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Maurice

L’archipel des Chagos, « dernière colonie britannique en Afrique »

Surnommé la « dernière colonie britannique en Afrique », l’archipel des Chagos comprend 58 îles coralliennes dont la principale, Diego Garcia, abrite une importante base militaire américaine. Ce qui complique le litige entre Maurice et le Royaume-Uni.

Pendant la période coloniale, l’archipel des Chagos dépendait de Maurice, abritant de petites communautés d’ouvriers agricoles employés dans des cocoteraies produisant du coprah. En 1965, ces îles furent détachées de Maurice et devinrent le British Indian Ocean Territory (BIOT). Un accord intervint entre le Royaume-Uni et les États-Unis pour y installer une base militaire, dans un contexte mondial alors dominé par la Guerre froide. Il fut aussi entendu que la petite population locale serait déplacée aux frais du Royaume-Uni et moyennant une compensation. Ce qui fut fait manu militari en 1971. Connu sous le nom d’Accords de Lancaster House, cet arrangement entre grands pays fut fait au détriment de la petite île Maurice qui allait devenir indépendante en 1968 et avait peu de moyens de négocier. Il prévoyait une compensation de 3 millions de livres au nouveau gouvernement mauricien, plus les coûts de relogement de la petite population des îles.

Une revendication dès les années 1980

Après des décennies de lutte du peuple chagossien et les revendications de gouvernements mauriciens successifs, l’International Court of Justice (ICJ) a estimé qu’« à cette époque la délégation mauricienne n’avait pas de pouvoir législatif ou exécutif et qu’il n’est donc pas possible de parler d’accord puisque le détachement de l’archipel ne résultait pas de la volonté du peuple ». Au fil des ans, le gouvernement britannique a été traîné devant les cours de justice, par rapport à sa souveraineté contestée et au sort réservé aux Chagossiens qui continuent de militer pour un retour dans leurs îles natales. L’affaire a ainsi été entendue devant la Divisional Court en 2000 ; devant la Cour d’appel en 2006 ; à la Chambre des Lords en 2008 ; devant la Cour européenne des droits de l’homme en 2012 ; devant l’International Tribunal for the Law of the Sea (ITLOS) en 2015 ; devant la Cour internationale de justice en 2018 et plus récemment, en 2019, devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Tout en exprimant ses regrets par rapport au traitement infligé aux Chagossiens, Londres a systématiquement maintenu que sa souveraineté sur l’archipel datait du Traité de Paris de 1814, au moment où Maurice et ses dépendances passaient sous contrôle britannique. Londres a aussi systématiquement rejeté les demandes du peuple chagossien pour retourner dans les îles, invoquant les coûts ainsi que les aspects environnementaux et sécuritaires.

Aujourd’hui, le dialogue se poursuit entre les deux pays et le Royaume-Uni s’est engagé plus que jamais à résoudre le litige. À noter, par ailleurs, qu’Olivier Bancoult, leader du Groupe réfugiés Chagos réclame aux États-Unis une compensation financière pour l’expulsion des Chagossiens.

L’Inde soutient Maurice

En 2023, les discussions ont pris une nouvelle tournure avec un dialogue ouvert entre Londres et Port-Louis. Le Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, a évoqué plusieurs fois la question avec son homologue britannique Rishi Sunak, la dernière en date lors du sommet du G20, début septembre, en Inde. M. Jugnauth a surtout obtenu, depuis un certain temps déjà, le soutien de l’Inde et du Premier ministre Modi dans ses démarches.

L’importance stratégique de Diego Garcia se situe au centre des préoccupations de tous ceux qui sont concernés. Sans oublier que l’archipel représente une Zone économique exclusive (ZEE) de 639 611 km² de superficie, cette ZEE est mitoyenne de celle des Maldives au nord.

Il n’est pas encore établi si les Chagossiens pourront un jour retrouver leurs îles natales, même si Maurice retrouve sa souveraineté. Il est difficile d’imaginer un gouvernement mauricien boutant les Américains hors de l’archipel, d’autant plus que l’Inde a pu implanter une base sur l’île mauricienne d’Agaléga. Dans ces conditions, il ne serait pas très crédible d’invoquer une volonté de « démilitariser » l’océan Indien.