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Thierry Vallet
Maurice

THIERRY VALLET « GENERAL MANAGER » D’AFRASIA – L’ingénieur est devenu un banquier ingénieux

Thierry Vallet, General Manager au sein de la banque d’affaires AfrAsia, est un homme simple et d’une bonhomie certaine. Mais derrière cette apparente simplicité se cache un parcours atypique et pavé de réussites.

Thierry Vallet est né à Curepipe, ville située sur les hauteurs et au centre de Maurice, dans ce qu’on appelle les Plaines Wilhems. C’est le troisième des quatre enfants du juge et ancien directeur des Poursuites publiques (procureur général de la République), Jacques Vallet. Son fils dissimule à peine le respect et l’admiration qu’il a pour lui. C’est son père qui lui transmettra une passion qui ne le quittera jamais : celle du rugby. À voir la carrure de ce solide gaillard de 47 ans, on le croit volontiers. Surtout quand il évoque son parcours sportif au lycée ou à l’université. « Cette passion se transmet de père en fils. Mon père jouait au rugby, il a été président de la fédération et entraineur de l’équipe de Maurice. Ça fait partie des gênes de la famille. Aujourd’hui, mes enfants jouent au rugby. » Thierry Vallet représentera d’ailleurs son pays dans plusieurs compétitions régionales. Il a même recréé une équipe avec des amis – Les Stags – qui s’entrainait avec la SMF (une unité de la police) et a aidé à recréer la fédération. 

« Non, ici on fait des roupies. » 

Ce qui étonne encore plus, c’est son parcours académique et professionnel. Bien qu’il se décrive comme « un enfant très turbulent », il aura un parcours académique plus que correct. Il aimait les mathématiques et faisait preuve « d’une logique cartésienne », assure-t-il. Et d’ajouter que « dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été premier en mathématiques. Je n’avais pas trop de problèmes à l’école ». 
Le jeune Thierry Vallet, bachelier, obtiendra une bourse du groupe sucrier Lonrho (un conglomérat britannique) pour poursuive ses études à l’université de Maurice. Il y étudiera l’ingénierie chimique avec une spécialisation en technologies sucrières. Étant en stage à l’usine sucrière de Britannia, on lui proposera, lors de sa dernière année universitaire, le poste d’Assistant Factory Manager. Il se trouvera, à 20 ans, en charge d’une usine et de son personnel. « On était l’usine la plus efficiente de Maurice », dit-il avec fierté. 
Anecdote qui l’a marqué et qui sans doute l’a influencé dans sa carrière, cette boutade de son directeur qui lui demande, les premiers jours en poste à l’usine : « Petit Vallet, sais-tu ce qu’on fait ici ? Du sucre ? Non, on fait des roupies ! » Quelques années plus tard, il va « essayer autre chose ». Il se retrouve au sein du groupe Ireland Blyth Ltd (IBL), responsable du département du traitement des eaux. Il est donc à la fois responsable technique et en charge de « faire des roupies ». Sous sa direction, l’entreprise change de business model. 

 

« On a réussi à se faire une place sur l’échiquier mauricien, on est une « success story » et la première banque start-up depuis des années. »
« On a réussi à se faire une place sur l’échiquier mauricien, on est une « success story » et la première banque start-up depuis des années. »
Photo : Davidsen Arnachellum
 

