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Réunion

Les actionnaires d’Air Austral au pied du mur

Le plus difficile a commencé pour les actionnaires d’Air Austral. Le feu vert donné le 5 janvier par la Commission européenne, puis la validation du protocole de conciliation par le Tribunal de commerce, le 25 janvier, sont loin de constituer un aboutissement.

Le feuilleton du sauvetage d’Air Austral se poursuit. Les actionnaires privés regroupés dans Runair et les investisseurs publics qui composent la Sematra (Région, Département et Chambre de commerce et d’industrie) sont maintenant au pied du mur. La restructuration de la compagnie réunionnaise ne fait que débuter. À l’heure où ces lignes sont écrites, les investisseurs privés emmenés par Michel Deleflie sont invités à transformer leur engagement en acte : signer des chèques pour apporter 17 millions d’euros au capital d’Air Austral et 13 millions sur son compte courant. Dans le même temps, la gouvernance de la compagnie s’organise. Il faut constituer le conseil de surveillance, qui serait composé de 7 représentants de RunAir et de 5 membres de la Sematra. Un premier choix stratégique doit s’opérer : qui va endosser la responsabilité de la présidence de ce conseil ? Huguette Bello, qui serait légitime à ce poste, mais particulièrement exposée politiquement chaque fois qu’une décision douloureuse devra être prise pour assainir la situation de la société ? Ou Michel Deleflie, artisan du sauvetage d’Air Austral, mais qui n’aime guère être sous le feu des projecteurs ?

En attente d’un projet industriel

Il faut aussi mettre sur pied le directoire. Joseph Bréma, qui a conduit avec succès les discussions au sommet pour faire accepter la solution d’une alliance public-privé réunionnaise, verra-t-il ses fonctions de P-DG par intérim converties en celles de président du directoire ? Une confirmation que les représentants du personnel appellent de leurs vœux et qui ne déplaît pas à la Sematra, soucieuse de soigner l’image d’une gouvernance locale. Parmi les actionnaires privés, les compétences en gestion et en management abondent, mais l’expérience manque cruellement en matière aérienne. Le recrutement d’une « pointure » nationale, doté d’une connaissance approfondie du fonctionnement d’une compagnie et des marchés, doublée d’un charisme suffisant pour emporter l’adhésion du personnel, ne semblait pas d’actualité fin janvier.

Joseph Bréma ou un autre : le futur président du directoire d’Air Austral devra avant tout présenter un projet industriel convaincant. Il lui faudra notamment définir un positionnement pertinent sur l’axe Réunion-Métropole face à des concurrentes qui lui ont pris des parts de marché, en étant capable à tout moment de rendre des comptes à Paris et à Bruxelles.

L’effacement de 185 millions d’euros de dettes diverses ne suffira pas à remettre la compagnie dans le vert. Le choc de la crise sanitaire n’explique pas tout. Si Air Austral s’est retrouvée aussi mal en point, c’est aussi en raison de faiblesses structurelles, dont les causes sont à rechercher dans les choix stratégiques passés. Si elles ne sont pas corrigées, les actionnaires risquent fort de devoir « remettre au pot » d’ici un an ou deux. S’ils le peuvent.