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Europe

Messieurs les Anglais ont tiré les premiers

Pour les jeunes générations qui ne goûtent pas toujours à l’Histoire, précisons que le titre de cet éditorial vient d’une apostrophe lancée courtoisement par le comte d’Anterroches, capitaine des grenadiers français, lors de la bataille de Fontenoy qui opposait, le 11 mai 1745, une armée austro-hollando-anglaise à une armée française. Après que le comte d’Anterroches et Milord Charles Hay, capitaine aux Gardes anglaises, se furent salués et alors que leur troupes se faisaient face, le premier aurait déclaré : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! » Ce que ces derniers ont fait. 
On imagine mal aujourd’hui Donald Trump et Kim Jong-un nous jouer la même scène. Mais les Anglais, toujours inimitables, n’ont pas hésité à tirer les premiers avec le Brexit, faisant du Royaume-Uni le premier État de l’Union européenne à en sortir.

Le retour des Anglais en Afrique

La victoire éclatante des conservateurs de Boris Johnson lors des élections générales britanniques le 12 décembre est une grande claque aux technocrates de Bruxelles et à une certaine presse bien-pensante qui prédisaient que les Britanniques allaient enfin comprendre qu’ils couraient à leur perte en désertant cet espèce d’empire soviétique, en beaucoup plus mou, qu’est l’Union européenne. Ils ont tout faux ! Et le drame pour les oiseaux de mauvais augure, c’est que ce vote souverainiste s’est même renforcé. Mais un drame plus terrible encore pourrait se jouer si la Grande-Bretagne s’en sortait très bien, voyant son économie devenir plus florissante que jamais et sa monnaie remonter au plus haut. Ce qui ne m’étonnerait pas outre-mesure et m’incite à ouvrir au plus vite un compte en livres sterling. Il est bien évident qu’une réussite britannique donnerait des idées à d’autres États de l’Union européenne qui pourrait très vite s’écrouler comme un château de cartes. 
Les Anglais sont de grands pragmatiques, on le sait, et l’on constate qu’ils ne perdent pas leur temps. Ils ont organisé, le 20 janvier dernier, le premier sommet Royaume-Uni-Afrique auquel ont participé 16 dirigeants africains, dont le Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, mais aussi des chefs d’entreprise. La marge de progression de la Grande-Bretagne en Afrique est importante car elle se trouvait jusqu’à maintenant à la traîne, loin derrière la Chine, le Japon, la France et l’Allemagne. Et Boris Johnson n’a pas l’intention de se limiter aux membres du Commonwealth. Selon l’agence de presse Ecofin, 27 contrats ont été signés lors du sommet du 20 janvier pour un total de plus de 8,4 milliards de dollars. 
Si Londres s’est fait détrôner en 2019 par New-York en tant que première place financière mondiale et que Hong-Kong vient la talonner, il faut y voir un effet conjoncturel du Brexit. Une fois que certaines peurs se seront dissipées, la City devrait reprendre de la splendeur. On peut faire confiance pour cela au pragmatisme britannique. Les Anglais n’ont pas manqué, lors du sommet Royaume-Uni-Afrique, de faire la promotion de leur secteur financier. De quoi s’inquiéter pour le secteur financier mauricien qui, dans certains pays africains, n’a plus très bonne presse. Il ne serait pas étonnant, d’ailleurs, que certaines campagnes de presse soient téléguidées par des concurrents de Maurice. La plus grande vigilance s’impose et aussi beaucoup de veille en matière de e-réputation.  De l’autre côté de la Manche, la grande affaire, c’est la réforme des retraites. Personne n’y comprend plus rien, mais n’y a-t-on jamais compris quelque chose ? Il aurait été difficile de semer plus de confusion et d’accomplir plus de maladresses que le gouvernement français ne l’a fait. 

Avec ou sans réforme des retraites, les Français seront tondus

Rappelons que le système de retraite par répartition consiste à faire payer les pensions des retraités par les actifs qui, à leur tour, verront leur retraite supportée par les actifs. Tant que les gens font des enfants et qu’il y a assez d’actifs, ça fonctionne, mais ce n’est plus vraiment le cas. Sans compter que la durée de vie s’est nettement allongée. Il semble inévitable d’ajouter une dose de capitalisation au système par répartition, mais aussi de la souplesse et de la flexibilité. On peut raisonnablement rêver d’une « retraite à la carte ». Autant de pistes explorées par l’économiste Jacques Bichot, dans ce numéro de L’Eco austral. 
Mais la réforme des retraites a été mal préparée, mal expliquée et elle est arrivée au mauvais moment, juste après la crise des Gilets jaunes. De quoi énerver tout le monde. Au final, comme l’explique fort bien l’économiste Charles Gave, la noblesse d’État (les technocrates et hauts fonctionnaires, notamment les inspecteurs des finances) et le clergé (les représentants de syndicats ayant une très faible représentativité) vont s’entendre sur le dos du tiers état, c’est-à-dire les Français qui travaillent et créent la richesse du pays.