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Monde

L’Europe pourra-t-elle échapper à la tiers-mondisation ?

Il y a des déclarations d’homme politique qui ne s’effacent pas et restent dans les mémoires. Ainsi en est-il de celle de Bruno Lemaire, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, qui déclarait le 1er mars 2022 : « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe. » Venant d’un normalien, agrégé de lettres modernes, diplômé de sciences Po Paris et de l’école nationale d’administration (ENA), on ne pouvait que la prendre au sérieux. Mais la réalité s’est révélée bien différente. On en est arrivé à évoquer très sérieusement, en France, 80 heures de coupures d’électricité pendant l’hiver. Et la Russie a trouvé aisément d’autres acheteurs pour son pétrole et son gaz.

Plus grave encore, le journal La Marne annonce l’arrêt de l’usine historique de William Saurin en Seine-et-Marne à compter du 2 janvier 2023. Selon Mathieu Thomazeau, président de Cofigeo, propriétaire de William Saurin, la facture de l’énergie « passera du jour au lendemain de 4 millions à 40 millions d’euros ».

Le monde a changé

Le quotidien Les Échos, pour sa part, annonce le 29 novembre que la chimie allemande, en détresse, est tentée de délocaliser aux États-Unis. « BASF et Lanxess se laissent tenter par les aides du plan Biden. »

Nul doute que les Américains n’ont pas l’intention d’abandonner leur leadership mondial et que la guerre en Ukraine leur donne l’occasion de « piller » l’Europe dont la vassalité ne leur suffit plus. Comment les dirigeants de l’Union européenne ont-ils pu être aussi aveugles et ne rien comprendre aux enjeux géopolitiques ? Le mot « corruption » nous vient à la bouche, mais on l’évitera pour ne pas être taxé de complotisme.

L’entrée de la Russie dans l’Union européenne, comme l’avait souhaité Vladimir Poutine à un moment, était la pire chose qui pouvait arriver aux yeux des États-Unis et le plus grand risque pour leur hégémonie. Imaginez les énormes réserves de richesses naturelles russes, notamment en Sibérie, alliées au génie industriel européen et vous comprenez le fin mot de l’histoire. Il fallait à tout prix jeter la Russie dans les bras de la Chine et parvenir à sa rupture irréparable avec l’Union européenne.

L’Inde en forte croissance

Dans le même temps, le centre du monde se déplace toujours davantage. En septembre, l’agence Boomberg nous a annoncé que l’Inde était devenue la cinquième puissance économique mondiale avec un Produit intérieur brut (PIB) de 3 530 milliards de dollars, devançant le Royaume-Uni (3 380 milliards). Certes, si l’on examine le PIB par habitant, il n’y a pas photo : celui du Royaume-Uni est dix-neuf fois supérieur à celui de l’Inde. Mais le global a son importance. D’autant plus que l’Inde enregistre une croissance impressionnante : 8,7 % en 2021 et 7,4 % en 2022 selon les prévisions du FMI. Un taux plus de deux fois supérieur à celui du Royaume-Uni (3,2 %), mais aussi de la Chine (3,3 %). Pour mieux comprendre cet essor, il faut savoir qu’il y a vingt ans, l’Inde n’était que la quinzième puissance économique mondiale.

En gros, on pourrait dire aussi que les anciennes colonies sont en train de coloniser leurs colonisateurs. Selon l’Office for National Statistics (ONS) de Grande- Bretagne et le recensement de 2021, on sait que les deux tiers des habitants de Londres appartiennent à des minorités. Et les Britanniques de souche devraient être minoritaires sur l’ensemble du territoire en 2050. Jean-Paul Gourévitch, spécialiste de l’Afrique et des migrations, déclare d’ailleurs avec justesse que « les statistiques ethniques aident à clarifier l’évolution d’une société et que ceux qui les refusent ne veulent pas que l’opinion publique en soit informée ».

La France sur la brèche

On pourrait faire un lien avec Maurice où, depuis 1972, aucun recensement ethnico-religieux n’a été publié. Et ne parlons pas de la France où le sujet est tabou. Bravo les autruches !

En tout cas, on peut dire que le président français Emmanuel Macron comprend l’évolution actuelle du monde. Il s’intéresse de près à la zone indo-pacifique et la France a été invitée pour la première fois, les 17 et 18 novembre, au Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui s’est tenu à Bangkok. Une présence légitime selon Emmanuel Macron, car la France, avec la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et Clipperton, dispose d’une zone économique exclusive de plus de 6,5 millions de kilomètres carrés. Si l’on y ajoute l’océan Indien avec La Réunion, Mayotte, les îles Éparses et les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), on comprend toute l’importance de cette zone indo-pacifique pour la France. De quoi échapper peut-être à la tiers-mondisation de l’Europe.