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Magali Caillé
Réunion

MAGALI CAILLÉ : Prête pour la relève à la direction du groupe familial

C’est acté. Magali Caillé et son frère Christophe prendront dans quelques années la relève à la tête du groupe familial dont François Caillé, leur père, est l’actuel P-DG. Cette jeune femme de 41 ans, qui n’a rien d’une « fille à papa », a dû faire ses preuves…

François Caillé, qui fête ses 71 ans ce 25 mars 2023, est un homme heureux. Son entreprise, le groupe Caillé, est sortie de la tourmente, se redressant de manière spectaculaire, s’étant assainie au passage. De quoi donner tort à la « loi des trois générations », selon laquelle « la première construit, la deuxième développe et la troisième disperse ». Le dirigeant charismatique a aussi d’autres motifs de satisfaction. Il pourra savourer encore quelques années le rebond de son entreprise. Après modification des statuts, l’âge de départ du P-DG a été repoussé de 70 à 75 ans. Mais surtout, il sait maintenant que la relève sera assurée par ses deux enfants, Magali et Christophe. Deux enfants qui s’entendent bien, une chance pour l’avenir du groupe, et devraient se répartir les responsabilités. Ils le font déjà avec Magali comme directrice générale adjointe de la branche grande distribution et Christophe directeur général adjoint de l’automobile, activité historique.

Magali Caillé, pour sa part, a pris en charge également la RSE du groupe depuis 2021, ce qui n’est pas une mince affaire. Avant d’en arriver là, elle a dû faire ses preuves… Mais l’ancienne championne de France junior en dos crawlé est du genre tenace et ne voulait surtout pas passer pour une « fille à papa ».

Les voyages forment la jeunesse

Après ses études secondaires à La Réunion, dont un an en Afrique du Sud dans un collège pour filles, son itinéraire commence par un MBA en commerce international à l’École américaine de Paris. Mais la capitale ne l’enchante guère et elle profite des programmes d’échanges pour étudier un an en Chine, un an aux États-Unis et, pour finir, deux ans au Mexique. Un petit tour du monde avant de faire ce qu’elle appelle sa « crise d’ado ». « Je suis partie en Australie avec l’idée de montrer à mon père que je pouvais me débrouiller seule. » Venue avec un visa d’étudiant, elle a droit de travailler à temps partiel. La voilà serveuse de restaurant à Victoria Street, une banlieue de Sydney. Les week-ends, elle assure les brunchs pour les cafés Barista, et devient une experte du bar à café.

Après une bonne année dans l’île-continent, et un petit passage à Paris, elle fait son entrée dans le groupe familial… en Chine, plus précisément à Shenzhen, connue comme « zone économique spéciale ». Sa mission est de faire du sourcing (sourçage) en petit électroménager pour les magasins Champion de La Réunion. Elle se charge aussi de trouver des fournisseurs de motos et de petits camions pour le groupe à Madagascar. Isolée dans la mégapole, qui n’a rien à voir avec Shanghai, elle prend quatre heures de cours de chinois le matin. « La plupart de mes interlocuteurs ne parlaient ni l’anglais ni le français. Et avec ma taille d’un mètre quatre-vingt-cinq, les Chinois me regardaient comme une bête curieuse. » Un sacré baptême du feu pour la jeune femme de 25 ans ! Une épreuve difficile qui dure un an avant qu’elle ne mette le cap sur Madagascar. « Un pays que j’adore, ma mère est d’ailleurs métisse malgache. »

« Passer par le terrain, c’est indispensable. Non seulement pour connaître le métier, mais aussi pour avoir la légitimité vis-à-vis de équipes. »

Comment devenir légitime

Elle évolue toujours dans le groupe familial et se charge justement des ventes des motos et petits camions dont elle avait fait le sourcing en Chine. Mais la Grande Île entre en crise, il y a 48 morts le 7 février 2009 à Tananarive. Et cela finit par un coup d’État le 19 mars avec l’armée qui s’empare du palais présidentiel. Pour sa sécurité, Magali est exfiltrée. Direction La Réunion où elle évolue pendant deux ans au sein de l’agence de communication du groupe, sous la direction de Jérôme Navarret. Une expérience lui permettant d’avoir une vision large des activités du groupe. La prochaine étape, ce sera l’opportunité d’intégrer Cash OI, l’enseigne de commerce de gros. Elle y entre par la toute petite porte. « J’ai commencé par récurer les toilettes et je me tapais les inventaires du froid à trois heures du matin. » Être la fille du grand patron ne lui confère aucun privilège. C’est plutôt le contraire. Plus qu’aucun autre salarié, elle doit faire ses preuves. Ce qu’elle fait pendant trois ans, à l’issue desquels on pense à elle pour le lancement début 2015 de l’enseigne Promocash (destinée aux professionnels de la restauration). Elle est nommée directrice adjointe du magasin du Port. En 2016, la voilà directrice de l’enseigne pour les trois magasins de l’île. Encore trois nouvelles années enrichissantes !

