Nominée au Prix RSE
1 – Marine Bassoul, dirigeante de Bourbon Isolation Écologique

L’histoire commence en 2009 avec Pierre Bassoul, le père de Marine, ingénieur, qui travaille alors dans la valorisation des déchets. À l’époque, son frère, architecte, lui parle de la ouate de cellulose, un isolant particulièrement adapté au climat réunionnais. Après plusieurs recherches, l’idée fait son chemin : Pierre Bassoul crée Bourbon Isolation Écologique et importe ce matériau de l’Hexagone pour isoler les logements réunionnais.
Marine Bassoul, elle, n’avait pas prévu de rejoindre l’entreprise familiale. Après un bac S, une prépa littéraire, puis des études de droit, elle peine à trouver sa voie et décroche finalement un emploi dans l’immobilier. À 22 ans, sans expérience dans le secteur, elle prend progressivement la direction d’une petite agence qu’elle gère pendant trois ans. En parallèle, elle donne régulièrement un coup de main à son père, notamment lors du Salon de la Maison, pour vendre son produit.
Lorsque l’entrepreneur cherche à développer son activité, sa fille l’aide sur le site internet, les réseaux sociaux et la gestion des dossiers. « Au départ, il n’y avait pas assez de travail pour créer véritablement un poste. Et puis, en six mois, on a réussi à développer l’activité », raconte Marine Bassoul.
Aujourd’hui, alors que son père vient de prendre sa retraite, c’est elle qui reprend les rênes de Bourbon Isolation Écologique. « C’était prévu dès mon arrivée au sein de l’entreprise. J’aime beaucoup ce que je fais. C’est super agréable de vendre un produit auquel on croit. » Pour elle, la ouate de cellulose coche plusieurs cases : elle est issue du recyclage, adaptée au territoire et présente de bonnes performances thermiques.
L’entreprise familiale, qui a fait passer son chiffre d’affaires de 200 000 euros en 2015 à 900 000 euros en 2025, aspire désormais à doubler de taille. Avec pour ambition de produire la ouate de cellulose localement. Actuellement, la matière première arrive de Métropole à raison d’environ un conteneur par mois, soit près de 150 tonnes par an. « Nous avons ce projet d’usine en tête depuis plusieurs années. Mais il faut que l’on produise 300 tonnes pour qu’elle puisse fonctionner. L’enjeu est donc de doubler les quantités produites », souligne la dirigeante, qui souhaite pour cela développer sa clientèle d’entreprises. Aujourd’hui, cette clientèle est constituée à 90 % de particuliers.
Le foncier et le permis de construire sont sécurisés à Pierrefonds, dans la ZAC Roland Hoareau, pour une usine représentant environ 5 millions d’euros d’investissement. « Deux à trois emplois seront créés lors de sa mise en service et d’autres recrutements sont prévus ultérieurement », précise Marine Bassoul, qui souhaite ainsi faire naître une véritable filière locale. Jéromine Doux
2 – Sandrine Fain, fondatrice et dirigeante de 4 Impact Studio

