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Maurice

Raoul Gufflet : le joker du groupe SBM

En recrutant, en mai 2021, Raoul Gufflet, la State Bank of Mauritius (SBM) a créé la surprise. Ce banquier atypique, qui ne mâchait pas ses mots et a été remercié par la MCB, est devenu le CEO du Groupe SBM. Un sacré joker qui a bien voulu nous accorder un entretien…

L’Éco austral  : Le Groupe SBM a annoncé de très beaux résultats pour le premier semestre 2023. Son résultat net se monte à 2,4 milliards de roupies (environ 49 millions d’euros), en hausse de 65,5 % par rapport au premier semestre 2022. Quant au produit net bancaire, il progresse de 25,5 %, à 5,2 milliards de roupies (environ 106 millions d’euros). On peut dire que le redressement, amorcé en 2022, s’est accéléré. Et pourtant, le contexte économique n’est pas idéal ?
Raoul Gufflet 
: En effet, je pense qu’il est tout à fait juste de souligner que nos résultats au premier semestre 2023 sont bons. Ils reflètent la stratégie de redressement que nous avons amorcée depuis 2021. Et cela a pu se réaliser malgré un contexte assez contraignant.

Notre assise financière demeure solide, soutenue par des paramètres équilibrés, que ce soit au niveau de notre capitalisation, du retour sur nos investissements, de la qualité des actifs, de nos ratios de liquidité et de l’adéquation de nos fonds propres.

En dépit de la conjoncture, qui requiert une approche particulièrement prudente au cours du second semestre de cette année, le Groupe SBM maintient son engagement de poursuivre sa trajectoire de croissance. Notre ambition est de clore l’exercice sur une note encore plus positive que l’année précédente, tout en générant une valeur à long terme accrue pour l’ensemble de nos parties prenantes, incluant nos actionnaires et nos clients.

Nous portons une attention toute particulière à la gestion rigoureuse de nos charges d’exploitation, sans pour autant ralentir nos investissements dans notre capital humain et dans nos infrastructures digitales, essentielles à la transformation de notre Groupe. Cette démarche nous permettra de combler le fossé technologique et numérique auquel nous sommes confrontés.

Je dois souligner que la reprise économique post pandémie de covid-19 a vraiment été de bon augure. L’économie de Maurice avance dans la bonne direction et nos résultats sont le reflet de cette dynamique positive que nous constatons depuis ces deux dernières années.

En 2020 et 2021, votre groupe bancaire avait connu quelques déboires avec sa filiale du Kenya et un client de Dubaï. On pourrait dire que l’international est un peu votre maillon faible. Contrairement à d’autres banques, en particulier la MCB, pour ne pas la citer ?

La croissance de la SBM Bank (Mauritius) Ltd est aujourd’hui principalement alimentée par le marché local. Bien que nous soyons impliqués dans diverses activités de financement à l’étranger, notre approche reste prudente lorsque nous étendons notre présence au-delà des frontières, en raison de nos expériences passées et de la complexité des marchés régionaux et internationaux pour lesquels nous avons un appétit.

Néanmoins, en ligne avec notre identité, notre vision et nos ressources, la banque demeure résolue à diversifier progressivement ses sources de revenus afin de renforcer sa résilience et créer une valeur durable pour l’ensemble de ses parties prenantes. Dans cette perspective, elle s’engage à rassembler les éléments essentiels pour élaborer une stratégie internationale bien calibrée, cohérente et efficace.

Notre stratégie de développement à l’international n’est cependant en aucun cas liée à celle des autres acteurs de la place bancaire et financière mauricienne et régionale. Nous disposons de notre propre stratégie de développement, qui s’appuie sur notre présence en Inde, à Madagascar et au Kenya, mais, surtout, adéquatement calibrée à la taille de notre bilan et des compétences que nous sommes en train de consolider.

Est-ce que vous envisagez de revoir votre stratégie à l’international ?

L’objectif premier, comme je l’ai souligné, est de renforcer nos capacités en matière de ressources humaines et de mettre en place des contrôles ainsi que des outils de surveillance des risques robustes, garantissant ainsi une expansion saine et prudente de nos activités internationales. Nous avons procédé à des recrutements importants pour le développement de notre activité internationale, et nous sommes en train de préparer notre plan qui sera déployé au cours de l’exercice financier 2024. Nous ne sommes en aucun cas dans une situation d’urgence. Nous souhaitons nous positionner là où nous savons que nous pourrons développer des relations solides et de long terme pour les différentes entités de notre Groupe.