« Je me suis régalée… Passer par le terrain, c’est indispensable. Non seulement pour connaître le métier, mais aussi pour avoir la légitimité vis-à-vis de équipes », commente Magali Caillé au sujet de ses six premières années dans la grande distribution. Une légitimité qui lui permet, en 2019, de se retrouver directrice adjointe de la branche grande distribution du groupe, sous la direction d’Olivier Mercier. Une branche qui exploite une cinquantaine de magasins dont 18 supermarchés Leader Price et 29 Leader Price Express, auxquels s’ajoutent les trois magasins de gros à l’enseigne Cash OI et la centrale d’achat.

En même temps, elle prend conscience de l’importance de la RSE, un sujet auquel est très sensible Olivier Mercier, arrivé en 2016.

« Un coach est venu pour bousculer un peu le Comité de direction du groupe, où je siège avec mon frère aux côtés du P-DG, DG, DAF, DRH et des DG de nos deux branches, la grande distribution et l’automobile. La question était : comment créer du lien ? C’est important dans un groupe qui emploie plus de 1 300 personnes en équivalents temps pleins. »

Une responsable RSE a d’ailleurs commencé à travailler le sujet et a réalisé du bon travail, selon Magali Caillé, mais elle est partie après moins de deux ans. Il fallait donc reprendre le flambeau. C’est chose faite. En attendant un flambeau beaucoup plus gros…

Championne de natation : Entre l’âge de 11 et de 17 ans, Magali Caillé pratique la natation et atteint le meilleur niveau national en dos crawlé. Championne de France Junior, elle remporte deux médailles d’or en 1993 et deux autres en 1994. « C’est vrai que j’étais bonne en dos crawlé, mais j’étais nulle dans toutes les autres nages. » Ces médailles d’or représentent ses premières économies, avec un prix de 2 500 francs par médaille, soit 10 000 francs au total. « J’avais atteint le niveau pour aller aux JO, se souvient Magali. Mais il fallait que je m’installe à Saint-Roman (où se situe en France le centre d’entraînement – NDLR) et on ne peut pas vivre de la natation. » Elle a préféré miser sur ses études. Elle continue à faire du sport tous les jours, beaucoup de CrossFit actuellement, un sport très physique qui allie le fitness à la musculation.

La RSE pour renforcer la rentabilité : Désormais en charge de la politique de RSE du groupe familial, en plus de ses fonctions dans la grande distribution, Magali Caillé prend conscience de l’ampleur de la tâche. Mais elle ne part pas de zéro. Une responsable RSE a déjà œuvré pendant près de deux ans et, surtout, « le groupe faisait déjà beaucoup de choses mais n’en parlait pas ». On pourrait dire qu’on arrive à une étape de professionnalisation de la RSE. « Là où l’on faisait du social, on fait du rentable », précise Magali Caillé. Bien placée pour s’en rendre compte, elle qui est en train de travailler sur le Plan de sobriété énergétique. Un travail pouvant se révéler très fastidieux avec le « décret tertiaire » (*) qui prend l’allure d’une usine à gaz. « Il faut choisir une année de référence entre 2010 et 2019 incluse et examiner les consommations de toutes les structures (bureaux, magasins, entrepôts, concessions automobiles). Nous avons fait ça à deux avec la secrétaire de direction, on s’est arraché les cheveux. » En tout cas, la nouvelle responsable de la RSE est bien décidée à aller encore plus loin et à anticiper l’évolution de la réglementation. L’énergie n’est qu’un des piliers de sa politique de RSE qui, outre les questions des déchets et de l’achat responsable, inclut la qualité de vie au travail et la gouvernance. La prochaine étape sera l’obtention du label Efficience, une création locale du Cluster Green mais qui s’inspire de la norme ISO 26000.
Au bout du compte, conclut Magali Caillé, « grâce à la RSE, on peut rendre plus attractive notre entreprise auprès des jeunes générations de salariés, mais aussi auprès de nos clients et fournisseurs. » (*) Article 175 de la loi Élan du 23 novembre 2018, le décret tertiaire impose depuis le 1er octobre 2019 une réduction progressive de la consommation d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire.