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Réunion

Nouvelle baisse des énergies renouvelables dans la production d’électricité

Après être passées de 36 % à 34 % en 2016, les énergies renouvelables ont connu un nouveau tassement en 2017 pour se retrouver à 32 %. De quoi douter sérieusement de l’objectif de 50 % en 2020.

Le patron d’EDF Réunion, Olivier Duhagon, en poste depuis cinq mois, s’est montré offensif en allant au devant de la presse réunionnaise pour présenter le bilan 2017 et les perspectives 2018 de son entreprise qui a le monopole du transport et de la distribution d’électricité dans l’île. Un monopole qui n’existe pas en matière de production, loin s’en faut puisque Albioma produit 47 % de l’électricité contre seulement 43 %à EDF, les 10 % restants étant fournis par d’autre producteurs. Et c’est là que le bât blesse puisque la production d’Albioma se réalise principalement avec du charbon. 
Cette énergie fossile est même la première avec pas moins de 38 %, la bagasse ne pesant que 9 %. Quand on parle de centrales bagasse-charbon, pour le moment il s’agit surtout de centrales au charbon. On annonce cependant davantage de biomasse avec l’utilisation d’autres déchets verts et de bois. Mais il est clair que l’île ne pourra pas s’autosuffire et d’autant moins que la Région Réunion, responsable de la politique de traitement des déchets, ne veut pas d’incinérateurs et milite pour l’économie circulaire. 

LE STOCKAGE EST LA VOIE DE L’AVENIR

Dans ce contexte, on peut se dire que l’objectif de 50 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité en 2020 et 100 % en 2030 demeure un vœu pieux. Mais Olivier Duhagon, fait montre d’un certain optimisme car les technologies évoluent très vite et EDF joue la carte de l’innovation. En 2016, elle était d’ailleurs passée à 32 % d’énergies intermittentes, soit 2 points de plus que le seuil jusqu’alors réglementaire de 30 %, grâce à une meilleure gestion de son réseau. Il paraît difficile d’aller beaucoup plus loin même si certains parlent de 40 % grâce à la gestion intelligente. Le stockage, pour le solaire et l’éolien, reste incontournable pour arriver à une autoconsommation complète des habitations et des bureaux.
EDF prépare l’implantation d’un parc de batteries de forte capacité (5 MW) à pilotage centralisé, implanté à Saint-Leu, dont la mise en service est prévue pour 2018. Il utilisera des technologies très innovantes et nécessitera une adaptation du système électrique, avec une intelligence artificielle spécifique. Cette mise en service contribuera à intégrer plus d’énergies renouvelables sur le réseau.
Le transporteur et distributeur d’électricité expérimente un micro-grid 100 % solaire dans le cirque de Mafate. Ce projet pilote pour l’alimentation électrique en site isolé a mis en réseau trois bâtiments publics de La Nouvelle, avec un équipement photovoltaïque adossé à un stockage hydrogène permettant une autonomie énergétique complète.
Il faut aussi rappeler que le projet de Swac (climatisation marine) pour la climatisation de l’hôpital de Saint-Pierre n’a pas été abandonné, contrairement au projet beaucoup plus ambitieux, trop sans doute, élaboré pour la climatisation de plusieurs grands bâtiments du Nord, à Saint-Denis et Sainte-Marie, dont l’aéroport Roland Garros. La climatisation marine, aussi appelée Cenf (Climatisation à l’eau naturellement froide) ou en anglais Swac (Sea-Water Air Conditioning), ou encore DWSC (Deep Water Source Cooling), est une forme de climatisation de l’air innovante et écologique qui utilise une source renouvelable d’eau froide située à proximité (dans l’océan). Les territoires îliens présentent le lieu idéal de déploiement de cette technologie car l’océan qui les entoure est un réservoir de froid gigantesque.
 

