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Océan Indien

SHEKHAR MEHTA, PRÉSIDENT DU ROTARY INTERNATIONAL : « Pour moi, l’Afrique est l’avenir du Rotary »

C’est la première fois en dix ans qu’un président du Rotary International visite le district 9220 qui couvre les îles de notre région et Djibouti. C’est au « Maradiva Villas Resort & Spa », à Flic-en-Flac, que Shekhar Mehta, ressortissant indien, a évoqué le rôle du plus ancien club service au monde dans la période actuelle, sa féminisation et ses ambitions en Afrique.

L’Éco austral : En ce moment de crise sanitaire et économique mondiale, quel rôle a joué et joue le Rotary International ?
Shekhar Mehta
: Les rotariens sont des gens d’action ! À chaque besoin et problème, ils essaient d’apporter une solution. Face à la covid-19, ils se sont mobilisés. Le Rotary a fourni, via nos 46 000 clubs dans le monde, des tonnes de désinfectants, des milliards de masques et des milliers d’équipements de protection individuelle. 
De nombreux pays ont décrété des confinements parfois très durs. Des milliers de personnes ont été confinées parfois loin de chez elles, faisant face à des problèmes vitaux comme se nourrir. Cela fut le cas dans mon pays, l’Inde. Des personnes ont vécu pendant des mois parfois dans une seule pièce ! Les rotariens les ont aidés. Ils ont aussi soutenu les travailleurs de première ligne (services de santé et d’urgence, police, employés de la logistique et du commerce).
Avec la seconde vague, nous avons réalisé le besoin criant de concentrateurs d’oxygène, de ventilateurs et de lits. Rien qu’en Inde, le Rotary a fourni 60 à 70 000 concentrateurs d’oxygène. 
Avec la troisième phase est venue la question de la vaccination massive. Là encore, le Rotary a joué et joue un rôle majeur. Il a une expérience et une expertise reconnues dans la vaccination. Depuis 42 ans, en tant que partenaire fondateur de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio, le Rotary tente d’éradiquer cette maladie. Plus de 2,1 milliards de dollars et d’innombrables heures de bénévolat ont été mobilisés pour protéger trois milliards d’enfants dans 122 pays. Et grâce à notre opération End Polio Now, cette maladie ne subsiste plus aujourd’hui qu’en Afghanistan et au Pakistan. 

Malgré ces actions et son rôle internationalement reconnu, comment expliquer qu’il n’y ait « que » 1,2 million de rotariens dans le monde  un nombre stable depuis des années ?
Pourquoi nos effectifs restentils stables ? Quelque part, nous avons échoué dans notre stratégie pour inciter à nous rejoindre. Une des raisons, sans doute, est que les attentes évoluent. En 1905, à notre création, il n’y avait pas autant d’occasions de se côtoyer qu’aujourd’hui. La connectivité n’est pas un problème de nos jours. Pour créer ou intégrer un réseau, on n’a plus besoin du Rotary. Mais il conserve toute sa raison d’être. Vous pouvez oeuvrer seul bien sûr et participer à des opérations de charité, mais quand vous vous rassemblez, vous pouvez faire beaucoup plus ! Seul, je n’aurais pas pu irradier la polio. Mais quand 1,2 million de personnes se mobilisent pour éradiquer une maladie, pouvez-vous imaginer le pouvoir d’une telle organisation ? 
La covid-19, sans doute l’une des plus pires crises sanitaires de l’histoire, nous a démontré que le monde est interconnecté. Dans ces moments critiques, des personnes ont compris que des gens se tenaient à leurs côtés pour les soutenir. Dans ces moments critiques, des organisations comme le Rotary (re)trouvent tout leur sens. C’est sans doute un élément clé pour nous rejoindre. 

