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Pierre-Jacques-Bourbon
Réunion

NOMINÉ TECOMA AWARD : Pierre-Jacques Surjus, le centralien tenace et ingénieux

À 51 ans, Pierre-Jacques Surjus, fondateur de Bourbon Composites, connue pour ses piscines Dolo, voit enfin sa ténacité récompensée. En forte progression, son entreprise enregistre de beaux résultats depuis quelques années. Et cet ingénieur se montre aussi ingénieux.

Diplômé de Polytech Montpellier et de Centrale Paris (devenue Centrale Supélec), Pierre-Jacques Surjus n’est pas atteint pour autant de « diplomite aiguë ». « Je ne suis qu’un petit ingénieur », déclare le fondateur de Bourbon Composites, même si Centrale est l’une des trois écoles les plus cotées de France. Il avoue quand même que « ça rassure le banquier ».

Son bureau n’a rien de ministériel et il préfère arpenter son atelier, au milieu de ses équipes « très motivées ». « Je recrute des gens du cru, qui en veulent, c’est plus important pour moi qu’un diplôme. »

Issu d’une famille de « pieds noirs » (Français d’Algérie), Pierre-Jacques Surjus est né en 1972 à Brazzaville, au Congo, tout simplement parce que son père était militaire. La carrière de ce dernier le conduira à La Réunion où, adjudant-chef, il exerce comme instructeur à l’école militaire du Tampon de 1977 à 1980. Pierre-Jacques Surjus n’est encore qu’un jeune enfant, mais La Réunion est déjà inscrite dans son histoire personnelle. En effet, en 1995, il revient dans l’île pour y effectuer son service militaire. Il enseigne les maths et la physique au collège de Vincendo, dans le sud de l’île, où il est aussi surveillant. Après son service militaire, le centralien n’aura bien sûr aucun mal à trouver du travail. Le voici jeune directeur technique d’une usine de fabrication de peintures sous la marque Azurel. Une entreprise fondée par un « béké » (Blanc des Antilles). L’expérience dure deux ans, avant de mettre le cap sur Quartier Français, dans l’est de l’île, pour diriger l’atelier de polyester et rotomoulage de Bourbon Plastiques. Cette entreprise de plasturgie, très diversifiée, appartient au groupe Quartier Français dont l’activité principale est la production de sucre. Au bout de trois ans, quand le groupe est racheté par Tereos, celui-ci ne conserve que les activités sucrières et c’est l’occasion pour Pierre-Jacques Surjus de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Il reprend les moules et, en 2002, il fonde Bourbon Composites à Bras-Panon, avant d’émigrer huit ans plus tard à Saint-Benoît dans la zone industrielle des Plaines, connue aussi comme le « Pôle bois ». Des débuts modestes avec deux salariés et un chiffre d’affaires d’à peine 700 000 euros. « Mais je me faisais plaisir, je créais des choses », commente l’entrepreneur.

L’entreprise de Pierre-Jacques Surjus fabrique toutes sortes de produits en composite (résine et fibre de verre). Photo : Guillaume Foulon

La piscine : un marché porteur

Sur le marché étroit de La Réunion, il sait d’ailleurs que la diversification est incontournable. Bourbon Composites fabrique toutes sortes de produits en composite (résine et fibre de verre) : piscines, bateaux, réservoirs de récupération d’eau de pluie, bacs, bassins, cuves, filtres, fosses septiques, décanteurs, silos, sanitaires, bungalows, colonnes, balustres… Mais ce sont les piscines, sous sa marque Dolo, qui pèsent le plus dans le chiffre d’affaires (à hauteur de 80 %). Son implantation dans la zone industrielle des Plaines représente une étape marquante dans le développement de l’entreprise qui dispose de plus d’espace. Elle recrute et son chiffre d’affaires suit une courbe ascendante. Mais c’est le coup dur en 2015 ! Un incendie criminel détruit l’usine. Mal assuré, Pierre-Jacques se retrouve ruiné. Mais il ne baisse pas les bras et aidé par des amis et des salariés (« un grand mouvement de solidarité »), il rebâtit… Peut-être qu’il médite à ce moment-là le célèbre poème de Rudyard Kipling, Tu seras un homme mon fils : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie – Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir… » Pierre-Jacques Surjus est surtout un homme tenace qui avoue aussi avoir « un caractère de cochon ». Il mettra trois ans à rebâtir et, aujourd’hui, éprouve la satisfaction de voir sa ténacité récompensée. Il emploie une vingtaine de personnes et son chiffre d’affaires de même que son résultat net affichent une belle croissance. La crise de la covid a eu peu d’impact sur Bourbon Composites. « On peut même dire qu’elle a dopé le marché de la piscine », reconnaît le fabricant des piscines Dolo.

