Nominé au Prix Dynamisme à l’extérieur
1 – Thomas Giubbi, directeur général de la Distillerie de Savanna

En juin 2024, Thomas Giubbi se voyait confier la présidence de la Réunionnaise du Rhum et de ses filiales, dont la Distillerie de Savanna. Il succédait à Alain Payet, retraité, après avoir travaillé pendant quelques mois à ses côtés. Titulaire d’un mastère spécialisé en vins et spiritueux et d’un MBA décroché à l’EM Lyon, Thomas Giubbi venait de passer deux décennies dans le vin, dans la vallée du Rhône.
À La Réunion, deux priorités sont inscrites sur sa feuille de route : faire aboutir le projet industriel de valorisation des vinasses, sous-produits de la distillerie, et développer les ventes de Savanna à l’international. « La consommation d’alcool diminue globalement ; à périmètre constant, nous ne pouvons que décroître. Il faut donc nous ouvrir à de nouveaux territoires pour trouver de la croissance », résume-t-il.
Depuis sa montée en gamme amorcée dans les années 1990, le rhum de Savanna se positionne sur le segment premium, en proposant de nombreuses séries limitées. La distillerie basée, comme son nom ne l’indique pas, sur le site de Bois-Rouge à Saint-André, fabrique tous les types de rhum, y compris des alcools à haute densité aromatique. L’expérimentation permanente est la marque de fabrique de Savanna, qui compte des fans ultra-connaisseurs dans de nombreux pays, à commencer par la France métropolitaine. Thomas Giubbi a constitué une équipe dédiée à l’export et vient de recruter une volontaire internationale en entreprise (VIE) pour développer le marché belge. Il finalise actuellement l’ouverture d’un entrepôt de stockage en Bourgogne, pour réduire les délais d’approvisionnement de ses clients nationaux et internationaux. La participation régulière aux concours permet à Savanna de glaner de nombreuses médailles, appréciées sur certains marchés. Des États-Unis – malgré les droits de douane trumpistes – à Singapour, en passant par l’Allemagne et la République tchèque, la réputation de Savanna grandit. La distillerie réalise 30 % de ses 12,9 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’export. Quelque 100 000 bouteilles quittent l’île chaque année et Thomas Giubbi entend bien allonger rapidement la liste des pays destinataires. Bernard Grollier
2 – Anaelle Pony, cofondatrice et dirigeante de Leon

« Pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens. » C’est autour de cette conviction qu’Anaelle Pony a cofondé Leon en 2021. L’entreprise réunionnaise, qui se présente comme « le média qui fait parler les murs, les paysages et les mémoires », compte aujourd’hui quelque 400 histoires et 45 000 utilisateurs.
L’idée de Leon est née d’une frustration très personnelle. « Je ne connaissais pas l’histoire de La Réunion. » À 18 ans, Anaelle Pony quitte l’île pour ses études, puis travaille à Paris. Lorsqu’elle revient en 2015, à 30 ans, elle ne prévoit pas forcément de s’y installer. Elle envisage plutôt de poursuivre ses études et cherche encore sa voie. Jusqu’à ce que son territoire la rattrape. En préparant l’une des courses du Grand Raid, la Mascareignes, en 2015, elle traverse des paysages qu’elle connaît sans vraiment en connaître l’histoire. « Je me suis demandé pourquoi certains endroits portaient ces noms, comme l’Îlet à Malheur, par exemple. Et je n’avais pas les réponses. »
Leon Guide voit alors le jour avec une idée simple : géolocaliser les histoires sur le territoire et les rendre accessibles à tous. Aujourd’hui, la plateforme travaille avec les offices de tourisme, des groupes hôteliers ou encore la Réserve marine. « L’idée, c’est de raconter, mais aussi de sensibiliser aux enjeux de protection et de conservation du patrimoine », poursuit Anaelle Pony.
Le modèle économique repose notamment sur la production de contenus pour des entreprises ou des institutions. Le Parc national a ainsi confié à Leon la réalisation de récits sur le massif de la Roche Écrite, tandis que d’autres contenus portent sur Mafate, Saint-Gilles ou la Réserve marine. L’entreprise travaille également avec TotalEnergies, Air Austral ou encore le groupe Macé pour raconter leur ancrage sur le territoire.
Cette volonté de faire parler les territoires dépasse d’ailleurs La Réunion. Après Mayotte en 2023, Leon s’est déployé en Thaïlande, puis à Maurice et dans plusieurs villes de Métropole : Lille, Nantes et Marseille. « On a voulu démontrer que notre savoir-faire pouvait sortir de La Réunion. » Si l’activité internationale reste encore marginale, cette première étape permet surtout de tester la reproductibilité du modèle.
Leon prépare parallèlement deux nouveaux usages. Le premier, Leon Éduc, est expérimenté dans des établissements scolaires réunionnais. Le principe : contextualiser les savoirs scolaires en partant du territoire. Le modèle, fondé sur des licences et des abonnements, doit être commercialisé auprès des écoles, des collèges et des lycées à partir de 2027. Un troisième projet est également en préparation : Leon Care. L’objectif est d’utiliser le patrimoine comme support pour travailler la mémoire et les repères spatio-temporels auprès de patients, notamment dans des centres médico-psychologiques, des structures de santé mentale ou des hôpitaux. Jéromine Doux
3 – Julien Tessier, cofondateur et dirigeant de Hodi

L’aventure entrepreneuriale de Julien Tessier commence bien avant Hodi. Arrivé à La Réunion en 2003 après un bac S et des études en communication, Julien Tessier décroche une licence multimédia à Paris avant son premier véritable emploi chez IBM, en Écosse. Il y rencontre Jérôme Le Grognec, avec qui il crée Cari en 2010, une agence digitale réunionnaise. « Je suis devenu entrepreneur parce que c’était la suite logique, confie Julien Tessier. Cari, c’était pour se structurer un peu. »
L’agence travaille notamment pour de grands comptes comme Orange Réunion, avant d’être revendue début 2020. Les deux associés créent alors Hodi, avec une idée précise : proposer l’hébergement et les services cloud qu’ils auraient eux-mêmes aimé trouver lorsqu’ils étaient à la tête d’une agence digitale.
La société se développe à La Réunion et s’ouvre rapidement à Maurice et à Madagascar. Puis, en 2025, une rencontre fait prendre une nouvelle dimension au projet. Les associés découvrent en Côte d’Ivoire des centres de données conçus selon des principes plus sobres. « Je suis tombé un peu par hasard sur des entrepreneurs d’Abidjan qui développent des centres de données réalisés en briques de terre, équipés de panneaux solaires, avec un système permettant de réutiliser l’eau pour alimenter un jardin destiné notamment à une école voisine », raconte Julien Tessier, qui noue alors un partenariat avec ces acteurs locaux. L’entreprise installe ses serveurs dans leurs centres de données, en assure la supervision et commercialise ses services avec, pour les start-up, un an d’hébergement gratuit.
Le continent africain devient ainsi un axe majeur de développement. « On a reçu beaucoup de demandes, dans différents pays », poursuit Julien Tessier, qui réalise désormais 42 % de son chiffre d’affaires en Afrique, 10 % à Maurice, 3 % à Madagascar et le reste à La Réunion. Hodi compte désormais des clients dans une trentaine de territoires et cherche à multiplier les partenariats locaux. Julien Tessier s’est rendu récemment à Johannesburg pour en trouver de nouveaux, notamment dans les pays anglophones, où l’entreprise estime être encore trop peu visible. Jéromine Doux

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