Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

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V Pelissou
Réunion

VIOLETTE PÉLISSOU (AFNOR) : « Une démarche RSE est porteuse de sens »

Ingénieure de développement spécialiste de la RSE à l’Afnor, Violette Pélissou apporte son éclairage sur le cadre des démarches RSE et la meilleure façon de les entamer.

L’Éco austral : Le développement durable et la RSE sont-elles deux notions distinctes ?
Violette Pélissou
 : Pas vraiment, elles sont intimement liées. Pour faire simple : la responsabilité sociétale, des entreprises ou des organisations, est la contribution de ces dernières au développement durable. Il y a vingt ans, une première norme (SD 21000) a proposé une méthode de management du développement durable aux collectivités françaises notamment. Ce travail initial a servi de base à l’élaboration de la norme internationale ISO 26000, qui propose depuis 2010 une somme de conseils et les lignes directrices pour aider les organisations à contribuer au développement durable. Elle permet aussi d’évaluer l’engagement et la performance de l’entité analysée en matière de développement durable. L’ISO 26000 est une norme de questionnement : comment puis-je faire pour que mes décisions aient le moins d’impact négatif sur la société et l’environnement ? Son écriture a fait l’objet de luttes d’influence entre les visions européennes, anglo-saxonnes, asiatiques, moyen-orientales. In fine, elle reflète plutôt la vision européenne, universaliste. D‘ailleurs, les États-Unis ne l’ont pas approuvée.

Comment s’y retrouver dans les systèmes de notation sensés informer sur la durabilité d’une entreprise ?

Les entreprises cotées ont déjà l’obligation de rendre compte de leurs pratiques extra-financières ESG (Environnement, Social et Gouvernance), mais en l’absence de critères bien définis ces rapports manquent de transparence. L’Union européenne a publié en décembre dernier la directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui s’appliquera à partir de 2024 et qui va plus loin dans l’exigence de clarté et de comparabilité des informations transmises par les entreprises.

Quels conseils donner à une petite entreprise qui souhaite se préparer à assumer sa responsabilité sociétale ?

D’abord s’informer, notamment auprès des structures d’accompagnement des entreprises – Chambre de commerce, organisations socio-professionnelles… – qui doivent elles-mêmes être en mesure d’expliquer les principes de la RSE aux dirigeants de TPE-PME, et de les aider à les intégrer. Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une démarche légère et que les stratégies de greenwashing sont de plus en plus surveillées par les ONG et les organisations de consommateurs. Une démarche RSE est porteuse de sens, fédératrice et implique souvent des remises en cause qui ne pourront que booster l’entreprise. Nous avons plus de dix ans de retours d’entreprises engagées qui, toutes, plébiscitent cette démarche et ses apports.

Europe, États-Unis : deux visions de la RSE – Les États-Unis font partie des quelques pays – avec l’Inde, le Luxembourg, Cuba et la Turquie – qui n’ont pas ratifié la norme ISO 26000 en 2010. Les États-Unis, hostiles à toute remise en cause de leur mode de vie, n’ont pas souhaité imposé de contraintes trop strictes à leurs entreprises. Depuis, une course de vitesse s’est engagée entre l’Europe et les États-Unis pour fixer les standards de l’information extra-financière, qui diront dans quelle mesure une entreprise est engagée dans la transition écologique et sociale.
D’Outre-Atlantique est également venu le label B-Corp, qui comme bien d’autres vise à distinguer les entreprises engagées dans la responsabilité sociétale. Le label connaît un succès grandissant, y compris en France, qui commence à susciter des interrogations, pas seulement parce que le niveau d’exigence de B-Corp est moins élevé que la norme ISO 26000. Lors d’un congrès international de la RSE, en octobre dernier à Toulouse, un intervenant est allé plus loin. Selon Jean-Christophe Léon, expert en intelligence économique, le développement de B-Corp participe d’un mécanisme d’encerclement visant à imposer la vision US de la RSE, mais aussi à favoriser les intérêts américains en France, voire à aider les fonds « vautours » à prendre des parts dans les entreprises tricolores. Motifs de ces soupçons : l’absence de transparence sur les intérêts qui contrôlent l’organisation non-gouvernementale à l’origine de B-Corp et surtout la transmission des données des entreprises candidates au label à un serveur basé à Washington, dont on ignore l’identité du propriétaire. La guerre économique se déroule aussi sur le terrain de la RSE…