Réunionnaise, Sandrine Fain a passé quinze ans à Paris, où elle a suivi des études dans la finance avant de s’orienter vers le commerce. Elle a notamment travaillé pour Publicis, L’Oréal et Nestlé. « Ce parcours a été pour moi un tremplin vers l’entrepreneuriat », raconte-t-elle.
Elle se lance ensuite dans la communication interne, puis dans la production audiovisuelle, sa passion pour le cinéma la poussant à « faire de sa passion son métier ». Et après le rachat de son projet par Capa Production, elle est sollicitée par une grande ETI pour revoir ses lignes de production industrielles. Une expérience qui l’amène vers les problématiques de transformation des organisations. « Ces sujets m’intéressaient beaucoup, mais j’avais un peu le syndrome de l’imposteur », confie Sandrine Fain. Elle complète alors son parcours par un master en management des entreprises au sein d’un IAE et développe une expertise dans l’accompagnement au changement, la digitalisation des métiers et des processus.
Après plusieurs expériences dans des cabinets de conseil, la crise covid et la naissance de sa fille rebattent les cartes. Elle choisit de rentrer à La Réunion, « alors que ce n’était pas du tout le projet ». « Finalement, j’ai eu envie que ma fille grandisse ici », résume-t-elle. Elle crée alors Nomad, qui accompagne des entreprises dans leurs projets d’innovation, de transformation ou de création de nouveaux services. Sa méthode repose sur un vaste réseau d’experts qu’elle mobilise selon les besoins.
Avec 4 Impact Studio, elle pousse cette logique un cran plus loin. L’objectif : accompagner des entrepreneurs ayant déjà démontré la pertinence de leur concept et qui cherchent désormais à se développer, voire à partir à l’international. « Il y a beaucoup de structures qui permettent de se lancer dans l’entrepreneuriat à La Réunion. Mais quand il faut se développer, aller à l’international et trouver des financements, l’accompagnement se fait plus rare sur le territoire », souligne Sandrine Fain.
Le studio cible ainsi des projets répondant à des enjeux sociaux ou environnementaux. Son programme Run4 Impact leur propose trois jours de travail intensif pour décortiquer leur modèle et définir un plan d’action. Les projets retenus peuvent ensuite intégrer le studio pour une période d’essai de trois mois, avec des objectifs précis. « L’enjeu est de voir si l’on a envie de continuer ensemble pendant trois ans », précise la fondatrice.
Le modèle est hybride, avec de l’accompagnement, de la mise en réseau et des financements possibles. Deux projets sont actuellement accompagnés et cinq autres, dont un mauricien, sont en période d’essai. À terme, Sandrine Fain veut élargir son terrain de jeu. « On parle déjà d’international. » Prochaine cible : l’Afrique, avec le Kenya comme premier point d’entrée. Jéromine Doux
3 – Constance Idrac, cofondatrice de ReFé

L’idée de ReFé est née en 2023, dans les ateliers de Microstor, réparateur agréé Apple, que Constance Idrac et ses associés ont racheté cette année-là. Le groupe dispose alors de trois ateliers de réparation à La Réunion. « On s’est rendu compte qu’ils n’étaient pas assez utilisés », raconte la cofondatrice, qui identifie surtout l’absence d’atelier de reconditionnement au niveau local. « Jusque-là, un iPhone finissait sa vie dans un tiroir », expose-t-elle.
Avec ses associés, elle part donc rencontrer les opérateurs télécoms, afin de mettre en place localement toute la chaîne, de la collecte à la revente. Depuis, l’entreprise rachète les smartphones des particuliers, les remet en état dans les ateliers de Microstor, puis les revend via les opérateurs et des revendeurs. Une activité qui génère aujourd’hui 730 000 euros de chiffre d’affaires et qui affiche une forte croissance. « Nous devrions réaliser un million d’euros de chiffre d’affaires en 2026 », précise Constance Idrac.
Pourtant, il y a quelques années, l’entrepreneure était loin de s’imaginer qu’elle allait s’installer à La Réunion. Après une formation en gestion de projets informatiques à Paris Dauphine, elle est arrivée sur le territoire en 2011 pour une mission de six mois, alors qu’elle était consultante chez Capgemini. « Je suis venue dans le cadre d’un projet de transformation informatique. J’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari et je ne suis pas repartie. » Elle a ensuite intégré Isodom, puis le groupe Exodata, où elle est toujours salariée.
Elle trouve dans ReFé une manière de réunir plusieurs aspirations. Car l’enjeu dépasse selon elle la seule dimension environnementale. « On veut aussi donner à ReFé une fibre sociale », souligne la dirigeante, qui travaille notamment avec des organismes afin de former à ces métiers des personnes éloignées de l’emploi. L’entreprise, qui compte aujourd’hui quatre salariés, dont deux techniciens, cherche d’ailleurs à recruter. Le reconditionnement répond aussi, à ses yeux, à un enjeu d’autonomie. « Pendant le covid ou avec les problèmes sur le détroit d’Ormuz, on se rend compte à quel point nous sommes dépendants des importations. Reconditionner localement est aussi une façon de réduire cette dépendance. »
Après avoir commencé avec les iPhones, qui représentent encore l’essentiel de son activité, ReFé s’ouvre désormais à d’autres marques, notamment Samsung. « Les ventes de reconditionnés sont en très forte hausse dans l’Hexagone. La prochaine étape pour nous sera d’élargir encore les gammes et le réseau de distributeurs », poursuit la dirigeante. À plus long terme, Constance Idrac affiche une ambition régionale : « On veut devenir le leader du reconditionné dans l’océan Indien. » Jéromine Doux

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