Avec cette nouvelle stratégie, qu’est-ce que pourrait peser l’activité internationale dans vos résultats ?

L’objectif, à terme, est certainement d’accroître la contribution de nos opérations internationales aux revenus du Groupe. Cela étant dit, il nous faut considérer le fait que nous demeurons confrontés à une conjoncture difficile. Que ce soit en Inde ou en Afrique, de manière générale, nous nous sommes engagés à diversifier nos sources de revenus. Nous sommes toutefois bien conscients des risques inhérents à ces juridictions, et les défis opérationnels et stratégiques auxquels nos filiales bancaires présentes dans ces pays sont confrontées.

« La SBM Holdings Ltd (SBMH) est actuellement la troisième entité sur le marché officiel de la Bourse de Maurice en termes de capitalisation boursière, avec plus de 18 000 actionnaires. » ©Droits réservés

Ces derniers temps, votre action était plutôt à la baisse en Bourse et les dividendes avaient fondu. Peut-on s’attendre à une remontée à très court terme ?

La SBM Holdings Ltd (SBMH) est actuellement la troisième entité sur le marché officiel de la Bourse de Maurice en termes de capitalisation boursière, avec plus de 18 000 actionnaires. En ce qui concerne le rendement du dividende, la SBMH se classe au premier rang parmi ses pairs, avec aujourd’hui un rendement de l’ordre de 4,4 % pour l’exercice 2022, ce qui est supérieur au taux d’épargne moyen des banques commerciales.

Je ne vais pas élaborer sur la position de notre cours de bourse. Cela ne dépend que de l’offre et de la demande dans un marché dynamique. Charge à nous de faire en sorte que nos efforts recréent l’attention des investisseurs sur notre action.

On pourrait dire que ce serait un beau cadeau d’anniversaire pour vos actionnaires, dont beaucoup de petits porteurs mauriciens, alors que la banque fête cette année ses 50 ans ?

Pour 2022, la SBMH a maintenu le versement d’un dividende de 20 sous par action. Nous avons adopté une approche prudente, en tenant compte des besoins capitalistiques de nos filiales et de notre capacité à résister aux chocs. La SBMH reste déterminée à offrir à ses actionnaires des rendements attrayants à long terme, tout en renforçant prudemment son programme de croissance.

Numéro deux du marché mauricien, la SBM dispose d’un grand réseau d’agences sur le territoire. En même temps, elle développe fortement ses services dans le digital. Est-ce qu’à terme, cela entraînera la fermeture de certaines agences ?

La SBM a toujours suivi de près les avancées numériques dans le secteur bancaire, en les adaptant continuellement aux besoins et aux usages de ses clients. Nous avons constamment été à la pointe de l’innovation, étant parmi les premiers acteurs à Maurice à introduire les services de monétique avec des cartes bancaires à la fin des années 1980 ainsi que la mise en place de guichets automatiques couvrant tout le pays. En 1999, nous avons été les pionniers en tant qu’institution bancaire du pays avec le lancement d’un service de banque en ligne, SBMNET. En 2005, la SBM a réalisé une première historique en introduisant les cartes bancaires à puce en Afrique subsaharienne. Au-delà de nos efforts dans le domaine de la monétique, nous avons également exploité la technologie numérique pour d’autres domaines, avec une perspective environnementale, en introduisant de nouveaux outils et services tels que le « Signature Pad » en agence et les relevés de compte électroniques dans l’optique de réduire la consommation de papier.

Aujourd’hui, alors que nous sommes tout à fait conscients de nos faiblesses, et de l’avance prise par certains des acteurs locaux, nous sommes confiants de disposer d’une gamme quasi complète de services numériques qui intègre des solutions en ligne appuyées par une infrastructure technologique solide, alimentée par des équipements de pointe constamment mis à jour. Cela ne signifie pas que notre démarche de digitalisation de nos produits et services est achevée. Bien au contraire. Nous vivons dans une ère caractérisée par des avancées technologiques rapides et nous sommes pleinement conscients de cette réalité. Par conséquent, à la SBM, nous sommes résolument engagés à intégrer ces évolutions sur le marché mauricien et dans toutes les régions où le Groupe SBM opère. Nous prévoyons des investissements dans des équipes dédiées pouvant anticiper les tendances futures en matière de digitalisation du secteur bancaire.

