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Les défis de l’innovation alimentaire à La Réunion

La Réunion se heurte à des défis considérables. Bien que des efforts soient déployés, il est difficile de concilier les aspirations d’une alimentation plus durable, saine et éthique avec les réalités insulaires.

1 – La quête de la durabilité

Les consommateurs sont de plus en plus conscients de l’impact environnemental de leur alimentation, ce qui incite l’industrie à développer des solutions plus respectueuses de la planète. Des techniques de production plus durables, telles que l’agriculture biologique, l’agroforesterie et l’aquaponie, gagnent en popularité. À La Réunion, les initiatives pour une agriculture plus durable se heurtent à des contraintes économiques et monopolistiques. Selon l’Agence Bio, au 31 décembre 2020, avec 1 900 ha, l’agriculture bio représentait près de 5 % des terres agricoles réunionnaises, contre 9,5 % en France. L’agriculture biologique est en progression, (+18 % entre 2019 et 2020), mais elle demeure marginale en raison des coûts de production élevés et du besoin d’importer de nombreuses ressources.

2 – L’Alimentation personnalisée, un luxe inabordable

Les avancées dans la biotechnologie et la science des données permettent de mieux comprendre les besoins nutritionnels individuels. Ainsi, des entreprises développent des régimes alimentaires personnalisés en utilisant des informations génétiques, des données biométriques et des préférences personnelles.

L’idée d’une alimentation personnalisée à La Réunion est difficile à réaliser pour la majorité de la population. Les prix élevés des produits biologiques et des alternatives végétales limitent déjà l’accès à une alimentation saine. Les choix alimentaires sont dictés par des considérations économiques.

3 – L’alimentation à base de plantes, un défi culturel

L’essor de l’alimentation à base de plantes est l’une des tendances les plus marquantes de l’innovation alimentaire. Les consommateurs recherchent des alternatives végétales aux produits d’origine animale. Les substituts de viande, de lait et d’œufs à base de plantes sont de plus en plus répandus. L’innovation dans le domaine de la culture de protéines à partir de cellules animales promet une révolution dans la production de viande sans avoir besoin d’élevages intensifs.

L’alimentation à base de plantes se heurte à des habitudes alimentaires ancrées dans la culture locale. Les plats traditionnels, riches en viande et en poisson, restent incontournables. Selon L’Insee, en 2017, à La Réunion, 42 % de la population ne consommait aucun fruit et légume quotidiennement contre 25 % en Métropole.

4 – La technologie au service de l’alimentation

Les avancées technologiques ont radicalement transformé l’industrie alimentaire. Les applications mobiles permettent aux consommateurs de faire des choix alimentaires éclairés, de suivre leur apport nutritionnel et de découvrir de nouvelles recettes.

À la Réunion, les progrès technologiques tardent à s’imposer. Les applications mobiles et l’automatisation restent peu développées. La blockchain et d’autres innovations pour garantir la traçabilité des aliments sont encore peu utilisées, réduisant la transparence et la confiance des consommateurs.

5 – L’alimentation de demain et les défis à surmonter

Alors que l’innovation alimentaire progresse dans le monde, nous pouvons nous attendre à des avancées encore plus importantes dans un avenir proche. Les imprimantes 3D alimentaires pourraient révolutionner la façon dont les repas sont préparés, permettant une personnalisation extrême des textures et des saveurs. Les aliments fonctionnels, enrichis en nutriments spécifiques pour améliorer la santé, gagneront en popularité. Enfin, les aliments issus de la fermentation, tels que les produits laitiers et les viandes cultivées en laboratoire, continueront de gagner du terrain.

La Réunion sera confrontée à des défis majeurs. La pression sur les ressources, les inégalités économiques et les résistances culturelles entravent déjà la transition vers une alimentation plus sainte, durable et éthique. Pour surmonter ces obstacles, il sera essentiel de mettre en œuvre des politiques et des stratégies qui prennent en compte les spécificités de l’île. L’innovation alimentaire à La Réunion est un défi de taille, mais en s’attaquant de front à ces problèmes, il est possible d’envisager un avenir où l’alimentation est plus en phase avec les aspirations de la population insulaire.

Rémi Voluer : Président du Groupe Phelen et délégué Outre-mer du syndicat Cinov Digital, Rémi Voluer a participé à la création de plusieurs dizaines de sociétés dans la high-tech et l’innovation. Depuis plus de 20 ans, il accompagne également les entreprises et les collectivités de l’océan Indien dans leur structuration et dans l’anticipation des changements liés aux nouvelles technologies.