Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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Réunion

MAURICE GIRONCEL, PRÉSIDENT DE LA CINOR : « Les intercommunalités doivent travailler ensemble »

Président de la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (Cinor) depuis 2020 (il l’avait déjà été de 2006 à 2008), Maurice Gironcel veut mettre à profit les prochaines années sans échéances électorales pour faire avancer les grands dossiers du territoire – déchets, transports, zones d’activités… En concertation avec toutes les collectivités. 

L’Éco austral : La Technopole affiche complet, comme les autres zones d’activités : où seront accueillies demain les entreprises qui veulent s’im-planter dans le Nord ?

Maurice Gironcel  : Il n’y a plus de parcelle disponible sur le parc Technor. La dernière que nous avons acquise accueillera le Data Center de Réunicable (groupe Océinde). Il nous faut maintenant étendre la Technopole. Nous avons déjà rencontré la Région sur ce sujet, la mairie de Sainte-Marie était également présente, nous nous sommes mis d’accord sur un schéma de travail commun à la zone d’activités aéroportuaires Pierre-Lagourgue et à la plaine de Gillot. Nous souhaitons positionner cette zone comme la vallée de l’innovation, en ciblant des activités à forte valeur ajoutée et en complétant l’offre d’accompagnement des entreprises, après l’incubation et l’accélération. Il nous faut trouver une cohérence et la bonne articulation entre Technor, la ZAA (Zone d’activités aéroportuaires), l’arrière du port de Sainte-Marie, qui peut être dédié à l’économie bleue, et la plaine de Gillot. Pour cette dernière, il reste, bien sûr, à maîtriser le foncier. Certains propriétaires sont vendeurs et nous préférerions éviter la procédure d’expropriation, qui peut durer de longues années. Il nous faut arriver à un partenariat public-privé. J’ai reçu la famille Lagourgue, qui n’est pas défavorable à la discussion. Nous voulons aller vite, pour que les premiers coups de pioche soient donnés à l’horizon 2025.

La Cinor veut-elle développer d’autres zones d’activités ?

La Cinor a aussi des projets sur Sainte-Suzanne. Dans le secteur de La Marine, un terrain que nous maîtrisons d’ores et déjà accueillera une zone artisanale d’une quarantaine de parcelles et pour lesquelles nous avons déjà une centaine de demandes. Non loin, nous avons un projet de partenariat avec la Société Adrien-Bellier pour aménager 10 hectares qui lui appartiennent, au bord de la rivière Sainte-Suzanne, face au stade en eaux vives. Des premières réflexions sont même lancées sur la création d’une marina et d’un port qui pourrait intéresser les propriétaires de voiliers, dans un secteur où il est facile de prendre directement les alizés. Nous sommes d’autre part en négociation avec Tereos pour récupérer les friches de l’usine de Quartier-Français, pour y implanter la mairie annexe, mais surtout un centre éco-culturel. Notre ambition est d’y créer un centre de formation aux jeux vidéo, une activité qui génère de nombreux emplois, en partenariat avec l’Institut de l’image de l’océan Indien. Ce serait aussi un lieu de mémoire, pour évoquer la bataille menée par Paul Vergès dans les années 1950 : il avait su regrouper l’usinier, les travailleurs et les planteurs pour convaincre la banque de continuer à financer la sucrerie et d’éviter sa fermeture. Nous l’appellerons évidemment le centre écoculturel Paul-Vergès !

La Cinor est également autorité organisatrice de la mobilité : quelles sont vos priorités dans ce domaine ?

Le lancement de la ligne de téléphérique Papang est une vraie réussite, une réflexion doit maintenant être menée avec la municipalité de Saint-Denis sur la deuxième ligne, prévue entre les bas de Bellepierre et La Montagne. Beaucoup d’arguments plaident pour que le point d’arrivée soit plutôt aménagé au niveau du parking République.

Pour le reste, nous ne pouvons pas attendre l’arrivée d’un réseau ferroviaire, qui sera notamment à l’ordre du jour des Assises de la mobilité, annoncées pour le second semestre.