 

De g. à dr. : Manoj Vaghjee, ancien gouverneur du district 9220 (2017-2018), Shekhar Mehta, président du Rotary International (2021-2022), Dinesh Gajeelee, actuel gouverneur du district 9220 (2021-2022) et Mohamed Baboo, ancien gouverneur du district (2011-2012).  ©Droits réservés
 

Un célèbre poète français, Louis Aragon, a écrit : La femme est l’avenir de l’homme. N’est-ce pas aussi le cas pour le Rotary ?
C’est une très belle formule. Mais je dois reconnaître que jusqu’en 1987, notre organisation était un monde d’homme. Ce n’est qu’à cette date que les femmes ont été autorisées à nous rejoindre. Trente-quatre ans plus tard, elles représentent 20 % de notre effectif. Et je suis persuadé que dans dix ans, on atteindra la parité permettant au Rotary d’être le reflet du monde dans lequel nous vivons. C’est mon souhait ! Outre les hommes et les femmes, les autres genres sont également bienvenus. Nous les respectons et nous voulons leur inclusion totale dans la diversité… 
Dans mon propre board, sur 19 membres, 9 sont des femmes. Preuve de notre mutation majeure et irréversible, l’année prochaine, et pour la première fois, une femme sera présidente du Rotary International ! (il s’agit de la Canadienne Jennifer E. Jones du Rotary club de Windsor-Roseland – NDLR). Et elle ne sera pas la dernière, je peux vous l’assurer ! 

L’autre axe de développement du Rotary est l’Afrique. Quelle stratégie le Rotary adopte-t-il vis-à-vis de ce continent ?
Depuis le début de ma présidence, j’ai visité sept États africains et j’y ai rencontré six présidents et un premier ministre. Je compte me rendre d’ici la fin de mon mandat dans 18 pays. Pour moi, l’Afrique est l’avenir du Rotary. Il n’y a aujourd’hui que 40 000 rotariens, ce qui est très peu. Ce nombre peut doubler en très peu de temps. Les besoins en Afrique sont énormes : dans l’éducation, la santé, l’économie, le développement communautaire, la question de l’eau… Le Rotary peut être porteur de solutions avec notre fondation et surtout nos membres. N’oubliez pas que nous sommes une association de professionnels. 
Dans l’éducation, nous pouvons apporter l’eLearning, en nous appuyant par exemple sur ce qui se passe en Inde. Nous avons discuté de cela avec le président du Kenya et la cheffe de l’État d’Éthiopie. Nous pouvons débuter l’apprentissage en ligne, très rapidement, au Ghana. 
Concernant le système de santé, j’ai proposé au Premier ministre mauricien la mise en place de centres de dialyse et la prise en charge d’une cinquantaine d’enfants nécessitant une chirurgie cardiaque en Inde. Le Rotary International prendra en charge leur traitement médical. Nous pouvons éventuellement mettre à disposition de Maurice des médecins cardiaques et/ou spécialistes dans le traitement de la covid-19. Comme pour les autres États africains, notre seule condition est que les bâtiments soient fournis par les autorités locales. 

Dans mon propre board, sur 19 membres, 9 sont des femmes. Preuve de notre mutation majeure et irréversible, l’année prochaine, et pour la première fois, une femme sera présidente du Rotary International !
Dans mon propre board, sur 19 membres, 9 sont des femmes. Preuve de notre mutation majeure et irréversible, l’année prochaine, et pour la première fois, une femme sera présidente du Rotary International !  © Rotary International
 
Shekhar Mehta très actif dans la santé

Devenu Rotarien en 1985, Shekhar Mehta est membre du club de Calcutta-Mahanagar. Comptable de formation, il fonde et préside Skyline Group qui évolue dans le secteur de l’immobilier. Il est aussi administrateur de la branche indienne d’Operation Eyesight Universal, une organisation canadienne luttant contre les cécités évitables. Shekhar Mehta a ouvert, en Inde, 15 cliniques ophtalmologiques qui réalisent 50 000 opérations par an. Il a aussi créé Saving Little Hearts, une association qui a organisé 2 500 opérations cardiaques d’enfants en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et dans plusieurs pays d’Afrique.

« L’Éco austral » partenaire du district 9220 du Rotary

Notre magazine économique régional, se reconnaissant dans la philosophie rotarienne d’associer le secteur privé au soutien de la communauté, va apporter sa contribution au district 9220 du Rotary qui comprend La Réunion, Maurice et Rodrigues, les Seychelles, Madagascar, Mayotte, les Comores et Djibouti. Il offre ainsi un abonnement digital aux 1 647 rotariens qui composent ses 75 clubs.