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Nicolas Schmutz
Réunion

NOMINÉ TECOMA AWARD : Nicolas Schmutz toujours plus haut avec Reuniwatt

Pionnier de la prédiction de l’ensoleillement et de l’intelligence artificielle appliquée à la connaissance de l’atmosphère, Nicolas Schmutz, fondateur de Reuniwatt, accompagne aujourd’hui Airbus dans la mise au point de la transmission de données satellitaires par rayon laser.

En juin dernier, le jury du concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes se réunissait à Paris sous la présidence de Nicolas Schmutz. En lui confiant ce rôle, BpiFrance, organisatrice de la manifestation désormais intitulée i-Lab, accordait une belle reconnaissance à l’entrepreneur réunionnais. Fondateur de Reuniwatt fin 2009, ce dernier avait eu lui-même les honneurs du concours qui, depuis 25 ans, distingue les champions nationaux de l’innovation et, peut-être, les futures pépites de l’économie française.

En 2011, puis en 2013, la start-up passée par l’incubateur de la Technopole de La Réunion a été primée pour l’intérêt de ses premiers résultats dans le mise au point d’outils de prédiction de l’ensoleillement au-dessus des centrales solaires.

Des clients en Californie, au Maroc, en Amazonie…

Le parc photovoltaïque de l’île était déjà en plein essor. L’ingénieur énergéticien Nicolas Schmutz, polytechnicien et diplômé de SupAéro, y avait contribué dans son activité précédente. Mais les exploitants recherchaient des solutions pour mieux prévoir la production de leurs centrales et écouler davantage d’électricité sur le réseau. Par peur d’une chute brutale de production, EDF limite en effet la part des sources d’énergies intermittentes (solaire et éolienne) dans l’électricité distribuée à l’instant T. « En disposant de prévisions, le gestionnaire du réseau gagne en visibilité pour lancer d’autres moyens de production, quand un gros nuage approche, et peut donc relever le pourcentage d’acceptation d’énergie intermittente », souligne Nicolas Schmutz.

Reuniwatt a d’abord externalisé sa Recherche & Développement au laboratoire Piment de l’Université de La Réunion, avant de constituer une équipe d’ingénieurs. Leur mission : mettre au point des outils d’observation du ciel à partir du sol, des méthodes d’analyse des données satellitaires et des modèles de prévisions météorologiques. Dès 2014, l’entreprise est parvenue à suffisamment affiner ses prédictions d’ensoleillement pour commencer à vendre ses prestations. Albioma fut son premier client, pour la centrale photovoltaïque couvrant la toiture du centre commercial Leclerc du Portail, à Saint-Leu.

Les données d’ensoleillement fournies ont un autre avantage : leur comparaison avec la production réelle permet de vérifier le bon fonctionnement des installations. Rapidement, les autres grands acteurs français des énergies renouvelables (TotalEnergies, Akuo, GreenYellow) présents dans l’océan Indien sollicitent les services de Reuniwatt qui commence également à se faire connaître à l’étranger.

Ses outils ont été adoptés par un distributeur d’électricité italien, par la ville brésilienne d’Oiapoque, en Amazonie, alimentée en électricité par le soleil. Reuniwatt a également équipé une centrale de 300 mégawatts en Californie, a travaillé au lancement de Noor, la méga centrale solaire à concentration marocaine, à Ouarzazate… La PME réunionnaise de 25 salariés accompagne aujourd’hui le déploiement international d’Enel Green Power, numéro trois mondial de la production d’électricité photovoltaïque.

Reuniwatt, qui réalise 95 % de son chiffre d’affaires à l’export, a notamment équipé une centrale dans le désert de Mojave, en Californie.

Communications spatiales

En 2015, le hasard d’une rencontre avec le responsable des satellites de communication d’Airbus a dirigé Reuniwatt vers une deuxième spécialité. L’avionneur européen, également très présent dans l’industrie spatiale, développe la technologie prometteuse de la communication optique par rayon laser entre le sol et les satellites. Le laser offre 100 fois plus de bande passante que la radio haute fréquence et un niveau élevé de sécurité, mais se heurte à un obstacle : les nuages. Airbus a donc embarqué dans son projet l’entreprise réunionnaise, qui a détaché du personnel à Toulouse pour affiner son expertise de prévision de l’ennuagement, identifier les meilleures implantations de stations au sol et savoir laquelle utiliser quand la communication doit être établie avec le satellite. L’État encourage dans ce domaine la constitution d’une chaîne de va-leur entièrement française, qui pourrait proposer des offres commerciales dès 2025.

« Cette activité représente déjà un quart de notre chiffre d’affaires », indique Nicolas Schmutz, qui accompagne également des laboratoires universitaires pour interpréter leurs données et vend des imageurs (caméras grand angle braquées vers le ciel) à des laboratoires américains et à des observatoires.

Dès le départ, l’entrepreneur a su s’appuyer sur l’écosystème réunionnais de l’innovation pour trouver des soutiens. Il a très tôt obtenu des subventions européennes et régionales pour financer ses projets, notamment dans le deep learning, branche de l’intelligence artificielle poussant jusqu’à leurs limites les moyens de calculs informatiques. En 2017, le fonds de capital-risque Compass du groupe mauricien ENL est séduit par le dynamisme de l’entreprise réunionnaise ; il mise un million de dollars pour financer ses projets et entre dans son capital.

L’admission de Reuniwatt dans la liste French Tech 120, début 2020, lui a apporté une visibilité précieuse pour convaincre financeurs et investisseurs de soutenir sa croissance, même si cette dernière a été sérieusement ralentie par la crise mondiale.

L’entreprise reste très active en R & D et continue à déposer des brevets. Son équipe travaille actuellement avec les services météorologiques allemands, Thalès et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sur un projet d’observation des contrails, les trainées blanches de condensation des avions, qui aggravent le changement climatique en gênant l’évacuation de la chaleur. Le but est d’identifier les zones les plus favorables à la formation de contrails pour que les avions, dans la mesure du possible, puissent les contourner. « Nous figurons parmi les leaders mondiaux sur des marchés de niche », résume sans fausse modestie Nicolas Schmutz.

Atlas solaires : L’expertise de Reuniwatt est aujourd’hui sollicitée par l’Institut national de l’information géographique et fo-restière (IGN) pour un projet qui n’a rien à voir avec la prédiction de l’ensoleillement ou de l’ennuagement. En 2021, l’accélérateur de projets de géo-services de l’IGN a sélectionné PARCS (Photovoltaic Atlas Remotely Captured from the Sky), une technique mise au point par la société de Nicolas Schmutz pour cartographier les installations solaires d’un territoire. Il apparaît en effet que les centrales photovoltaïques ont été très mal recensées à mesure qu’elles se multipliaient en France. L’expérience acquise par Reuniwatt permet de remédier à cette lacune en analysant les images satellitaires et les photos aériennes avec un niveau de précision suf-fisant pour détecter le moindre panneau solaire. L’IGN sera ainsi en mesure de fournir à ses clients un précieux système d’information géographique, permettant de connaître les parcs photovoltaïques existants et leur évolution dans le temps, mais aussi d’identifier les zones où le potentiel des énergies renouvelables est encore sous-exploité.