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PHILIPPE LELEU, PRÉSIDENT DE L’UNION MARITIME : « Il faudrait enclencher une dynamique pour les dessertes régionales »

Tour d’horizon de l’actualité maritime et portuaire avec Philippe Leleu, président de l’Union qui regroupe l’ensemble des professionnels en activité directe sur le port ainsi que l’association des industriels (Adir) et le syndicat de l’importation et du commerce (SICR).

L’Éco austral  : Le trafic conteneurisé baisse depuis le début de l’année. Que se passe-t-il ?
Philippe Leleu
 : L’activité est en perte de vitesse, avec une baisse de 15 % à 20 % depuis le début de l’année par rapport à 2022. C’est considérable et on ne voit pas la reprise se concrétiser. Les bateaux ne sont pas chargés à leur maximum à leur sortie d’Europe alors qu’on devrait être sur un pic d’activité, avec l’arrivée des premières marchandises commandées pour les fêtes de fin d’année. Par conséquent, les prix du fret maritime baissent sous l’effet de la concurrence : c’est dans ces moments-là qu’on apprécie d’avoir affaire à une pluralité d’acteurs dans le transport maritime !

Dans quelle mesure cette baisse du fret peut se répercuter sur les prix à la consommation ?

Une des principales raisons de la baisse du trafic conteneurisé à l’import est sans doute l’apurement des stocks qu’avaient constitués les entreprises réunionnaises depuis 2021, craignant des ruptures d’approvisionnement. Ce surstockage leur a coûté cher et elles cherchent à écouler leurs produits en tenant compte de ces coûts de revient élevés. La baisse actuelle du fret ne se traduit donc pas par un effondrement des prix finaux, d’abord parce que le coût du transport maritime ne représente qu’une petite partie de ces derniers, mais aussi parce que le coût du transport terrestre a beaucoup augmenté : les camions, les pneus, les batteries… coûtent beaucoup plus cher qu’avant.

La massification du transport maritime peut-elle faire de La Réunion une escale secondaire ?

On voit effectivement arriver dans les flottes des navires de très grandes capacités, dont la motorisation répond en même temps aux enjeux de décarbonation du secteur. Or le Port Est a ses limites, en termes de longueur et de tirant d’eau des bateaux. Nous bénéficions actuellement d’un service premium, avec un service conjoint de CMA-CGM et MSC qui nous met à 17 jours de mer en sortie d’Europe du Sud. Mais rien n’est figé, la question de la « feedérisation » de La Réunion et Maurice a été, est et sera posée. Demain, le Mozambique et son gaz pourrait capter beaucoup d’activité, tout comme Tamatave qui s’équipe d’outils performants. Cela dit, la « feedérisation » peut faire naître de nouvelles opportunités, les petits bateaux coûtent moins cher, peuvent être déchargés immédiatement à la grue mobile. Mais Port-Réunion doit bien entendu continuer à affirmer son ambition de hub.

Comment pallier aux insuffisances des dessertes inter-îles ?

Faire de Port-Réunion un port rayonnant passe par l’existence de dessertes régionales de qualité. En tant que président des Unions maritimes d’Outre-mer, je constate que tous les ports ultramarins sont confrontés aux mêmes insuffisances dans ce domaine. Je pense que la solution passe par l’accentuation des partenariats avec les compagnies maritimes, pour leur demander de mobiliser davantage de moyens entre les îles. Le problème est qu’elles attendent qu’un certain niveau de flux existe pour mettre les capacités correspondantes en face. Pendant ce temps, les exportateurs ne peuvent pas faire aboutir leurs projets. Il faudrait s’entendre avec l’une d’entre elle pour que des capacités soient mises en place pendant un certain temps, le temps qu’une dynamique s’enclenche. Mais de nombreux facteurs doivent être pris en compte pour calculer la rentabilité d’une ligne. Tous les ports doivent être au rendez-vous. Quand l’un deux impose plusieurs jours d’attente à un navire, les compagnies font des arbitrages et reportent ou annulent leurs escales pour maintenir leur rentabilité.