Quand la voie rapide destinée aux bus venant de l’Est, en cours d’aménagement par la Région, arrivera à Sainte-Marie, nous devons être prêts à offrir une continuité jusqu’au centre de Saint-Denis. Pour inciter à l’utilisation des transports en commun, j’ai d’autre part demandé à nos services d’étudier le principe de la gratuité totale, comme elle est déjà pratiquée pour divers publics. À vrai dire, plus grand monde ne paye. Nous avons déjà institué la gratuité des transports scolaires, dont la régie coûtait plus cher qu’elle ne rapportait.

« La ligne de téléphérique Papang est une vraie réussite,
une réflexion doit maintenant être menée avec la municipalité de Saint-Denis sur la deuxième ligne, prévue entre les bas
de Bellepierre et La Montagne. » ©Droits réservés

La justice vient d’imposer de nouvelles conditions, qui auront des conséquences coûteuses, pour la réalisation de l’unité de valorisation énergétique des déchets de Sainte-Suzanne. Quelle est votre position pour ce dossier ?

Suez va devoir amortir son investissement sur une période plus courte que prévue. Il est clair qu’il faut aller à la renégociation du contrat et le Sydne, le syndicat mixte qui regroupe la Cinor et la Cirest, vient de se prononcer dans ce sens. La collectivité ne peut pas dire à Suez : « Nous refusons de payer davantage. » En attendant la solution qui permettra la valorisation des Combustibles solides de récupération (CSR) déjà produits par Inovest à Sainte-Suzanne, il nous faut trouver une solution pour gérer les 300 000 tonnes de déchets annuels du Nord et de l’Est, sans doute en prolongeant la durée de vie du centre d’enfouissement existant. Les habitants des quartiers voisins expriment leurs craintes quant à la circulation des camions et des nuisances qu’elle occasionnera. Pour les supprimer, nous travaillons à un projet d’accès direct au site par la quatre-voies. Suez et la Région sont d’accord pour participer à son financement, qui s’élève à 3 millions d’euros au total. Notre objectif est de le livrer en 2023 : il résoudra déjà un certain nombre de problèmes.

En matière de collecte, celles des biodéchets peine à se mettre en place. Comment inciter les habitants à mieux trier ?

Il y a eu un problème d’acceptation des 3 000 bacs de 200 litres que nous avons achetés pour collecter les biodéchets de l’habitat collectif. Seuls 150 sont en service. Il nous faut peut-être nous orienter vers des bacs individuels pour les immeubles et vers la diminution de la fréquence de la collecte des bacs gris. Une approche globale de la gestion des déchets est de toute façon indispensable. Il nous faut développer les déchèteries et les recycleries ; nous lançons à La Mare une première ressourcerie où des objets récupérés sont restaurés et revendus ; nous testerons bientôt au Brûlé la facturation de la collecte au poids… Nous expérimentons tout ce que nous pouvons expérimenter, dans le cadre notamment du programme local de prévention des déchets ménagers, co-construit avec l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie – NDLR) et les partenaires.

Depuis deux ans, les planètes politiques semblent alignées à la Cinor : les dossiers vont-ils avancer plus vite ?

J’espère que l’épisode des élections législatives ne viendra pas perturber cet alignement et que les quatre prochaines années, sans échéances électorales, favoriseront la co-construction. Toutes les collectivités doivent travailler ensemble, chacune devant comprendre les priorités des autres. Le dialogue est renoué avec la Cirest, nous avons même signé un courrier commun au sujet de la renégociation à venir entre Suez et le Sydne. Nous souhaitons que les cinq intercommunalités se rencontrent plus souvent, notamment sur la thématique des déchets.

Les directeurs généraux des services se voient déjà régulièrement. Pour notre part, nous avons opté pour une organisation souple, sans commissions sectorielles. Quand l’actualité l’exige, les élus sont invités à venir travailler ensemble, de manière informelle. Nous voulons également co-construire les projets avec les collaborateurs et les citoyens. La Cinor a installé fin avril son conseil de développement, constitué de trois collèges : entreprises, associations et personnes qualifiées. Ce sera un peu notre conseil économique et social, un lieu de débats et de discussions qui contribuera à éclairer nos prises de décisions. Nous ferons tout pour qu’il soit actif et allons répondre aux attentes de ses membres : la séance d’installation a révélé que les intercommunalités sont encore mal connues et manquent de lisibilité.