New Towt, le retour audacieux de la marine marchande à voile
En escale à La Réunion ces jours-ci, l’Atlantis est le troisième cargo à voile lancé par la compagnie française New Towt, rescapée d’une liquidation judiciaire, qui fait le pari de la marine marchande décarbonée.
Les lignes élégantes de la goélette de 81 mètres ne sont pas passées inaperçues, lors de son arrivée au port de la Pointe-des-Galets, le 30 août. L’Atlantis, troisième cargo à voile commandé par la compagnie New Towt à Piriou, est sorti flambant neuf de son chantier vietnamien un mois plus tôt. Il est attendu prochainement au Brésil, où il est appelé à transporter régulièrement du café vers l’Europe, via le port de Fécamp.
Towt – TransOceanic Wind Transport, le nom précédent de la compagnie – avait démarré ses activités en 2011, en affrétant des voiliers de travail, avant de lancer la construction d’une flotte de cargos neufs conçus pour faire du vent leur propulsion principale. Avec ses deux premiers voiliers, l’Anemos et l’Artemis, elle a d’abord misé sur le route transatlantique touchant New-York, acheminant des produits à forte valeur ajoutée (vins et autres) vers la côte est des Etats-Unis. Les nouveaux droits de douanes imposés par Donald Trump et le manque de marchandises à transporter dans le sens du retour ont précocement perturbé ses plans. En grandes difficultés après seulement deux ans d’activité avec ses deux bateaux, Towt a été liquidée en avril dernier, avant de se relancer aussitôt, sous le nom de New Towt, grâce à sa reprise par un fonds du Crédit mutuel et plusieurs autres investisseurs.
1 000 tonnes en palettes dans les cales
La construction de l’Atlantis a pu être menée à son terme et la compagnie pionnière du transport vélique en France a trouvé de nouveaux marchés transatlantiques. Ces jours-ci, New Towt a mis à profit son escale réunionnaise pour prendre contact avec des chargeurs potentiels. Deux autres voiliers, sisterships de l’Atlantis, entreront bientôt dans sa flotte avec la même capacité d’emport dans leurs cales : environ 1 000 tonnes, en palettes et colis divers, y compris des véhicules et des marchandises dangereuses. Les bateaux sont tout de même équipés de moteurs d’appoint, pour manœuvrer dans les ports et en cas d’absence de vent. En moyenne, ils avancent intégralement à la voile les deux tiers du temps. Un peu plus lents en mer que les porte-conteneurs classiques, avec des tarifs un peu plus élevés malgré les importantes économies de carburant réalisées, ils ont d’autres arguments à faire valoir. « Nos cales sont bien ventilées, les marchandises ne sont jamais exposées à une température de plus de 30°, avec une variation maximale d’un degré par 24 heures, raison pour laquelle nous avons par exemple été choisis par des exportateurs de café vert haut de gamme, énumère Marie Baudry, directrice commerciale de New Towt. Les temps de chargement et de déchargement sont beaucoup plus courts que ceux d’un cargo classique, nous pouvons desservir des ports secondaires peu encombrés. Et le transport à la voile donne une occasion de communication vertueuse à nos clients ».
À titre indicatif, les temps de route communiqués pour le navire à partir de La Réunion sont d’environ un jour vers Port-Louis, cinq jours vers Mahajanga ou les Comores, six vers Mahé, huit vers Dar es Salaam et neuf jours vers Durban. Pour l’Inde (Mumbai), il faudrait compte seize jours, et quarante-cinq pour atteindre le golfe de Gascogne au départ de Port Réunion.
Windcoop arrive en 2027
En attendant le positionnement éventuel de New Towt dans l’océan Indien, le société coopérative Windcoop avance dans son propre projet de cargo à voiles. Son bateau, baptisé Miaraka, est en construction en Turquie, où les blocs de coque sont en cours d’assemblage. Equipé de trois voiles rigides, il aura une capacité d’emport de 210 conteneurs équivalent vingt pieds. Sa mise à l’eau est prévue d’ici la fin de l’année, pour une mise en service « à l’été 2027 ».
« Le navire assurera une ligne régulière entre Marseille et l’océan Indien, avec Madagascar, La Réunion et Maurice dans son schéma de desserte, annonce Windcoop. Environ 70 % de la capacité est déjà engagée auprès d’une cinquantaine de chargeurs. En parallèle, nous travaillons au développement d’un service maritime régional dans l’océan Indien ».