Ayant dit cela, je dois néanmoins faire ressortir que la proximité demeure un pilier fondamental de la philosophie du Groupe SBM. Dans cette optique, nous persévérons dans l’amélioration continue de nos infrastructures physiques existantes, visant ainsi à enrichir davantage l’expérience de nos clients et du public mauricien tout en gardant ce qui a fait l’ADN de la SBM, à savoir la proximité avec nos clients, notre « human touch ».

Cette démarche concerne nos 45 agences réparties à travers Maurice et Rodrigues ainsi que notre réseau de guichets automatiques, qui se positionne comme l’un des plus étendus et des plus performants sur le territoire mauricien.

Raoul Gufflet : un atout à l’international : À la fois français et mauricien, Raoul Gufflet n’avait pas forcément le profil pour prendre les commandes du Groupe SBM. Mais son expérience à l’international, notamment en Afrique, et surtout son parcours durant près de 17 ans à la Mauritius Commercial Bank (MCB) avaient de quoi séduire une banque publique à la recherche d’un nouveau souffle. Une banque qui justement avait subi quelques déboires à l’international. Raoul Gufflet, lors de son départ de la MCB en décembre 2020, en était le numéro deux et on peut le considérer comme l’artisan de son développement international en la positionnant comme la « banque des banques (africaines) ». Aujourd’hui, nettement plus de la moitié des profits du groupe MCB proviennent de l’extérieur de Maurice. Sur son départ, Raoul Gufflet ne souhaite pas s’exprimer. Selon certaines informations, il se serait mis à dos un gros acteur économique en n’étant pas assez complaisant en termes de financements. En tout cas, quelques mois après son départ, on lui proposait en mai 2021 le poste de CEO de la SBM, avant de devenir le CEO du groupe. On peut penser que, dans sa feuille de route, l’amélioration des comptes figurait en bonne place. Et c’est déjà une réalité. La prochaine étape, en 2024 (comme il l’indique dans notre entretien), il s’agira de définir et de mener une stratégie à l’international. Pour l’instant, les implantations du groupe en Inde, à Madagascar et au Kenya ne lui rapportent quasiment rien. On peut s’attendre à des changements importants, en matière de stratégie, même si Raoul Gufflet ne les évoque pas. Au final, il s’agit de gagner plus d’argent et d’en faire gagner plus aux quelque 18 000 actionnaires.
À noter que le CEO du Groupe SBM est conseiller du Commerce extérieur de la France. Diplômé du très réputé INSEAD, il a commencé par un DESS, diplôme français d’expert-comptable, et a travaillé pendant plus de 11 ans comme Senior Manager au sein du cabinet d’audit PwC. L’occasion de mener des missions en restructuration et en conseil auprès d’entreprises, en France, en Europe de l’Est et en Afrique, mais aussi de participer à des études avec la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Pour fêter les 50 ans de la SBM, le 6 octobre, des projections et des lasers ont illuminé deux façades de son siège, la « SBM Tower ». Un spectacle visible jusqu’au 15 octobre. ©Droits réservés

Les 50 ans de la State Bank of Mauritius : La «  State  », comme on dit dans le langage courant, connue aussi pour son acronyme SBM, a vu le jour en 1973, cinq ans après l’indépendance de Maurice. Face à la toute puissante « commerciale » (comprendre la MCB) et à la Barclays somnolente, il fallait proposer une alternative et « bancariser » les zones rurales. De fait, la SBM est devenue la deuxième banque d’un pays qui est aussi devenu l’un des plus bancarisés d’Afrique. Tout en étant cotée à la Bourse, avec des milliers de petits porteurs, la banque est contrôlée directement ou indirectement par la puissance publique. Cela en fait la banque des fonctionnaires et des salariés du secteur parapublic. Mais elle s’est développée sur tous les segments du marché mauricien, y compris la banque privée et la gestion de patrimoine, à travers des entités qui forment aujourd’hui le Groupe SBM. De quoi opérer dans trois domaines : services bancaires, services financiers non bancaires et services non financiers.
Le groupe SBM s’est exporté avec des implantations en Inde, à Madagascar et au Kenya.
À Maurice, il est la troisième plus importante entreprise cotée à la Bourse avec une capitalisation boursière de 13,6 milliards de roupies (276 millions d’euros) au 31 décembre 2022. Classé 47ème en 2022 dans le Top 200 des banques africaines par The Africa Report, le Groupe SBM compte, à Maurice et à l’extérieur, plus de 100 succursales et un effectif de 3 100 salariés.