Le chiffre d’affaires de l’entreprise a quasiment doublé en cinq ans, franchissant en 2021 le cap des deux millions d’euros pour un résultat net de 449 000 euros. La ténacité, ça paie !

La RSE en marche

Pierre-Jacques Surjus s’est impliqué dans son environnement sociétal. Depuis trois ans, il est le président du Club économique bénédictin (CEB) qui, sous son impulsion, s’est ouvert plus largement aux chefs d’entreprise de l’est de l’île. Il regroupe une quarantaine de membres et a pris un « virage RSE ». « Des membres interviennent dans les collèges, parlent de leur expérience et expliquent comment ça se passe dans une entreprise, détaille le président du CEB. Pendant la semaine de l’industrie, nous avons organisé des visites dans nos entreprises et accueilli quelque 300 élèves. Ils ont découvert des activités et des métiers qu’ils n’imaginaient pas à quelques centaines de mètres de chez eux. » Outre son implication auprès des jeunes, le CEB est une force de proposition auprès de la communauté de communes de l’Est, Cirest. Le défi est de faire décoller une microrégion encore peu développée par rapport au reste de l’île.

Pierre-Jacques Surjus, tout heureux de s’être offert récemment un véhicule électrique, travaille sur un projet de panneaux photovoltaïques « pour être complètement autonome ». Un système de récupération des eaux de pluies (abondantes dans l’Est) alimente une cuve de 35 000 litres, utilisée pour les toilettes, le lavage des graviers et des véhicules. Le tri des déchets a aussi été organisé. Le tout dans l’assentiment général. Le patron de Bourbon Composites avoue « gérer sa boite comme une famille », accordant des prêts personnels le cas échéant. Et cela porte ses fruits puisque l’entreprise enregistre un turnover assez faible.

Mais revenons à l’ingénieur ! Le centralien Pierre-Jacques Surjus. Un ingénieur qui se montre ingénieux, ce qui ne va pas toujours de pair. Depuis cinq ans, il travaille sur un projet de fosse septique « verte », se basant sur des plantes pour assurer l’assainissement. Un projet qui a fait appel, à La Réunion, au pôle de compétitivité Qualitropic et à l’agence de développement Nexa, mais aussi, à Lyon, à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Cette fosse septique « verte », qui sera particulièrement bénéfique à l’environnement (voir notre hors-texte), a aussi l’avantage d’occuper peu de surface, seulement 4 mètres carrés sur lesquels on peut d’ailleurs planter. Idéal pour des lotissements, alors qu’une fosse septique classique occupe 30 mètres carrés. Le projet est en attente d’un agrément national du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

La fosse septique « verte » au secours de l’environnement : Le projet de fosse septique « verte » porté par Bourbon Composites pourrait entraîner un progrès notable dans la préservation de l’environnement. En effet, le tout-à-l’égout ne concerne que 52 % des habitants de La Réunion, les autres font usage de fosses septiques. Des fosses bien souvent vieillissantes et donc polluantes et qui, de plus, occupent de grandes surfaces de terrain. La fosse septique « verte » fait appel à des plantes pour l’assainissement, et « nos conditions climatiques nous avantagent par rapport à la Métropole », explique Pierre-Jacques Surjus. En effet, on peut faire appel à une plus grande variété de plantes et elles poussent mieux. Ce type de fosse septique est évidemment idéal dans les pays en zone tropicale qui ne disposent pas de tout-à-l’égout et où l’assainissement pose un gros problème de santé publique.