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Réunion

Les batteries lithium-ion usagées seront bientôt exportées

Le recyclage local des batteries au plomb devrait démarrer début 2024 avec l’entrée en service d’une usine de broyage à Saint-Pierre. L’exportation des batteries lithium-ion, qui commencent à s’accumuler, doit également débuter dans quelques mois.

La mise en service de l’usine Ecopur est annoncée pour le début de l’année 2024, sur la zone d’activités de Pierrefonds. Si le projet tient ses promesses, une bonne partie de la problématique du recyclage des batteries au plomb-acide, celles qui équipent une grande partie du parc roulant réunionnais, sera résolue. Les batteries seront broyées, leurs restes exportés en Métropole pour être fondus et entrer dans la fabrication de nouvelles batteries. Le plomb concassé qui sortira de l’usine de Pierrefonds échappera aux contraintes de l’exportation des déchets dangereux. L’Association de traitement des batteries de La Réunion (ATBR), qui collectera les batteries pour Ecopur, se félicite à l’avance de l’apparition d’un débouché local, qui évitera les fréquentes situations d’engorgement de la filière de récupération. L’ATBR livre pour l’instant les batteries sur le site de stockage de Suez RV, à Bois-Rouge. Ce dernier a dû être agrandi et autorisé par la préfecture à accueillir davantage de déchets dangereux quand leur exportation par voie maritime ne suffit pas à écouler le stock. Les mouvements sociaux contre la réforme des retraites ont entraîné seize jours de blocage de la manutention sur le port en début d’année, de nombreux conteneurs de déchets sont restés en souffrance. « La situation est tendue, mais pas encore critique », tempère toutefois Hervé Madiec, directeur régional de Suez.

Si l’horizon s’éclaircit pour les batteries au plomb, le problème du traitement des batteries rechargeables au lithium-ion, qui équipent notamment les voitures électriques et certaines stations photovoltaïques, commence à se poser. Un stock de batteries hors d’usage existe déjà chez les concessionnaires, constitué de matériels défectueux ou accidentés, et des premiers à arriver en fin de vie. Il est estimé aujourd’hui à 200 tonnes et pourrait croître rapidement, le parc de véhicules électriques doublant tous les ans. Les compagnies maritimes refusent de les embarquer, en raison du risque d’incendie qu’elles représentent. Même hors service, elles contiennent encore une charge électrique constituant un risque sérieux.

« Un accord de principe pour leur évacuation vient d’être trouvé avec CMA CGM, annonce Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR), qui accompagne les éco-organismes des filières de récupération. Suez s’est doté d’un matériel permettant de décharger complètement les batteries, qui seront placées dans un sarcophage ignifugé, lui-même transporté dans un conteneur réfrigéré. » Une voie maritime limitant les contraintes administratives de notification de la présence de déchets dangereux à bord a d’autre part été choisie. La première expédition doit avoir lieu au premier trimestre 2024.

« Cette opération nous permettra d’évaluer le coût global du traitement des batteries rechargeables, poursuit Philippe-Alexandre Rebboah, afin de déterminer le montant de l’écocontribution qui s’appliquera à ces matériels et qui financera leur recyclage. Les minerais qu’ils contiennent – nickel, cobalt… – ont une valeur qui devrait permettre de rentabiliser le système, comme c’est déjà le cas pour les batteries au plomb. »

Des solutions de traitement des batteries rechargeables en fin de vie commencent à apparaître en Métropole. Suez et Eramet vont ainsi investir plus de 300 millions d’euros pour implanter à Dunkerque une usine de recyclage. « L’expédition vers la Métropole nous permet de gérer l’urgence, termine le président du SICR. À moyen terme, nous espérons qu’une solution locale sera trouvée pour le traitement des batteries au lithium-ion, à l’image d’Ecopur pour celles au plomb, afin d’éviter les émissions de CO2 liées au transport. »

Nouvelle évacuation début novembre : Une nouvelle évacuation de déchets, après celle de 2022, est programmée début novembre, cette fois sans subvention publique. Un bateau de Mer Union, parti d’Anvers le 2 octobre, doit arriver à Port Réunion à la fin du mois d’octobre ou début novembre. En deux jours, il chargera 3 000 tonnes de déchets conditionnés dans des conteneurs acheminés sur les quais au cours des semaines précédentes et repartira en ligne directe pour Le Havre. « L’opération est intégralement financée par les éco-organismes, précise Philippe-Alexandre Rebboah. Elle est moins onéreuse que celle de 2022 en raison de la baisse importante du fret maritime et plusieurs filières y contribuent pour mutualiser les coûts. Les déchets dangereux (batteries, amiante, etc.) ne constituent que 45 % de la cargaison ; des déchets plastiques et des panneaux photovoltaïques réformés seront également évacués. » Le président du SICR se félicite de la mobilisation collective – celle des éco-organismes, des services de l’État, de l’Union maritime, de Port Réunion… – qui a permis d’organiser cet affrètement.