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Océan Indien

Philippe Murcia, consultant régional en économie bleue : « Cinquante nuances de bleu… La nouvelle économie en mode séduction »

Une tribune libre de Philippe Murcia, consultant régional en économie bleue, qui a été directeur régional de CMA CGM avant de diriger, pour l’opérateur minier Rio Tinto QMM, le port d’Ehoala, à Fort-Dauphin. Il est aujourd’hui directeur général adjoint du groupe malgache ENAC.

Nous avions écrit en mars 2015 avec un groupe d’experts, sous l’égide des Nations Unies, un livre dont l’objectif était de décrire le nouveau concept de l’économie bleue. Comme expliqué dans l’ouvrage téléchargeable gratuitement (1) : « Le monde bleu se compose d’un vaste réseau de lacs, de rivières et d’étendues marines riches en ressources naturelles. Trente-huit des 54 pays que compte l’Afrique sont des États côtiers. Plus de 90 % des importations et des exportations africaines transitent par la mer et plusieurs des corridors commerciaux les plus stratégiques de la planète sont situés en Afrique, renforçant le poids géopolitique du continent. Avec une superficie d’à peine 1 850 km2, Maurice est l’un des plus petits pays d’Afrique, mais ses eaux territoriales en font un pays de 1,9 million de km2, la taille de l’Afrique du Sud. »
La conférence internationale sur l’économie bleue durable, qui vient de se tenir du 26 au 28 novembre 2018 à Nairobi, au Kenya, a consacré cette réussite devant près de 18 000 délégués de 140 pays. D’autres forums récents, dont les Rencontres internationales du développement durable (RIDD), organisées à La Réunion du 21 au 23 novembre 2018, ont souligné à de multiples reprises le bien-fondé de cette économie bleue pour les îles de l’océan indien. 

Des « success stories » dans l’océan Indien

On pourrait citer de nombreux exemples de success stories dans tous les pays, qu’il s’agisse d’aquaculture d’esturgeons pour le caviar et d’élevage de concombres de mer à Madagascar, du tourisme de croisière avec la nouvelle communication des « îles Vanille » à La Réunion, de l’industrie portuaire à Maurice, des unités de traitement de poissons aux Seychelles et des parcs marins naturels avec des kilomètres carrés protégés à Mayotte et dans l’Union des Comores…Ce concept est adopté aujourd’hui par les grandes puissances qui considèrent que l’économie bleue est une composante obligatoire de leur stratégie mondiale de déploiement. La route de la soie pour la Chine intègre le contrôle de ports majeurs tels que Djibouti et d’autres investissements sont en cours. La coopération japonaise a de son côté prévu la réhabilitation du port de Toamasina (Tamatave) avec un chantier prévu sur huit années qui vient de débuter.  La coopération bilatérale stratégique du Japon entre dans le cadre de son projet TICAD 6 (Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique) (2).
Les organismes internationaux, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), devraient continuer à soutenir les gouvernements dans leur démarche « bleue » avec des programmes spécifiques dont l’objectif prioritaire sera de lutter contre la pauvreté et de créer des emplois durables. Les trois piliers de cette stratégie resteront toujours la sécurité et la sûreté des eaux nationales et internationales, la protection de l’environnement et des ressources naturelles et la priorité donnée aux nouvelles générations pour la formation et le recrutement, compte tenu de la démographie en forte expansion. 
La nouvelle « économie bleue » est en mesure de répondre à tous ces défis et les résultats seront encore plus efficaces si les parties prenantes et les acteurs économiques évaluent et anticipent les possibilités et les opportunités de chacun de ses domaines.

(1) United Nations Economic Commission for Africa (UNECA) 2015. https://www.uneca.org/fr/publications/l%E2%80%99%C3%A9conomi e-bleue-en-afrique-guide-pratique

(2) Sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD-VI, 2016).