Olivier Duhagon, à la tête d’EDF Réunion depuis cinq mois, a conduit récemment la presse sur le terrain et s’est voulu rassurant sur l’avenir des énergies renouvelables car « La Réunion est un territoire d’innovation par excellence ».
Olivier Duhagon, à la tête d’EDF Réunion depuis cinq mois, a conduit récemment la presse sur le terrain et s’est voulu rassurant sur l’avenir des énergies renouvelables car « La Réunion est un territoire d’innovation par excellence ».  Guillaume Foulon
 

PLUS DE 800 000 EUROS D’ÉCONOMIES ANNUELLES POUR LE CHU

Pour le projet du Nord, Engie (ex-Suez) avait été retenu à l’issue d’un appel d’offres mais a finalement jeté l’éponge. Concernant le Sud, c’est le CHU (Centre hospitalier universitaire) qui porte le projet alors qu’EDF doit le réaliser. Mais le projet buttait sur des coûts qui devaient être revus à la baisse avec le concours de la start-up française DeProfundis, implantée au Japon, pays très en pointe dans le captage d’eau de mer en grande profondeur, pas nécessairement pour la climatisation car cette eau y sert surtout à la cosmétologie.
Pour l’hôpital de Saint-Pierre, l’économie en électricité serait de 5,4 GWh, soit plus de 800 000 euros annuels. Reste à savoir la durée d’amortissement de l’investissement initial.
Restons dans l’élément liquide en revenant à l’hydraulique pour signaler qu’EDF étudie l’opportunité de réaménager les ouvrages existants de la Rivière des Marsouins pour en optimiser le fonctionnement et améliorer la contribution de l’énergie hydraulique à la transition énergétique.

LE TRANSPORT CONSOMME 60 % DE L’ÉNERGIE

Quand on parle d’autonomie, il convient de distinguer l’autonomie électrique de l’autonomie énergétique dont La Réunion est encore très loin. L’objectif des 100 % en 2030 ne concerne que la production d’électricité et ne signifie nullement que La réunion n’importera plus de pétrole à cette date. En effet, le secteur du transport correspond à 60 % de la consommation d’énergie finale. Au sein de ces 60 %, le transport routier représente 71 % de la consommation de carburants. Et depuis 2015, on y constate une augmentation de la consom -mation. La seule solution réside dans les véhicules électriques, sous réserve que l’autonomie électrique soit atteinte, sinon les véhicules fonctionneront (indirectement) au fioul ou au charbon. 
La France a fixé comme objectif national 100 % de véhicules électriques en 2050. En attendant, EDF a lancé une expérimentation de mobilité électrique, suite à un appel à projets lancé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Le con cept consiste en une recharge intelligente privilégiant le photovoltaïque avec stockage. Ce « Smart Charging » repose sur une communication par internet entre les bornes de recharge et le centre de conduite du réseau, de telle sorte que le réseau ne soit sollicité qu’en période favorable. Un service de mobilité électrique écologique, innovant et économiquement viable pour les flottes d’entreprises.
Toutes ces initiatives vont dans le bon sens, mais l’on peut se poser des questions sur l’avenir des centrales à charbon qui fournissent toujours la plus grosse part de l’électricité. Comment La Réunion pourra-t-elle devenir un Territoire à énergie positive (Tepos) dans le cadre actuel du système français ? Un cadre qui repose sur le principe de la « péréquation tarifaire de l’électricité ». Cela permet à tous les Français, où qu’ils soient, de payer l’électricité au même prix. Un « outil de solidarité » entre les territoires urbains, ruraux et ultramarins. La Réunion, vu son insularité et ses sources d’énergie d’où est absent le nucléaire, est gagnante. L’électricité y est vendue trois moins cher qu’elle ne coûte à produire. Quand on dit « gagnante », le terme peut se discuter, et certains le discutent car le principe de péréquation tarifaire freine toute approche territoriale de l’énergie. Le Cler, réseau pour la transition énergétique, a eu l’occasion, en France métropolitaine, de se pencher sur la question. Il faut déjà souligner que la péréquation tarifaire ne concerne, au niveau national, que l’électricité et pas les autres vecteurs énergétiques (gaz, chauffage urbain, bois) ni d’ailleurs l’eau, l’as sai nis se ment ou les transports publics. Le droit à la « solidarité » est donc conditionné au vecteur d’énergie utilisé. Selon le Cler, « les besoins d’électricité (incluant le chauffage électrique) ne représentent qu’une part minoritaire des besoins énergétiques finaux des ménages et des territoires. L’électricité est d’ailleurs le seul vecteur énergétique subventionné pour répondre aux besoins de chaleur, alors que le chauffage électrique (direct) est la technologie la moins performante et la plus coûteuse pour le faire. La solidarité ne s’applique pas aux usages fondamentaux de l’énergie que sont la mobilité et la chaleur. Ensuite, il n’est pas plus cher de chauffer sa piscine ou d’alimenter un écran géant publicitaire que de s’éclairer ou d’alimenter un ordinateur. La solidarité est indifférente au degré de nécessité des besoins finaux et n’encourage pas une utilisation rationnelle des ressources. »
 

