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ZEPHANIE NIYONKURU, DEPUTY CEO DU RWANDA DEVELOPMENT BOARD : « Nous voulons devenir rapidement un pays à haut revenu »

Le numéro deux du Rwanda Development Board (RDB) ne prend pas de gants pour annoncer les ambitions de son pays. Selon lui, si Maurice reste un modèle en Afrique, le Rwanda pourra la rattraper… et la dépasser.

Interrogé sur la capacité de son pays à devenir le hub africain des TIC, Zephanie Niyonkuru développe un argumentaire clair : « Bientôt, le pays sera couvert à 85 % par la fibre optique et la connexion 4G. Ce développement se fera en même temps que la formation des ressources humaines. Avec les universités Carnegie Mellon et African Leadership, par exemple, dont les étudiants seront aidés pendant et après leurs études grâce à un fonds d'innovation dédié… » 
Un argumentaire qui laisse rêveur quand on sait qu'à peine 30 % du pays sont connectés au réseau électrique. Là aussi, le Deputy CEO annonce des solutions radicales : « Nous pensons développer le réseau électrique dans tout le pays d'ici quatre ans grâce à une politique de partenariat public-privé qui a déjà fait ses preuves et en misant sur les énergies renouvelables à 50 %. Cette part devrait grossir d'ici 2024 grâce à de gros efforts portés sur le solaire et l'hydraulique, notamment avec la phase 3 du projet Rusizi. » 

Une vision qui fait fi des tensions géopolitiques 

Le projet Rusizi, du nom de la rivière du même nom, est exploité de façon tripartite avec les deux voisins que sont le Burundi et la RDC. Cette rivière relie le lac Kivu, au Rwanda, au lac Tanganyika, au Burundi, sur 117 kilomètres et constitue la principale frontière entre le Rwanda et la RDC. 
Une région aux tensions militaires récurrentes, ce qui ne semble pas inquiéter Zephanie Niyonkuru : « Nos modèles ont fait déjà leurs preuves et dépassent le cadre des problèmes frontaliers car nous travaillons avec nos voisins sur deux types d'exploitation. La première repose sur un contrat de concession du barrage avec rachat garanti de l'énergie par le gouvernement qui en assure la distribution. La seconde porte sur la construction de petits barrages par des entreprises privées qui vendent directement à d'autres privés qui en assurent la distribution. Dans les deux cas, il y a un partage des investissements entre les trois pays pour la production mais aussi pour la distribution. » 
De beaux projets qui ne tiennent pas compte d'une éventuelle escalade des tensions dans la région du lac Kivu, faut-il quand même le souligner, quoi qu'en dise notre interlocuteur qui reste confiant en parlant du futur immédiat. « Les autres investissements en infrastructures comme les smart city et les lignes ferroviaires suivent les mêmes schémas de partenariat public-privé, ce qui nous met à l'abri du risque du surendettement avec les bailleurs de fonds occidentaux et chinois. » De fait, le Rwanda n'est endetté qu'à hauteur de 40 % de son PIB et l'ambition de rattraper Maurice est affichée clairement : « Notre place dans le classement Doing Business devrait vite évoluer, rattrapant Maurice puisque nos réformes pour un meilleur accueil des investisseurs et la réduction des taxes doivent permettre de créer plus de 200 000 nouveaux emplois chaque année à partir de 2024. Notre objectif est d'atteindre rapidement le niveau d'un pays à haut revenu, en deux étapes : 4 000 dollars par habitant en 2035 et 12 000 dollars en 2050 (il est actuellement de 800 dollars – NDLR). » 

Le taux de TVA divisé par deux 

Pour Emmanuel Habineza, Managing Partner du cabinet BDO établi à Kigali, « il faut s'attendre à un taux de croissance de 8 % en 2020 (une prévision formulée avant la crise de la covid-19 – NDLR) avec toutes les mesures qui viennent d'être initiées . Je pense à la Duty Free Zone avec les pays de l'EAC (East African Community), mais surtout à l'abaissement de la TVA de 30 % à 15 %, s'alignant ainsi sur le taux mauricien ».