que celle où ils habitent et le phénomène est le plus fort entre la Civis et la Casud, ce qui explique la très forte circulation montante et descendante sur la quatre-voies qui relie Le Tampon et Saint-Pierre. Le phénomène est également très fort entre le Grand Sud (Civis + Casud) et les trois autres Établissement publics de coopération intercommunale (EPCI). Le Scot relève que 76 % des déplacements se font en voiture. Rien d’étonnant quand on constate que la durée de trajet en transports collectifs urbains et interurbains est deux fois et demie supérieure. Elle atteint en moyenne 51 minutes pour le les déplacements domicile-travail. Une bonne raison de proposer « d’assurer un maillage efficace entre les différents réseaux de transports collectifs du Grand Sud (Civis et Casud)… » En effet, actuellement, les transports en commun des deux intercommunalités ne sont pas harmonisés. Le Conseil régional a dans ses tiroirs un projet de Réseau régional de transport guidé pour relier le nord et le sud de l’île, jusqu’à Saint-Joseph, en moins d’une heure. Les rédacteurs du Scot s’en félicitent et imaginent même y greffer un tronçon supplémentaire, entre Le Tampon et Saint-Pierre. Mais les rédacteurs du Scot semblent plus intéressés par le projet TCSP Grand Sud (Transport en commun en site propre), qui serait de leur compétence exclusive (Civis- Casud). En tous cas, le Scot a pris en compte les deux projets : « Tout aménagement qui hypothèquerait la capacité de réaliser le RRTG ainsi que le TCSP Grand Sud est interdit […] Les PLU (Plans locaux d’urbanisme) doivent prévoir les bandes d’études ou les emplacements réservés nécessaires à la mise en oeuvre de ces transports en commun en site propre. » En résumé, le Scot prévoit 60 000 habitants supplémentaires d’ici 2035 dans le Grand Sud, la Civis et la Casud doivent construire 44 600 logements et surtout mettre en place une alternative sérieuse au « tout automobile », sous peine de « coma circulatoire ». Tous les programmes d’urbanisme au niveau communal et intercommunal doivent être conformes au Scot.