Retour à Maurice comme banquier 

« Nous proposions uniquement des produits chimiques pour les chaudières. J'ai commencé à nous ouvrir aux industries textiles et surtout à l'hôtellerie. » Ses réalisations incluent les plans d’eau de prestigieux hôtels : Le Prince Maurice, le Lux Belle-Mare, le Saint Géran et, aux Seychelles, Le Lémuria du groupe Constance. Au-delà de ces réalisations en ingénierie civil, électromécanique ou chimique, ce dont il est le plus fier est d’avoir rendu l’entreprise profitable, d’avoir fait passer l’équipe de trois à trente personnes et surtout qu’elle soit devenue le leader du secteur. 
C’est à 27 ans que Thierry Vallet découvre qu’au-delà du métier d’ingénieur, ce qui lui plaît, c’est la gestion des hommes. « Il fallait que j’améliore mes techniques managériales et financières ; mon objectif était de pouvoir gérer une plus grosse société. » C’est ainsi qu’il quitte Maurice pour obtenir un MBA à la prestigieuse grande école commerciale HEC, en France. Au-delà de la formation universitaire, ce qui marquera Thierry Vallet, c’est le contact avec des cultures et des nationalités différentes. Cette exposition à l’international a été non seulement bénéfique humainement, mais aussi intellectuellement. « Il y avait 26 nationalités et des parcours très différents – des médecins, des militaires et des financiers ». Il décide alors de se spécialiser dans la finance. Son aisance avec les mathématiques y a certainement contribué. C’est donc à 28 ans qu’il fait ses premiers pas dans la finance… « Et aujourd’hui, cela fait presque vingt ans que je suis dedans », dit-il en riant. 

AfrAsia : une banque start-up 

Une fois ses études terminées, Thierry Vallet reste dans l’Hexagone et travaille pour le groupe Generali (troisième groupe d’assurance mondial). Il y sera inspecteur d’assurance et coach pour les assureurs et managers. Entre-temps, en 2003, il se marie à une Française rencontrée à Maurice avant son départ à HEC. En 2005, le couple aura des jumeaux qui naîtront en France, mais qui grandiront à Maurice… 
Le retour à Maurice était prévu. Ce n’était qu’une question de temps. Il coïncidera avec les premiers pas de Thierry Vallet dans un autre secteur : celui de la banque. L’idée d’intégrer une banque lui est suggérée… lors d’un mariage. Celui d’un de ses meilleurs amis. Thierry Vallet y fera un discours. Il faut croire que le jeune professionnel aura fait forte impression : Pierre-Guy Noël, l’actuel Chief Executive du groupe MCB, première banque de l’océan Indien, lui aussi présent, est impressionné et veut l’intégrer à sa banque. Mais c’est un an plus tard, en 2005, que Thierry Vallet retournera à Mauriceoù il y postulera à la MCB, mais aussi dans une entreprise d’ingénierie. Les deux sociétés lui offriront un poste, mais c’est finalement la MCB que Thierry Vallet choisira, malgré un salaire inférieur. Il y devient Corporate Banker (banquier d’affaires) et commence à se former à son nouveau métier auprès de la Cass Business School et de Lloyds. 
Fort de son expérience pluridisciplinaire et de ses compétences managériales, il propose que les banquiers se déplacent chez les clients. « Quand je suis arrivé, on n’allait jamais chez eux. J’ai essayé de changer cette culture. Étant une entreprise de service, c’est important de garder une culture de service. Le domaine m’a plu et je me voyais bien faire carrière à la MCB, raconte-t-il. Je m’occupais des dossiers du groupe Mon Loisir (GML, qui fusionnera avec IBL – NDLR). J’avais croisé Arnaud Lagesse (actuel Group CEO d’IBL – NDLR). Quand il a créé AfrAsia, il avait déjà en tête le staff qu’il voulait recruter. » On proposera à deux occasions à Thierry de faire partie du projet, mais il refusera. La troisième sera la bonne. Il faut dire qu’il s’agit d’un énorme pari. D’autant que sa fille naîtra quelques mois plus tard, en mai 2008. Un directeur de la MCB lui dira d’ailleurs lors de son départ : « Tu es fou de partir. Cette banque ne va même pas ouvrir. » L’histoire lui donnera tort. Fondée en 2007, AfrAsia, qui se positionne comme une banque d’affaires, saura se faire une place face aux mastodontes comme la MCB et la SBM. « On a commencé avec une page blanche, souligne Thierry Vallet, mais aujourd’hui, nous sommes une success story et la première banque start-up depuis des années. »