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Maurice

L’hôtellerie joue la carte de la RSE

Dans l’hôtellerie, secteur qui emploie une main d’œuvre massive, la mise en place d’une politique de RSE est un vaste chantier qui est engagé. Il s’agit de sauvegarder les atouts naturels de la destination et de lui donner bonne image.

Historiquement, les premiers hôtels de Maurice sont réputés pour être de petits paradis tropicaux avec jardins et plages. Derrière cette image carte postale, il y a eu aussi des erreurs grossières : pollution du lagon, érosion des plages et bétonnage. Mais les groupes hôteliers se sont graduellement rendu compte de ces erreurs, notamment sous la pression d’une clientèle plus avertie, soucieuse de la protection de l’environnement.

Depuis plusieurs années, un grand nombre d’établissements hôteliers ont mis en place des initiatives RSE, en collaboration avec des partenaires stratégiques. Ces équipes se sont rapprochées des communautés locales, des initiatives précises ont été mises en œuvre afin d’autonomiser les communautés et de contribuer à l’amélioration de leur niveau de vie.

L’hôtellerie emploie beaucoup de monde, la responsabilité sociétale tient donc une place primordiale dans ce secteur. Au sein de Rogers Hospitality, une équipe dédiée à la durabilité des opérations a été mise en place. Dirigée par un Sustainable Development Manager, épaulé par des Sustainability Officers à plein-temps dans chacun des établissements du groupe hôtelier, elle s’assure que les pratiques sont prises en compte et les objectifs atteints. « Ce suivi constant permet d’améliorer notre performance en matière de pratiques durables et inclusives », souligne la cellule de communication du groupe.

Un retour sur investissement difficile à évaluer

L’équipe travaille en partenariat avec le People Operations Department. En outre, un système de traitement de données permet d’évaluer l’impact des actions RSE de l’ensemble du pôle Rogers Hospitality à travers des indicateurs clés de performance. Les initiatives RSE font partie du pacte de développement durable et inclusif Now for tomorrow, qui comprend cinq domaines d’action : la transition énergétique, l’économie circulaire, la protection de la biodiversité et le développement inclusif des communautés. « Nous contribuons au changement vers une économie bas-carbone, nous adoptons une approche zéro-déchet, nous nous engageons en faveur de la préservation des espèces vivantes et de leurs écosystèmes, nous valorisons le patrimoine culturel de Maurice et nous combattons l’exclusion et la pauvreté », précise le groupe hôtelier.

Avec la crise covid qui a durement touché l’industrie touristique, la RSE a pris une ampleur considérable dans l’hôtellerie avec des implications à la fois sur les activités et sur le rendement des entreprises. Car la RSE, cela a un coût, parfois très élevé, ne serait-ce que dans la mise en place de nouvelles technologies et le recrutement d’experts qui sauront les utiliser. « Nous n’en avions pas mesuré le coût réel », reconnaît un haut cadre de l’hôtellerie, Chief Business Developer au sein de son groupe. Quelle valeur ajoutée de tels investissement vont-ils créer dans le moyen ou le long terme ? C’est un profit qu’on ne peut pas encore évaluer de façon précise.

« On ne peut pas dire à la clientèle que les prestations vont coûter plus cher parce qu’on a mis en place des normes de développement durable ou de responsabilité sociétale. La réalité du marché nous disqualifierait », avoue notre Chief Business Developer.

Quoiqu’il en soit, les entreprises hôtelières n’ont plus le choix et appliquent résolument le nouveau modèle de développement. Chez Attitude, le concept d’éco-responsabilité et d’engagement en faveur des objectifs de développement durable est devenu partie intégrante du fonctionnement général du groupe. « Nous sommes une entreprise qui s’est fixée une mission, qui souhaite faire du tourisme à impact », précise un haut-cadre du groupe. Que ce soit pour la protection de l’environnement ou pour l’engagement communautaire, les mesures en place sont évaluées, chiffrées, avec des objectifs précis à atteindre. Ainsi, les bouteilles en plastique ont été bannies, avec cependant des implications importantes sur les coûts. « Nous nous sommes tournés vers un fabricant de bouteilles hollandais, mais cela nous coûte dix fois plus cher », indique notre interlocuteur.

Préserver l’environnement est désormais le maître-mot pour les hôtels mauriciens. Il y va de la survie de la destination.

Impliquer les clients

Pour s’approvisionner en légumes et fruits frais, le groupe fait appel aux petits producteurs agricoles des régions où il est implanté. Ces petits producteurs sont ainsi devenus eux-mêmes de petits entrepreneurs. Par ailleurs, les boutiques des différents hôtels Attitude font la part belle à la production locale et les espaces sont occupés par des indépendants qui font de la vente en direct aux visiteurs. Dans ce modèle, le groupe sacrifie sa marge de profit. Mais du coup, le Made in China cède sa place au Made in Moris…

« Sans l’authenticité mauricienne, la destination ne serait pas ce qu’elle est », insiste-t-on chez Attitude, champion de cette authenticité dans le domaine hôtelier. Certains établissements ont même banni le café instantané en chambre au profit du café en grain que le client va moudre lui-même au restaurant… De quoi lui faire comprendre que chaque geste compte. Mais cela implique aussi la mise en place de postes spécifiques au sein de l’établissement, avec des coûts additionnels. Ce concept est ainsi appliqué de façon diverse et variée dans la plupart des grands groupes hôteliers, depuis la chambre jusqu’au boat-house, avec l’intervention, chez certains, de spécialistes pour leur mise en place ou pour l’évaluation de l’impact sur le fonctionnement général de l’entreprise.

De son côté, l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim) a mis en place une commission chargé de diffuser les bonnes pratiques au sein de l’industrie touristique. « Malheureusement, dès qu’on sort du cadre de l’entreprise hôtelière, ces bonnes pratiques ne sont pas suivies », constate-t-on au sein de l’association. En ligne de mire, les sorties pour observer les dauphins au cours desquelles les bonnes pratiques tombent systématiquement à l’eau…

D’autres concepts en faveur d’une écologie plus rayonnante tardent eux aussi à faire l’unanimité, avec parfois des divergences entre hôteliers et réceptifs, chacun se renvoyant la balle pour différer leur mise en pratique. Les exigences opérationnelles sont souvent en cause.

Mais, comme précise notre interlocuteur, haut cadre de l’hôtellerie, « le travail continue ». Cela concerne surtout la collaboration avec la société civile, de plus en plus dynamique et efficace, puisque les ONG se sont elles aussi professionnalisées depuis quelques années et ont intensifié leurs actions au sein des communautés locales. Au final, c’est la bonne image du tourisme mauricien qui prime. Comme argument marketing, cela fait toujours mouche sur les marchés, européens notamment, très sensibles au développement durable.