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Claire Tabakian
Réunion

L’ombre d’Air France sur la desserte de l’Outre-mer

Tout en annonçant l’élargissement du tour de table de Corsair à de nouveaux actionnaires privés, et la remise au pot de 30 millions d’euros, le 28 février, le média spécialisé Tour Mag a laissé entendre qu’Air France avait entamé des pourparlers en vue de se rapprocher de sa concurrente. Quelques jours plus tôt, Ben Smith, le président d’Air France, avait plaidé pour une « consolidation » de la desserte de l’Outre-mer. L’ex-compagnie nationale a toujours estimé qu’il y avait trop de transporteurs sur les lignes entre la Métropole et les DOM, notamment sur l’océan Indien. La situation post-covid la place en position de force. Un soutien public massif et la reprise du trafic international lui donnent de nouvelles ambitions alors que deux de ses principales concurrentes, Air Austral et Corsair, sont considérablement affaiblies. En attendant que la compagnie réunionnaise démontre sa capacité à retrouver l’équilibre, les regards se tournent vers Corsair. La compagnie désormais contrôlée par des intérêts antillais avait déjà bénéficié d’un plan d’aide salvateur fin 2020. Deux ans plus tard, Bercy s’impatiente et fait savoir que l’État ne pourra éternellement compenser les pertes des compagnies aériennes françaises déficitaires. Ce que la Commission européenne ne permettra pas, de toute façon.

Dans ce contexte, le ministère des Finances, qui avait tenté de rapprocher Corsair d’Air Austral il y a peu, ne peut qu’apprécier l’ouverture de discussions avec Air France. À moins qu’il ne les ait lui-même suscitées ? Toujours est-il qu’un scénario voyant Air France « voler au secours » de Corsair, par exemple sous forme d’un partage de code, devient envisageable. La « grande » pousserait alors la « petite » sur l’Outre-mer afin de libérer des avions dont elle a besoin sur d’autres lignes. Les conséquences d’une telle configuration sont faciles à imaginer. Air France reprendra, comme autrefois, la mainmise sur la desserte des DOM, avec un « faux nez » pour échapper aux critiques de position dominante, situation que n’aime pas l’Europe. Comme l’a souvent dit Gérard Ethève, qui a longtemps côtoyé l’ex-compagnie nationale lorsqu’elle était co-actionnaire d’Air Austral, « pour la desserte de l’Outre-mer, il faut toujours se demander si Air France est la solution ou le problème ».