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Réunion

Mayotte : compétences bienvenues

Les projets d’Aéro Tech OI couvrent également Mayotte, où une étude des perspectives d’emplois du secteur sera lancée en 2024. Ewa, la compagnie mahoraise, peine à attirer les compétences dont elle a besoin.

Le transport aérien connaît depuis plusieurs années un fort développement à Mayotte. L’ouverture de la ligne directe vers Paris par Air Austral en 2016, la montée en puissance de sa filiale Ewa et l’arrivée de Corsair sur la ligne Saint-Denis–Dzaoudzi ont contribué à doper le trafic. Tout va très vite dans le 101ème département français, trop vite si l’on s’attache seulement à constater que l’intendance ne suit pas.

Elle a du mal à suivre, dans le secteur de l’aérien comme dans bien d’autres, en raison de l’image d’insécurité et de violence que donne à voir Mayotte à l’extérieur. La médiatisation nationale du manque d’eau potable, depuis plusieurs mois, n’arrange rien à l’affaire. Tout comme l’Éducation nationale et l’hôpital public peinent à trouver des candidats à des postes pourtant sur-rémunérés, le secteur privé doit faire preuve de persuasion pour attirer les compétences dont il a besoin et qui ne sont pas disponibles localement.

Trois jeunes mahorais copilotes

David Rougeau, directeur général d’Ewa, en témoigne. « Nous avons le plus grand mal à recruter des commandants de bord, puis à les fidéliser, dit-il. Le turn-over est permanent, ce qui est d’autant plus coûteux que nous devons former les recrues aux procédures spécifiques à la compagnie, liées notamment aux différents terrains que nous utilisons : Pamandzi, mais aussi Moroni, Diégo-Suarez… Pour les copilotes, mon prédécesseur Ayoub Ingar avait heureusement fait l’effort de convaincre trois jeunes Mahorais, déjà qualifiés sur ATR à la sortie de leur formation en Métropole, de revenir sur leur île. Ils cumulent actuellement les heures de vol sur nos avions, ce qui leur permettra, à terme, de devenir commandants de bord. »

Le problème est moins marqué pour le personnel navigant commercial, essentiellement composé de Mahoraises et de Mahorais. Des difficultés peuvent néanmoins apparaître quand il s’agit de répondre à un besoin ponctuel : il n’est pas possible d’organiser localement une formation dans la perspective d’un seul recrutement.

David Rougeau a pris la direction d’Ewa Air en juillet 2023. ©Droits réservés

Ewa éprouve également des difficultés à pourvoir des postes d’encadrement, pour lesquels les candidats annoncent souvent « des prétentions salariales démesurées ». De nouveaux besoins vont également se faire jour dans le domaine de la mécanique. Ewa, qui volait jusqu’à présent sous l’aile d’Air Austral et de son certificat de transporteur aérien, a obtenu en novembre son propre CTA. La filiale va y gagner en autonomie et en responsabilité. Le traitement des opérations d’entretien et de réparation, jusqu’alors assurées par Air Austral, pourrait lui être transmis progressivement.

La compagnie a vu s’ouvrir avec satisfaction une section de mécanicien aéronautique au lycée de Petite Terre, menant au bac professionnel, à l’image de celle du lycée de Stella à Saint-Leu. Les premiers bacheliers en sortiront en juin prochain. Ewa a commencé à repérer ses futurs mécaniciens potentiels, qui seront opérationnels dans quelques années, au terme de leur formation complémentaire en Métropole.

Aéro Tech océan Indien financera en 2024 une étude sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans le secteur aérien à Mayotte, dans la continuité de celle qui a été réalisée en 2023 à La Réunion. Une préoccupation similaire anime les services de l’État, cherchant des solutions pour fournir au territoire les compétences dont il a impérativement besoin. Un dispositif baptisé « Cadres d’avenir pour Mayotte » est en cours de mise en place : il vise à promouvoir la formation de cadres intermédiaires et supérieurs locaux, en sélectionnant des étudiants et des professionnels et en les accompagnant dans des études supérieures, en Métropole ou à La Réunion. À l’issue, les bénéficiaires auront l’obligation de revenir travailler à Mayotte pendant trois à cinq ans. L’aéronautique fait partie des secteurs en tension auxquels s’appliquera cette mesure.