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Réunion

DE FRÉDÉRIC À CÉDRIC FOUCQUE : La renaissance d’un groupe familial

Après avoir frôlé la disparition, le groupe renaît de ses cendres sous l’impulsion de Cédric Foucque. Le représentant de la sixième génération de cette famille d’entrepreneurs réunionnais affiche de nouvelles ambitions.

Les quinze dernières années auraient pu être celles de la descente définitive aux enfers pour le groupe Foucque. À la fin des années 2000, le groupe familial n’est pas assez solide pour résister à la crise économique qui plonge dans la tourmente divers secteurs, dont l’automobile. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les Réunionnais achètent moins de voitures. Numéro trois du marché avec la carte Citroën, la branche automobile du groupe croule sous les dettes. Malgré la vente de cette dernière, les difficultés financières affectent les autres activités : les pneumatiques, la vente de matériels agricoles, la location de voitures. À la demande des banques, un nouveau P-DG, Rémy Briatte, avait été nommé. Frédéric Foucque et son frère Didier n’étaient déjà plus que des observateurs, dans leurs fauteuils d’administrateurs.

Foucque est le premier groupe réunionnais placé dans une fiducie, une procédure d’un nouveau genre, d’inspiration anglo-saxonne et introduite depuis peu dans le droit français. Elle apporte plus de garanties aux banques qu’une hypothèque, mais ses frais de gestion sont élevés. La fiducie de Foucque est gérée par Equitis, pionnier français de cette procédure.

À 10 000 kilomètres de là, un jeune homme ronge son frein. Cédric Foucque, fils de Frédéric, a entamé une carrière de contrôleur de gestion et suit avec attention les affaires familiales, qui ne vont pas mieux. En 2015, le montant de la dette du groupe atteignait 45 millions d’euros. La cession d’importants actifs immobiliers, dont les 25 000 m² du siège du Chaudron et la concession de Saint-Pierre, avaient permis de la dégonfler.

Une autochenilles Citroën sur les marches de la cathédrale : 1925 : Sur les marches de la cathédrale de Saint-Denis, le jeune Albert Foucque, son père Eugène à ses côtés, sous le regard de son grand-père Albert, debout derrière le véhicule, démontre les performances d’une autochenilles Citroën après le succès de la « croisière noire » (traversée automobile de l’Afrique, jusqu’à Madagascar). ©Collection Foucque

« Mais nos sociétés manquaient terriblement de fonds propres, n’avaient quasiment pas accès au crédit, retrace Cédric Foucque. Tous les actifs immobiliers restants étaient dans la fiducie et ne pouvaient servir de caution et la plupart des banques rechignaient à financer nos activités. Il fallait tout payer cash. En 2019, la situation était devenue catastrophique. »

Début 2020, il démissionne de son poste en Métropole et prend l’avion pour La Réunion. Il sait que le groupe n’a pas les moyens de le salarier : pendant six mois, il s’investit dans le sauvetage de l’affaire familiale en se contentant du RSA. En juillet 2020, Cédric Foucque en obtient la présidence. Les administrateurs ont compris qu’il était l’homme de la situation, alors que la crise sanitaire balaye tout sur son passage. Cédric reprend la gouvernance en main, fait entrer des partenaires dans ses affaires, pour trouver des synergies : le groupe La Perrière dans la location de voiture sous une enseigne indépendante (Daiz), Caillé dans les pneumatiques.

Il obtient le soutien de la préfecture (notamment du sous-préfet à la relance Gilbert Manciet), le Crédit Agricole est la seule banque à lui octroyer un PGE (Prêt garanti par l’État).

En 2023, les entreprises du groupe sont enfin dans le bon sens de la pente et commencent à renouer avec les bénéfices. En fin d’année, c’est la délivrance. Cédric Foucque obtient la confiance d’Albius Financement et de Koytcha Conseil pour lever un emprunt obligataire dont il commencera à rembourser le capital dans sept ans. La somme levée va lui permettre d’effacer les 5,3 millions d’euros de dettes restantes, de sortir de la fiducie et de financer de nouveaux projets. Les actifs immobiliers du groupe peuvent enfin servir de garantie aux investissements futurs.