Panneaux photovoltaïques sur les toits de l’usine de la CILAM, à Saint-Pierre. L’énergie solaire pèse encore peu mais devrait se développer avec le stockage dont les prix baissent.
Panneaux photovoltaïques sur les toits de l’usine de la CILAM, à Saint-Pierre. L’énergie solaire pèse encore peu mais devrait se développer avec le stockage dont les prix baissent.   DR
 

LE DROIT À LA DIFFÉRENCIATION

À La Réunion, bien sûr, la question du chauffage ne se pose pas, mais il est clair qu’une électricité « bon marché », parce que « subventionnée », ne facilite pas une politique territoriale en faveur de l’autonomie. Ce qui pousse certains à demander un nouveau modèle, dans la ligne du président de la Région, Didier Robert, qui plaide pour un « droit à la différenciation ». Il est évident que personne ne veut payer plus cher son électricité, mais l’argent investi dans la péréquation nationale pourrait l’être autrement. Dans le but de soutenir l’autoconsommation. « Aider les territoires à faire seuls en mettant à leur disposition une assistance technique, juridique et financière, y compris en consentant une rupture d’égalité entre bénéficiaires potentiels au profit des plus faibles – par exemple, les territoires ruraux moins dotés de moyens – est la voie à suivre pour l’État, les Régions et autres institutions garantes du respect de l’égalité des territoires », souligne le Cler.

Qu’est-ce qu’un territoire à énergie positive ?
Un territoire à énergie positive vise l’objectif de réduire ses besoins d’énergie au maximum, par la sobriété et l’efficacité énergétiques, et de les couvrir par les énergies renouvelables locales. Ce territoire adopte des approches spécifiques répondant à de nombreux enjeux (économiques, sociaux, démocratiques et environnementaux). Il intègre la question de l’énergie dans un engagement politique, stratégique et systémique en faveur du développement local. Les approches spécifiques adoptées par un territoire à énergie positive constituent le moyen principal (rôle instrumental) de la transition énergétique conçue comme processus de changement. Source : Cler, réseau pour la transition énergétique.
L’énergie solaire thermodynamique
L’énergie solaire thermodynamique est l’un des modes de valorisation du rayonnement solaire direct. Cette technologie consiste à concentrer le rayonnement solaire à l’aide de collecteurs pour chauffer un fluide à haute température et produire ainsi de l’électricité ou alimenter en énergie des procédés industriels. D’une superficie pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de mètres carrés, les centrales solaires thermodynamiques recouvrent l’ensemble des techniques qui visent à transformer l’énergie rayonnée par le soleil en chaleur à température élevée, puis à convertir cette chaleur en énergie électrique. Selon le mode de concentration du rayonnement solaire, une grande variété de configurations différentes est possible. L’Agence internationale de l’énergie prévoit une contribution du solaire thermodynamique à hauteur de 11,3 % dans la production d’électricité mondiale à l’horizon 2050, soit l’équivalent de la consommation électrique des États-Unis. Source : Syndicat des énergies renouvelables.