« Je ne suis pas rentré à La Réunion pour me limiter à trois activités, résume Cédric Foucque. Nos projets de développement pour 2024, notamment des rachats d’entreprises, ne concernent pas seulement le matériel agricole, les pneumatiques ou la location de véhicules. »

Plus d’un siècle d’histoire : Un premier Foucque a fait une apparition significative sur la scène économique réunionnaise : Hyppolite-Victor Foucque, né en 1829, quelques années après l’arrivée sur l’île de son père, en provenance de Saint-Malo. Fondateur d’un comptoir de commerce vers 1890, Hyppolite-Victor ne doit pas être confondu avec Hyppolite Foucque, issu d’une autre branche de la famille, qui a marqué l’histoire éducative de La Réunion, terminant sa carrière comme vice-recteur au début des années 1950. Importation et vente de divers produits de première nécessité, exportation de sucre, de vanille, d’huiles essentielles  : le premier comptoir Foucque est encore peu spécialisé. Fils d’Hyppolite-Victor, Albert Foucque, né en 1860, fait franchir un grand pas à l’affaire familiale en obtenant la carte des pneumatiques Dunlop, puis celle de Citroën en 1919. Les premières automobiles ont fait leur apparition sur l’île et s’apprêtent à révolutionner les transports. Le commerce familial devient une SARL en 1937, sous la houlette d’Eugène Fouque qui a pris le relais de son père. Né en 1915, son fils Albert diversifie ses activités à partir des années 60, en devenant le représentant sur l’île de plusieurs fabricants de matériels agricoles, dont Massey-Ferguson. Foucque ouvre une concession à Saint-Pierre en 1973. À la mort d’Albert en 1984, son fils Frédéric prend la présidence du groupe. Sous son impulsion, la société se renforce au point d’être nommée « meilleur concessionnaire toutes marques confondues », sur le plan national, en 1995. Citroën est le solide numéro trois des ventes de voitures neuves à La Réunion, derrière les deux locomotives du marché qui se disputent la plus haute marche du podium, Peugeot et Renault. Foucque ouvre une nouvelle concession au Port en 1997, élargit son champ d’activité à différents métiers proches de l’automobile, dont la location avec Citer. Puis vient le temps des turbulences. Frédéric Foucque est écarté de la présidence du groupe, la crise économique des années 2000 porte un coup inédit au secteur automobile insulaire, jusqu’alors prospère. Foucque Automobiles est placée en redressement judiciaire en décembre 2010. Début 2011, la société est rachetée par la CFAO. C’est la fin d’une histoire de plus de 90 ans entre Citroën et Foucque. Mais surtout le début d’une longue convalescence, jusqu’à la guérison récente du groupe familial.

Cédric Foucque : « Nos projets de développement pour 2024, notamment des rachats d’entreprises, ne concernent pas seulement le matériel agricole, les pneumatiques ou la location de véhicules. » © Guillaume Foulon

Cédric Foucque, un lieutenant de réserve aux commandes : Président de la Société d’investissement et de gestion Foucque depuis 2020, Cédric Foucque a un profil plutôt financier. Diplômé d’une école de commerce (Kedge Business School), titulaire d’un MBA de comptabilité décroché à l’université Laval de Québec, il a effectué des stages chez ERDF (gestion du réseau EDF en mé-tropole) et Alstom, avant d’être recruté par Nespresso comme contrôleur de gestion à l’issue de son parcours de formation. De 2015 à 2019, il a ensuite travaillé pour Price Waterhouse (devenu PwC) jusqu’à son retour à La Réunion. À la fin de ses études, dans le cadre d’un partenariat entre les grandes écoles et l’Armée de terre, il a égale-ment suivi une formation de six mois à l’école militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, dont il est sorti sous-lieute-nant de réserve. Attaché aux valeurs militaires, Cédric Foucque a continué à effectuer des périodes de réserve au sein de la gendarmerie en Métropole, en fonction de ses disponibilités, parallèlement à sa carrière profes-sionnelle. Sa foi ne l’a pas quitté, alors qu’il prenait des responsabilités dans le groupe familial à La Réunion. Dé-sormais lieutenant de réserve, rattaché à la compagnie de Saint-Benoît, il endosse l’uniforme un week-end par mois : c’est le chef d’une entreprise plus que centenaire qui est susceptible de contrôler votre identité sur une route de l’Est, un de ces dimanches !

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